Le frauduleux ProloNews démasqué par la glorieuse rédac’ de ClodoNews :


Locaux de ClodoNews, première réunion de l’année :

– Bon les gars, j’espère que vous avez passé un bon réveillon, une bonne fête de l’hiver™ et que vous avez bien profité des cadeaux du C.E. Franchement ces places pour le dernier spectacle de Ruquier c’était pas d’la daube hein ? On dit merci qui ?

– Euh… oui. C’était très bien boss ahah… Merci patron.

– J’ai pété de rire. Je vous jure ! Encore merci patron. Je ne regrette absolument pas d’avoir manqué les retrouvailles avec ma famille pour pouvoir vous accompagner au Zénith.

– Toujours désopilant boss, même si je trouve personnellement que Paul Mirabel est en dessous au-dessus de Ruquier.
josé clodonews

– Ouais ouais, allez trêve de louanges car il faut se remettre au boulot. Messieurs l’heure est grave…

– Ma qué sé passe-t-il patrón ?

– Alors j’allais y venir… Si seulement la pétasse de l’établissement ne m’interrompait pas toutes les deux secondes. Vous voyez Conchita, ici en occident et dans les sociétés civilisées on a ce concept qu’on appelle « le respect ». C’est à dire que quand les hommes parlent, la mujer, elle…
claude

– La mujer va a limpiar los aseos patrón ?

– Si, eso es. Ben voilà, vous voyez Conchita ? Vous commencez à vous intégrer à votre nouveau pays. Allez, plus que 5 ans et on vous le donne ce visa de travail. Mais en attendant, nous sommes en pleine réunion du personnel, alors je vous prierai de quitter les lieux et d’aller me récurer 2-3 chiottes car nous avons besoin d’être entre employés. EM-PLO-YÉS. Comprende ? Et vous, vous n’êtes qu’une vulgaire… ?

– Technicienne ?

– …De surface oui. Alors venga venga, on se bouge le cul la vieille.

– Si señor.


– Bien maintenant que l’immigrée est partie et que nous ne sommes plus qu’entre oreilles de confiance, je dois vous révéler la situation extrême à laquelle est confrontée le journal cette année : notre département Espionnage Industriel a eu vent d’une nouvelle chaîne d’information concurrente, qui vole les codes de notre journal, plagie nos débats de qualité, repompe nos concepts de fous et pousse même l’indécence jusqu’à se faire appeler « ProloNews ».

– Bordel « ProloNews », c’est quoi ce nom de con encore ? Où vont-ils trouver tout ça ?

– J’ajouterais même : où vont-ils trouver toute cette énergie ?

– Ouais je vous l’accorde ils ont vraiment un nom de merde. Pas comme ClodoNews, là c’est sexy…

– …Là c’est vendeur. gunther-clodonews

– EXACTEMENT, merci Gunther. Eh bien messieurs, retrouvez vos cartes de presse périmées, parce que ProloNews, ce n’est pas une blague. C’est une menace pour notre journal.
claude zoom

Un silence religieux tombe sur la pièce. Freddy Les Bons Tuyaux, muni de agenda DDP acheté pour le collège en 2010, prend la parole.

– Boss… quand vous dites « menace », on parle de quoi ? Une concurrence sur la désinfo ? Sur les shitposts calomnieux ? Sur les titres de mauvaise foi ?

– PIRE, Freddy. Ils font la même chose que nous, mais sans l’assumer.

– Les salauds… freddy doute

– Ils parlent de débats, de liberté d’expression, de peuple, de bon sens… mais sans jamais rire.
claude

– Attendez… Vous êtes en train de nous dire que ProloNews serait… un journal sérieux ?
freddy doute

– C’est dur à croire mais… oui. Ils se considèrent pleinement premier degrés. Je crois qu’ils sont… cliniquement cons.

Un frisson parcourt l’assemblée.

– Bon, boss, faut peut-être qu’on regarde leurs contenus, non ? C’est pas comme si on avait grand chose d’autre à foutre de toutes façons.

– Déjà fait. Et c’est là que ça devient inquiétant : claude zoom


Claude projette une rediffusion au mur.

PROLONEWS – ÉMISSION SPÉCIALE
« Peut-on encore se dire tolérant sans avoir de mézouza à la maison ? »


– Putain les cons… Ils ont vraiment osé, premier degrés.

– Non mais regardez-moi la gueule des chroniqueurs.
josé clodonews

– Mais… ce type au centre… Il est encore en vie ? Je veux dire, vraiment, on dirait qu’il bouge plus. Ils viennent de le sortir du formol là non ?

– Ah attendez et elle là la présentatrice… ah non, elle est archi bonne en fait autant pour moi :
josé clodonews

– Vous voyez l’ampleur des dégâts maintenant ? Vous avez à l’écran toute une bande de ratés du showbizz, et d’anciens politicards en obésité morbide qui veulent leur cachet en passant à la TV. Ils sont tous sous couverture avec des alias. Mais quelque chose me dit qu’on est face à des pros. Pas de panique toutefois. On va faire ce qu’on fait de mieux.
claude

– Une enquête ? freddy doute

– Ayaaaa une enquête, alors ça c’est la meilleure.

– Bah quoi ? freddy doute

– Non mais on est nul à chier en enquêtes je te rappelle. Ca fait 5 ans qu’on a pas sorti un papier sans trop de conneries imprimées dessus ahi.

– Mais alors qu’est-ce qu’on va faire boss ? J’ai pas de diplômes moi, je ne sais rien faire d’autre.
josé clodonews

– J’ai une meilleure idée… On va faire une infiltration.

– Oh merde…

– Freddy, tu es notre meilleur élément.

– Quoi ? Mais pourquoi moi ?

– C’est surtout parce que Djokaire n’est pas là. Je lui ai donné un petit solde de 1 à 2 jours de congés sabbatiques pour se remettre psychologiquement de son infiltration chez Blast.

– Mais ? Envoyez les autres pour une fois.

– Les autres rédacteurs puent un peu la merde, sans vouloir vous offenser messieurs bien sûr.

– Oui patron. josé clodonewstiméo le stagiaire

– Tandis que toi, Freddy, tu es toujours là. Mon fidèle bras droit. Tu vas entrer chez ProloNews. Tu vas t’immerger. Comprendre leurs méthodes. Leur idéologie. Leur machine à café et me dire si il est meilleur que chez nous.
claude

– Et si je ne reviens pas de ma mission ? freddy doute

– On écrira un bel article hommage.


Infiltration : Jour 1

Locaux de ProloNews. Un open space glacé. Des écrans partout. Des drapeaux français en décoration s’entremêlent a des goodies manufacturés Terre de France. Freddy porte un polo bleu marine et, pour renforcer sa couverture, arbore un badge
« Stagiaire – A tenir à distance de sécurité de Jean-Marc Morandini ».


– Enchanté, Freddy mais vous pouvez m’appeler Freddy Les Bons Tuyaux. Et vous vous êtes ? La goule du grenier Weasley ?
freddy doute

– Bien l’Bonjour, naaan moi c’est Elisabeth. Mais ici on m’appelle « vinaigre », c’est comme ça que je vieillis *toux de glaviots de sang avant de renifler le tout d’un coup sec*

– Mais… Vous travaillez ici ? Ou à la poissonnerie d’en face ? Enfin je veux dire, vous ne ressemblez pas vraiment à une journaliste.

– Naaan mais ça c’est parce que je suis pas journaliste.

– Mais vous êtes quoi qui alors ?

– Bah je suis chroniqueuse pardi. T’aurais pas une clope petit ? Je connais quelque peu ton travail Freddy. Il m’a été… Enfin il nous a été très utile à tous. Mais tu verras, ici, on dit les choses franchement. Chez nous, on ne censure pas. D’ailleurs, t’aurais pas une clope gamin ?

– Ah oui on censure rien ici ?

– Oui. Enfin… sauf certaines choses.

– Comme ? freddy doute

– Bah… tout ce qui n’est pas d’accord avec nous.

– Et tout ce qui parle des JUIFS

– AAAAH OH Bordel c’est quoi ça ?? Il sort d’où ?

– Ahah allons, rassures-toi Freddy. Cette créature que tu vois là n’est autre que Marc Ménant. Il est gentil ne t’inquiètes pas. Il s’emporte un peu facilement lorsque l’on touche à des sujets sensibles, et lorsque la régie oublie de lui préparer son dentier.

– Et qui sont les auteurs de cette situation épouvantable ?

– Ignore-le Freddy. T’inquiètes pas, il se contente de faire des interventions dans le vide depuis des années HAHAHAHRGFHH

– Hmm d’accord mais dites-lui de ne pas trop s’approcher quand même. Et vous non plus d’ailleurs si ça ne vous dérange pas. On dirait que vous avez des… des résidus de matière fécale sous les ongles…

– Bref le p’tit nouveau. Tu vas vite comprendre lors de la réunion. Ici, on ne fait pas de politique. On fait du bon sens. Ce que l’on appelle aussi, en termes plus journalistiques : « Du lourd réel ». D’ailleurs t’aurais pas une roulée à dépanner ?


Réunion éditoriale ProloNews

Freddy se sépare de ses deux nouveaux amis pour participer à sa première réunion :

– Bon, sujet numéro un : « Faut-il dire fête de l’hiver ? »

– Excellent.

– Sujet numéro deux : « Pourquoi les médias (sauf nous bien entendu) mentent au peuple ? »

– Classique, mais efficace.

– Sujet numéro trois : « Un Français peut-il encore être fier ? »

– Mais attendez ? On l’a déjà fait hier ça.

– Oui, mais aujourd’hui on le fait plus fort.

– Excusez-moi mais… vous parlez beaucoup de peuple, non ?
freddy doute

– Évidemment.

– Mais… vous n’invitez jamais de gens du peuple du coup ?

Des rires éclatent de toutes part de la salle de réunion. Un chroniqueur périmé fait un infarctus sous l’effet de la rigolade

– Allons mon bon Freddy, mais pourquoi faire ?

– Pour… leur donner la parole ?

Grand Silence. Tous les regards interloqués se tournent vers Freddy.

– Petit… ici, on parle à la place du peuple. C’est vachement plus efficace et plus rapide tu verras. D’ailleurs on a déjà un expert en Peuple ici, Philippe de Villiers.

– Bonjour c’est Philippe de Villiers. Je suis en expert en peuple et auteur du livre Populicide qui s’est vendu à 200.000 exemplaires. Ne manquez pas Populicide II : le retour l’année prochaine. La photo de couverture est déjà prête puisque je vais réutiliser la même.

– Ah bon ben tout va bien alors j’imagine. Et c’est une bonne situation ça « Expert en peuple » ?

– Et bien disons qu’à la FNAC, pour les fêtes de Noel, ça paye bien.


Pause déjeuner. Cafétéria de ProloNews.

Un espace aseptisé, blanc, froid. Des tables hautes. Au mur, un écran diffuse ProloNews en continu, sans le son, ce qui bizarrement rend les débats encore plus violents visuellement : des gens qui parlent tous en même temps, pointent du doigt hors champ, hochent la tête gravement, puis finalement se mettent à rire sans raison apparente.

Freddy est assis seul. Il mange une salade « Tradition française » composée exclusivement de laitue traditionnelle et de fromages Babybel traditionnels eux aussi.

Une silhouette s’approche :

– T’es le nouveau, n’est-ce pas ? pascal praud incognito

– Oui… Freddy. Stagiaire.

– Ici, on dit éditorialiste junior en immersion populaire. Tout comme je l’ai été avant toi, dans les glorieuses années 50. Et tout comme le petit Jordan Florentin que tu vois là bas l’a été avant toi. Enfin ça c’était avant qu’il ne devienne addict au sperme… Sombre histoire. Tu penses avoir les épaules pour nous succéder un jour ?

– Oui. A première vue… Je n’en doute pas.


Satisfait de la réponse de notre reporter, l’homme s’assoit en face de lui. Malgré ses 1m50 apparent, le personnage semble afficher une confiance en lui à toute épreuve. Costume bleu nuit. Nœud papillon rouge sang que peu de personnes hétérosexuelles accepteraient porter. Cravate trop serrée. Regard perçant. Et surtout… la moustache.

Une moustache étrange. Trop nette. Trop symétrique. Une moustache qui semble avoir été posée là, comme un postiche maladroit, un avertissement ou un vice caché.

– Moi, c’est Patrice.

– Patrice… comme…

– Comme Patrice, oui.

– Hmm, d’accord.

– Pourquoi ? Un problème avec le prénom Patrice ?

– Non non, pas du tout. C’est juste que votre tête me dit quelque chose. On ne vous a jamais dit que vous ressemblez à Pascal Prau…
freddy doute

– Patrice Pro. Oui c’est bien moi, Patrice.

– Et les deux paires de lunettes l’une sur l’autre c’est normal ?

Un silence gênant s’en suit.

– Tu sais pourquoi j’aime ProloNews, Freddy ?

– Pour… la liberté d’expression ?

– Exactement. Ici, on peut enfin dire ce que les gens pensent.

– Tous les gens ?

– Non.

– Lesquels, alors ?

– Ceux qui nous écoutent.

– C’est-à-dire ?

– Ceux qui regardent la télé en disant « on ne peut plus rien dire », tout en parlant pourtant non-stop durant le repas de famille.

– Je crois bien que j’ai vu ça tout à l’heure, dans votre émission, là… « L’heure des prolos »… ?

– Ah, magnifique débat. J’ai géré de ouf t’as vu ?

– Vous avez parlé une heure de dérives et de décadence occidentale sans jamais dire de quoi il s’agissait. Au final j’ai même pas compris pourquoi vous vous engueuliez avec les autres petits vieux ?

– Exactement ! C’est ça, le professionnalisme. pascal praud incognito


Les premiers indices

Plus les minutes passent, plus Freddy observe.

La façon dont Patrice tient son stylo : trop théâtrale. La manière dont il soupire avant chaque phrase, comme s’il portait le poids du pays sur ses épaules. Son tic de langage : « je pose la question »… Tout paraît trop artificiel.

– Je pose la question, Freddy… est-ce que tu ne trouves pas que les Français ont le sentiment qu’on ne les écoute plus ?

– Euh… peut-être ?

– Voilà ! C’est bien ce que je me tue à dire tous les jours !

– Mais enfin laissez moi élaborer… vous venez tout juste de me poser la question.

– Oui, mais maintenant c’est une affirmation.

– ?

– Laisse gamin, c’est le langage journalistique. Tu apprendras petit à petit quand tu deviendras un véritable Pro toi aussi.

Patrice se lève brusquement.

– Viens. Je vais te montrer la salle des débats. Oh non attend une seconde. Putain j’en étais sûr… Elle l’a encore oublié. Oh elle va m’entendre celle-là…

– Que se passe-t-il Patrice ?

– Passe-moi le microphone garçon.

– Le microphone ? Mais enfin de quoi parlez-vous ?

– LE MICROPHONE QUE DIABLE. OUVRE TON WELCOME PACK ON A TOUS UN MICROPHONE ICI

– Ah euh oui tiens c’est étrange. Tenez Patrice

– CAMOMILLE !! CAMOMILLE !!

Une petite vieille accourt aussitôt aux pieds de Patrice, le visage contrit.

– Désolée maître Patrice. J’ai oublié votre infusion cela ne se reproduira plus. Tenez, elle est encore chaude et prête à boire.

– Mais c’est insupportable enfin votre attitude ! MAIS ENFIN CA VA PAS ??

– Je…euh… Camomille ? Camomille ?

– Pour la peine vous allez réviser vos fiches et apprendre qui joue gardienne de but dans l’équipe de France féminine

– Et puis le nom de toutes les joueuses depuis 1950 aussi tiens, ça vous fera la bite.


La salle des débats

Une fois les problèmes d’infusion de Patrice réglés, nos deux fiers journalistes pénètrent dans une grande pièce circulaire. Une table ronde y siège, entourée de fauteuils bien trop confortables pour créer le moindre élan de productivité.

– Ici, on débat.

– À combien ?

– Ca dépend. Le nombre importe peu. Il faut surtout toujours être entre gens d’accord… Mais avec des nuances.

– Des nuances ?

– Oui. Certains doivent être très d’accord avec mes prises de positions. Tandis que d’autres chroniqueurs, désignés au préalable (on change chaque jour) doivent être extrêmement d’accord avec moi.

– Ah… Je vois. Ca me parait tout à fait sain.

– Evidemment ! Sans ça comment pourrions-nous débattre ? Je met un point d’orgue à maintenir la pluralité d’opinions sur mon plateau.

– Et, imaginons, scénario catastrophe : que fait-on quand quelqu’un n’est pas d’accord ?

– On parle plus fort que lui. Et puis après il craque. Tiens regarde la salle des vitrines là bas, tu vois à l’intérieur ? Et oui c’est bien le rappeur Rost. Il a commencé à faire un peu trop le malin et penser via son libre arbitre en ma présence. Et bien le Rost, je l’ai Roasté en retour si je puis dire. Je l’ai annihilé en place publique en gueulant plus fort que lui. Il fait moins la racaille de banlieue là hein haha ? Depuis ce jour, il est resté cryogénisé dans la même position d’incrédulité :

– Regarde bien : si tu t’approches de la vitre et dis « Arrêtez avec votre racisme à tout bout de champ » on le voit cligner des yeux, on observe une réaction de l’animal. Je crois bien qu’il respire encore.

– Trop fort ! Je crois que je commence à aimer ce taf’ finalement.


En passant en revue les autres membres présents dans la salle (vivants eux, du moins ayant l’air moins cryoginisés), Freddy remarque un détail : tous les chroniqueurs ont la même gestuelle. Le même froncement de sourcils, la même indignation calibrée et surtout la même phrase fétiche : « On marche sur la tête » et sa petite variante « Mais enfin ça va pas ? »

– Patrice… quand commençons-nous le travail ?

– Reviens me voir demain Freddy, je serai en direct de mon autre émission « Les pros face aux prolos face à l’info« . Tu pourras voir comment je travaille vraiment. Tu vas apprendre le métier d’expert TV.


Infiltration : Jour 2

Le lendemain. Plateau en direct.

Freddy assiste à l’émission depuis les coulisses. Patrice est à l’antenne.

– Je pose la question… est-ce qu’on peut encore aimer son pays sans être immédiatement taxé de quelque chose ?

– Mais oui nom d’une pipe. Vous dîtes des vérités Patrice !

– Je suis extrêmement d’accord avec vous.

– HEIN de quoi ? Ca a commencé là ??

– Ben oui bordel, on est à l’antenne depuis 45 minutes !


Soudain. Un projecteur chauffe trop fort. Une goutte de sueur perle du front de Patrice et dégouline jusqu’à atteindre sa moustache qui glisse légèrement.

Freddy, alors confronté à tout un monde qui s’écroule, écarquille grand les yeux avant de murmurer solennellement :

– Putain… le sombre fdp, il m’a bien eu…

Patrice continue de parler, mais sa main se crispe. Il sent quelque chose. Il touche discrètement sa lèvre.

– Euh… Comme je disais… je pose la question…

La moustache tombe de plus en plus. Un chroniqueur tousse nerveusement :

– Patrice… tout va bien ?

– TRÈS BIEN. Arrêtez de m’interrompre. MAIS ENFIN CA VA PAS ?

– Euh… Patrice ? Camomille ?

Mais rejetant les boosts de Camomille, Patrice perd le contrôle et tente de rattraper sa moustache postiche. Trop tard, cette dernière tombe devant les yeux de milliers de téléspectateurs.

Le régisseur payé au SMIC panique :

– PUB ! PUB ! ON COUPE ! APPORTEZ DU MAQUILLAGE POUR PATRICE


La confrontation

Dans les coulisses, c’est le chaos :

– QUI A TOUCHÉ À LA CLIM ?! Si c’est encore un coup de Hanouna, je l’encule direct

Freddy s’approche.

– Patrice… votre moustache… freddy doute

– Elle est très bien ma moustache.

– Non mais… elle n’est plus là.

– Écoute-moi bien, petit. Tu crois que c’est facile, de porter la France sur son visage ?

– Donc… c’est bien une fausse moustache ?

– Elle incarne le virilisme populaire.

– Mais vous vous foutez de ma gueule en plus ? Je le savais, vous êtes…

– Oui.

– Pascal… Praud ?

– Et mon plan aurait parfaitement fonctionné sans Freddy, la Mystery Machine et ce chien débile de Scooby-Doo.

– Donc ProloNews, c’est…

– CNews. Mais en mieux. Parce qu’on fait semblant d’être djeun’s.

– Mais pourquoi ? Pourquoi avoir tout pompé sur ClodoNews ? Pourquoi toutes ces manigances ? Pourquoi être aussi corrompu ?

– Tu sais pourquoi on a changé de nom, Freddy ?

– Pour tromper les gens ?

– Non. Pour leur donner l’impression qu’ils suivent un média de grande qualité tel que ClodoNews, un média qui, lui, aborde les sujets qui intéressent vraiment les français comme, par exemple (liste non exhaustive) votre superbe tutoriel pour apprendre à écrire des films porno ou bien encore votre formidable article sur  » Faire pipi sur la paroi des toilettes pour enlever les traces de caca est-il raciste ? « . Ca c’est de l’actu. Ca c’est des vrais sujets de société et du journalisme de terrain. Au fond, chez CNews, on a juste toujours rêvé d’être un petit peu vous…

– Et tout ce discours sur le peuple alors ? Tous vos intervenants en carton c’était du flan ça aussi ?

– Tu sais, le peuple, Freddy, c’est un concept pratique. Ça ne parle pas. Ça ne répond pas à mes débats. Ça se contente juste d’applaudir quand on lui dit qu’il a raison.

– Quoi ? Mais attendez vous me faites de la philosophie de comptoir maintenant ?

– Vous voyez, Freddy, le média n’est pas un outil d’information mais un miroir métaphysique du peuple : il ne reflète pas la réalité, il la précède, la façonne, l’oriente, jusqu’à ce que l’opinion devienne vérité essentielle par simple saturation narrative. Je suis l’Alpha et l’Omega de la télévision française Freddy. Je suis celui qui tire les ficelles, je suis la chair des anges déchus…

– Mais… c’est totalement con…

– Bon allez. Ce cirque a assez duré. Je retourne à la rédac de ClodoNews. Continuez à vous pignoler sur vos débats factices moi j’ai de la presse sérieuse qui m’attend.


Retour au bercail :

Locaux de ClodoNews. Claude est assis, les pieds sur la table, en train d’hésiter entre deux titres griffonnés sur un carnet.

– Ah Freddy, bah voilà t’es revenu mon con. Bon, dis-moi vite, j’ai eu deux idées de génie pendant ton absence. Tu préfères qu’on titre le journal de demain avec : « Les trottinettes électriques sont-elles une invention de l’extrême centre ou juste un truc de PD ? » ou « Peut-on encore être chauve et barbu sans être woke et sucer des chibres ? ». Dis-moi ce que t’en penses. J’ai besoin de ton avis de professionnel vu que je sais que t’adore les sujets un peu sérieux et intellectuels, c’est ton filon.

Freddy reste debout. Silencieux. Il baisse les yeux.

– Boss… j’ai infiltré ProloNews.

– Oui oui, très bien je sais mais au final avec l’équipe on a convenu qu’on s’en battait finalement les couilles de ce sujet ahah. Désolé j’aurais dû te passer un coup de fil mais flemme un peu à cause de ma phobie sociale mdr. Bref, réponds à mes suggestions, c’est important pour la ligne éditoriale.

– Boss… en fait ils sont CNews.

– Ah.

– Ils ont des noirs congelés dans la salle de débats.

– Ah.

– Y’a même Pascal Praud.

– Ah…

– Avec une fausse moustache.

– DE QUOI ? Une FAUSSE MOUSTACHE ? Ah là d’accord putain on tient un scoop de qualité. Priorité à l’actu je dis tout de suite aux gars de faire un papier là dessus, on oublie tout le reste.
claude zoom

– Ils recyclent l’indignation, boss. Ils parlent du peuple sans jamais le voir. Ils fabriquent des débats comme on fabrique des miniatures de merde ici : sans réfléchir.

– Donc… en gros, ils font exactement ce qu’on fait, mais sans rigoler ?

– Voilà.

– Sans blagues sur les mères ?

– Rien du tout. Ils se font chier comme des rats morts et ils pensent être des mecs matures.

– Oh putain les cons ahiiiii.

– Boss… Cette expérience m’a changé. Je remet désormais tout en question. Vous aussi quand vous m’avez recruté pour une canette de Perlembourg STRONG en 2019, vous m’aviez dit qu’on ferait de la presse sérieuse.

– Ahah mon bon Freddy. La presse sérieuse, c’est comme l’objectivité : ceux qui en parlent n’en ont pas besoin, ceux qui en auraient besoin n’y croient pas, et ceux qui la pratiqueraient vraiment n’ont plus de boulot depuis longtemps. Comme l’a dit le plus grand penseur chauve de notre ère : « Un journaliste c’est soit…
claude

– …Soit une pute soit un chômeur. » Oui patron je le sais, vous m’avez fait apprendre ce mantra par cœur lors de la formation. Même que quand je me trompais vous me frappiez.

– Exact, donc laisse les faire de la merde. Nous on continuera à faire ce qu’on fait de mieux : eux font semblant de dire la vérité. Nous, on assume complétement d’être trisomiques.

– C’est ça, la différence ?

– Exactement. On a le moral higher ground.

Claude se lève de son siège en manquant de marcher sur son énorme chibrax.

– Allez, au boulot maintenant. T’es pas payé à rien faire, t’es plutôt pas payé à faire. Et pense aussi à me rendre la moustache que t’as piquée à ce tocard de Praud, ça peut toujours servir pour une émission spéciale.

Freddy sort la moustache de sa poche. Ils la regardent dans un instant de silence respectueux.

– Putain… C’est fou comme un simple bout de poils peut faire dire autant de conneries.

– Bienvenue dans le monde des médias, mon garçon !


Article rédigé par : Freddy Les Bons Tuyaux (sous sa forme stickerienne : )