Il existe dans la nature plusieurs espèces capables de monopoliser votre temps sans le moindre remords : les commerciaux SFR, les recruteurs éco+ LinkedIn qui proposent un CDI « Junior » à 1 350 € brut à 90 kilomètres de chez vous (20 ans d’expérience requis, permis B + C + permis bateau) et, bien sûr, l’espèce la plus redoutée de toute : la personne âgée.

Malaisante par essence car âgée, elle est tout logiquement sénile et extrêmement chronophage pour nous, le reste de la population (les gens normaux, jeunes cadres dynamiques en quête de rebondissements et de trucs qui déménagent). C’est un constat froid : les vieux et autres boomers ruinent notre vie quotidienne par leur présence qui sent la naphtaline à des kilomètres à la ronde et emmerde tout le monde dès qu’il prennent la parole.

La personne âgée malaisante est facilement reconnaissable. Elle commence toutes ses phrases par « À mon époque… » et les termine généralement quarante-cinq minutes plus tard, après un détour par la guerre, le prix du beurre en 1963, un voisin décédé en 1998 et une anecdote dont tout le monde se bat poliment les couilles.

Le problème n’est pas tant son âge que sa conviction délirante que son vécu constitue une ressource pédagogique indispensable pour les générations futures.

Voici donc quelques techniques simples pour écourter ce supplice.

Communiquer avec les personnes âgées et autres vieux séniles : le guide pratique

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Expliquez-lui que ChatGPT l’a remplacé

Bien que personne ne leur en fasse la demande, les personnes âgées adorent transmettre leur sagesse. Il n’en démordent pas ces vieilles carnes. Ca doit être l’unique chose encore susceptible de les faire bander j’imagine, au diable les pilules bleues quand on peut raconter de la merde à tout bout de champs en prenant une pose et une intonation de vieux sage comme dans les films avec des moines Shaolin, ou même, encore mieux : les films avec des footballeurs moines Shaolin.

Tu sais, dans la vie… »

Non.

Je t’arrête tout de suite sac d’os. Aujourd’hui, il suffit de demander à ChatGPT pour savoir tout ce qu’il y a dans la vie.
Des millènaires d’existence peuvent être résumés en 4 secondes à peine grâce au formidable pouvoir de l’algorithme qui chaque jour, renforce la supériorité de la machine sur les sales vieux.
Et oui, l’IA, c’est finalement la véritable personne âgée idéale : elle sait quand s’arrêter, elle ne sent pas le vieux cul ou la bouffe innommable de maison de retraite, et surtout, on peut l’éteindre. Oui, elle ne déblatère pas sans limites, sans interruption toutes les 30 secondes pour vous raconter que le boulanger d’avant Mitterrand avait des mains « plus honnêtes » et bien plus « d’amour pour le vrai pain » que le nouveau boulanger au coin de la rue (quoique cela veuille dire ?).

Testez chez vous : interrompez votre vieux avec « Continue« , « Développe« , « Source ?« , « Peux-tu citer des publications scientifiques ?« . Au bout de trois minutes, ce vieux fou du village réalisera que raconter n’importe quoi avec assurance n’impressionne plus personne depuis la fin du monopole d’État.


Utilisez un langage qu’il ne peut comprendre.

Les seniors respectent profondément tout ce qu’ils ne comprennent pas, c’est-à-dire la totalité du monde depuis 1998.

Dites simplement :

Silence vieillard, je dois recalibrer mon algorithme Pro Max en l’alimentant en glucks pour qu’il puisse recentraliser mes cryptomonnaies en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Tasty Crousty.« 

Ils hocheront alors la tête avec inquiétude. Mais dans leur panique mentale ils tenteront tout de même de faire les mecs sûrs d’eux, qui font genre d’avoir tout capté car la seule crainte existentielle du vieux est de paraître dépassé.

Et là est le spectacle le plus délicieux pour nous, humbles spectateurs : observer ces vieux gâteux se gratter la tête et regarder dans tous les sens pour vérifier si on a cramé leur petit jeu ou non. Ils suent du cul. Et auront même l’audace de s’énerver si vous osez émettre l’hypothèse selon laquelle ces cons n’ont tout simplement rien compris.

Bien sûr que j’ai compris, gamin. J’alimentais déjà en Glucks alors que t’étais encore dans le ventre de ta mère petit merdeux »

Pendant ce temps-là, nous, jeunes chances pour la France et autres générations dorées qui représentent l’avenir radieux de la société, nous rions d’eux à gorge déployée. Démontrant ainsi la supériorité de la jeunesse sur les boomers, éternels chevaux boiteux qui ralentissent l’effervescence de la nation.

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Contre-attaquez avec une histoire encore plus longue que son histoire qui était déjà bien de la merde à la base.

Dès que le vieux ouvre sa grande gueule pour dire « Je vais te raconter…« , coupez-le immédiatement avec un :

Ouais nan, elle est nulle ton histoire en fait. On va plutôt parler de la mienne. Donc, ça me rappelle mon lundi après-midi…« 

Puis lancez-vous. Racontez-lui, avec la même solennité funèbre qu’il réserve à ses histoires de service militaire, l’épopée de votre dernier petit lundi difficile. Traitez-le comme un documentaire historique. Donnez des noms aux protagonistes de votre histoire factice. Appelez ça « l’Affaire du Mardi Gras » même si c’était un lundi (c’est pour voir si il suit). Décrivez le cake que vous avez démoulé ce jour-là avec une précision poétique qui ferait rougir Proust :

Une consistance mi-rustique, mi-désespérée, entre le grès et le regret. »

Expliquez que ça vous a changé, que maintenant vous comprenez la vie différemment, que :

 » – les gens aujourd’hui ne savent plus ce que c’est que de souffrir pour quelque chose de grand.

Ouais gamin, ça c’est bien vrai

Non mais ta gueule en fait, c’est moi qui parle

Développez pendant quarante-sept minutes. Observez son visage passer du dégoût à l’horreur, de l’horreur à la résignation, puis à cette expression vitreuse qu’il vous inflige d’habitude quand il se remémore avec nostalgie du prix du gasoil en 1962. Il découvrira enfin ce que ça fait d’être pris en otage par un récit dont on se branle complètement.


Dites-lui que vous avez déjà vu le remake de son récit pourri et démodé.

Les seniors sont de piètres conteurs d’histoires. Ils récitent généralement un script unique, mal écrit, sans budget, avec les mêmes rebondissements prévisibles depuis 1974 : le voisin Raymond qui meurt (décidément, on entend cet évènement à chaque fois, à croire que ce con crève à chaque épisode à l’instar de Kenny de South Park), la 4L qui démarrait pas quand il faisait froid dehors (incroyable), le service militaire « où ça mouftait pas et ça faisait de nous des vrais hommes » alors qu’ils ont principalement souffert d’ennui et de mycoses sexuellement transmissibles, ou bien encore de la voisine qui faisait « des choses pas très catholiques » (probablement juste de la lecture ou du crochet mais il fallait bien inventer au moins une rumeur au village pour avoir quelqu’un sur qui se défouler).

Après la troisième répétition, interrompez-les avec l’air d’un critique cinéma dégoûté :

Ouais mais je connais déjà cette saison. Scénario paresseux, arc narratif inexistant, le personnage de Raymond manque totalement de relief. Et la fin, sans déconner ? Prévisible. On sent le twist depuis le premier épisode. Zéro suspense, zéro originalité, ça sent le recyclage d’épisodes et le remplissage pour faire durer le show

euh je… Oui.

Et puis l’acte I vieux père : trop long. Bien trop long bon sang. Manque de rythme. L’épisode du beurre qu’on vend aux allemands a déjà été vu mille fois. Bref, la note : 3/20. À refaire avec plus d’explosions et des méchants plus charismatiques tu vois, plus modernes… Jsp genre… Mr.Capital tu vois ?

Ah ouais. Je-je vois…

Comment ça tu vois ? Attend, je rêve ou tu viens de marcher dans ta propre urine là, et ça tu l’as même pas vu ? Infirmières !

-…

T’es aveugle ou quoi ?

Oui…

Ils partiront confus, persuadés d’avoir raté leur vie à cause d’un mauvais scénariste alors qu’ils ont juste été de médiocres acteurs de leur propre existence inintéressante au possible.

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Rappelez-lui que l’espérance de vie occidentale est un privilège et non un droit

Les personnes âgées parlent souvent comme si leur ancienneté leur conférait automatiquement un doctorat en existence. Comme si un statut d’expert en tout leur revenait de droit. Or, accumuler les années de périclitage sans jamais trouver le moyen de clamser une bonne fois pour toutes ne garantit strictement rien. Un yaourt oublié pendant huit mois par Riton dans le frigo de la rédac est lui aussi très vieux. Ça ne fait pas de lui un sage, même s’il reste délicieux. Le vieillard, lui, n’est cependant pas délicieux. Il se conserve nettement moins bien. D’ailleurs, les moisissures de fermentation qui, avec l’âge, se forment dans les recoins de son visage et dans ses orifices les plus intimes ne lui confèrent aucune saveur ajoutée.

Au moins, le yaourt, une fois ouvert, a la décence de ne pas raconter sa vie. Il se mure dans le silence et accepte son ingestion, qui symbolise sa mort. Tout ce que le vieux sénile devrait faire, lui aussi, en somme. Le yaourt ne vous explique pas comment, à son époque, les lactobacilles étaient plus respectueux et qu’on pouvait laisser traîner son P’tit Yop sur les rebords des fenêtres sans qu’un jeune margoulin subsaharien ne vienne le subtiliser pour sustenter sa propre famille de migrants.

Le pire dans tout ça ? Le yaourt, s’il est assez vieux, finit par devenir fromage. Un procédé fascinant appelé la transmutation. Le vieillard, lui, ne devient que poussière, et encore, pas immédiatement. Il passe par une phase intermédiaire interminable où il est juste… là. Occupant l’espace, prenant la place, exhalant son souffle de crypte, répétant les mêmes trois histoires en boucle.


Utilisez le langage non-verbal pour faire comprendre à votre interlocuteur qu’il est de trop

La communication non verbale est essentielle. Le corps parle. Le vôtre doit crier « DÉGAGE » en morse, en braille, et en langue des signes simultanément afin d’être compris par le plus de personnes en fin de vie possibles. Voici un catalogue de techniques passives-agressives corporelles pour transformer toute interaction gériatrique en retraite stratégique rondement organisée :

Toutes les deux minutes, regardez intensément votre poignet, même si vous ne portez pas de montre. Soupirez profondément, comme si vous veniez d’apprendre la mort d’un proche. Murmurez « Déjà ?« , avec l’angoisse d’un homme qui vient de réaliser qu’il a, encore une fois, oublié son enfant sur une aire d’autoroute.

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D’autre part, n’oubliez jamais le point d’ancrage. Fixez un point vague situé trois centimètres au-dessus du crâne dégarni de votre interlocuteur mourrant. Ne clignez pas des yeux et surtout, ne croisez jamais le regard du vieillard, cela pourrait l’encourager et le relancer de plus belle dans ses délires fantasmagoriques. Souriez, seulement pour les conventions de courtoisie qui nous sont imposées en société sans que personne ne sache réellement pourquoi, mais seulement avec la bouche. Vos yeux ne doivent jamais se plisser pour montrer le moindre signe de potentiel amusement.

Enfin, préparez lentement mais sûrement votre fuite. Reculez imperceptiblement. A peu près d’un centimètre toutes les trente secondes. Si vous êtes assis, penchez-vous progressivement jusqu’à disparaître totalement sous la table. Si vous êtes debout, effectuez une rotation lente mais constante, présentez-lui progressivement votre dos. N’ayez d’ailleurs même pas peur de lui parler de dos, littéralement, la personne âgée est de toute manière bien trop ralentie cognitivement et surtout bien trop polie pour vous faire la moindre remontrance.

 (tend une photo avec des mains tremblantes) : Regardez, c’est ma petite-fille, elle a eu son bac avec mention Très Bien…

 (ne regarde pas la photo, fixe la calvitie Norwood 5a du vieux fou)

 Elle veut faire des études de médecine, vous savez, elle veut devenir chirurgienne comme son arrière-grand-père, et son arrière-grand-père avant lui. Attendez, je crois que j’ai encore un album avec leurs caducées en 55 exemplaires différents, je vais vous le chercher…

– (se met à cligner des yeux très fort, comme s’il avait une crise de nerf, mais toujours en souriant)

Vous… vous avez quelque chose dans l’œil ?

 Non. Je suis juste en train de compter combien de secondes il me reste avant de mourir de vieillesse en écoutant cette histoire de merde. Ça demande pas mal de concentration. On en est à quarante-sept secondes là. Vous vouliez me montrer autre chose ou on peut accélérer le processus pour que vous alliez me faire un petit café pour la route ? Vous me mettez des petits gâteaux aussi. Ca vous dérange pas si je prends tout cela à emporter ?

– (le visage tombe, il range la photo) : Oh… je… je suis désolé, je ne voulais pas vous ennuyer…

 Je veux les bons gâteaux hein. Ceux avec le chocolat fondant au milieu. Attention, pas les sablés immangeables et tout moisis dans la boîte métallique qui végète en haut du frigo. Je vous ai à l’œil vieux débris.

 (les larmes aux yeux) : Mais… C’est que… C’était les préférés de Bernadette et je ne sais pas si...

 (consulte son poignet nu, tape dessus, regarde autour, perplexe) : …C’est bizarre, ma montre connectée indique que vous êtes encore là alors que vous devriez être en train de vous magner le cul en cuisine. Elle doit être cassée.

– Bon, je… Oui, très bien.

 (déjà tourné vers son téléphone, sans lever les yeux) : Ouais c’est ça ouais. Portez-vous bien. Pas trop bien quand même. On sait jamais. Accélérez la cadence aussi svp, j’me fais le niveau 47 de Candy Crush en vous attendant puis j’me taille. J’avais zappé que je dois aller baiser dans 45 minutes avec mon sexe encore vigoureux et libre de toutes dysfonctions érectiles.


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Voilà. Vous êtes armés. Vous possédez maintenant un guide complet de techniques éprouvées pour neutraliser tout senior un peu trop encombrant. Vous pouvez maintenant le silencier, l’humilier, le briser psychologiquement, et surtout : récupérer votre précieux temps de jeune cadre dynamique plein d’avenir.

Et dans cinquante ans, quand vous serez assis, pas dans un fauteuil roulant ringard, non, sur un fauteuil roulant connecté, moderne qui peut lire Spotify tout en diffusant Netflix, entouré de vos petits-enfants qui vous regardent avec des yeux brillants d’admiration, vous pourrez fièrement leur raconter comment, à votre époque, vous avez réduit en larmes un pauvre vieux de 82 ans juste parce qu’il parlait de sa 4L pour la cinquième fois de la journée.

Vous leur décrirez vos méthodes, le détail du trauma infligé et ils écouteront, fascinés, parce que vous serez différent. Vous ne serez pas comme ces vieux relous d’avant. Vous, vous aurez des histoires qui déchirent. Des histoires de victoire sur les anciens. Des histoires de jeunesse.

Et si jamais l’un d’eux consulte sa montre intégrée grâce à une nanopuce SkyNet, ce sera forcément parce qu’il a un problème de concentration. Pas parce que vous seriez devenu exactement ce que vous détestiez. Non. Impossible. Vous avez trop bien fait les choses pour ça et avez laissé un avenir radieux aux générations futures.


Article rédigé par : Timéo le stagiaire timéo le stagiaire