Évaluer ou analyser une œuvre avec objectivité, détachement et sans se laisser influencer par les émotions c’est, comme vous le savez déjà trop bien, la tradition de ClodoNews, le journal critique qui encule les artistes qui n’ont rien demandé, tout cela pour le bon plaisir du lecteur.
Alors oui cher lecteur avisé, clodo éclairé, ou toi, l’internaute random qui cliques par erreur en cherchant du porno sur Google Images (les recherches « Pascal le Grand Frère Pineur » sont bizarrement la meilleure source de trafic de ce site) nous voici réunis pour une entreprise d’une gravité considérable : l’exégèse critique du Journal de Spirou et de la ribambelle de bande dessinées qui sont parues dans ses pages au fil des années, proposant tout aussi bien gags de qualité que histoires nulles à chier et bd d’une médiocrité sans nom.
Nous avons donc entrepris, avec la rigueur méthodologique qui sied à un média spécialiste de la BD Franco-Belge, de passer au crible l’intégralité de cette publication hebdomadaire qu’est le Journal de Spirou.
Mais pour réaliser ce sulfureux exercice, qui créera à coup sûr polémiques et débats endiablés, il convient de poser un cadre méthodologique indispensable, sous peine de voir déferler dans nos commentaires une horde de puristes en rut, prêts à défendre leur Gaston Lagaffe de boomer préféré avec la ferveur religieuse d’un chouffin Pro Max devant son Live d’Antoine Daniel de merde.
Car voilà : nous avons tous croisé la route de l’intemporel Journal de Spirou, certains à l’ère des années 70 où les auteurs dessinaient encore avec des bâtons de charbon, d’autres pendant la décennie 90, et d’autres encore de nos jours, à l’ère TikTok Tasty Crousty, où les gamins découvrent que le Marsupilami n’est pas qu’un film de merde avec Jamel Debbouze. Bref, chacun possède son Spirou intime.
C’est pourquoi cet article ne traitera que des bandes dessinées que votre serviteur a effectivement lues, dévorées, masturbées mentalement, et dont il possède encore un vague souvenir durant sa propre époque de référence. Si votre bd de cœur n’y figure pas, gardez votre déception pour vous et allez pleurer sur Reddit en menaçant de vous suicider pour la 5ème fois de la semaine, comme tout bon Redditor (car un bon redditor est un redditor mort). Plongeons maintenant dans notre sélection des BD parues dans le Journal de Spirou, en commençant par les plus éclatax, celles que lisaient les enfants cons, avant de finir par les meilleures, celles lues par les enfants intelligents comme vous et moi, la race des seigneurs :
Les BD parues dans le Journal de Spirou, de la pire à la meilleure :
Les BD de merde :
Tamara
Nous ouvrons le bal avec du lourd : Tamara. Rien que l’évocation du nom de cette BD de merde fait ressurgir démons et malaises du passé. Nous parlons ici de la seule et unique bande dessinée au monde qui est couramment confondue avec une crème onctueuse et riche, idéale à tartiner, faite à base d’œufs de poisson salés ou fumés, le plus souvent du cabillaud.
Pourquoi ? A cause du prénom de son héroïne, qui en plus d’avoir un nom de con qui rappelle l »apéritif grec, est obèse.
Avec ce postulat de base, tout lecteur sensé s’attendait à une série qui n’aurait pour unique but que de se foutre de la gueule de son personnage principal car elle est grosse. « C’est drôle parce qu’elle est grosse » aurait même pu dire notre ami de la rédac’ Ken Jeong. Là on se serait bien marré, là c’est sexy, là c’est vendeur.
Et la BD partait plutôt bien au départ, si je me rappelle correctement. Dans mes souvenirs, les gags tournaient souvent autour du surpoids de Tamara, il y avait quelques moments trash ça et là, bon c’était franchement pas folichon mais c’était toujours sympa d’avoir la chance de rire des plus gros que soit, à l’école mais aussi en dévorant son journal de Spirou une fois à la maison. Puis un beau jour, les auteurs ont du remarquer qu’on faisait vite le tour du sujet (à l’inverse de Tamara dont on fait le tour bien plus lentement) et sont partis full wokes avant l’heure, enlevant toute notion d’humour à leur BD qui se voulait pourtant… humoristique à la base ? Je crois ?
La pétasse de Tamara se trouve un copain migrant sud-américain où je ne sais quelle connerie encore. Putain son nom me revient… Diego. Oui c’était bien Diego qu’il s’appelait cet enculé. Et depuis l’apparition du dit Diego dans la série, la pauvre conne de Tam passe une case sur 5 à pleurer ou à penser à lui en lâchant des « Oh Diego…« puis à rougir dans un malaise des plus éprouvants. C’est devenu une sorte de Teen Romance à la con dont on se serait bien passé. Plein de bons sentiments niais, de dégueulis de bonnes intentions mais, intrinsèquement, nul à chier. Probablement la pire BD parue dans le journal.

Tuez-moi bordel de merde
Tash et Trash
C’est l’histoire d’un lapin et d’un chat, ou l’inverse, bordel je m’en fous. Ce qui est sûr c’est que c’est deux bestioles anthropomorphes qui font des trucs. Voilà.
Ah mais je déconne même pas hein. C’est ce genre de BD sans chutes, sans gags, sans situations comiques. Des personnages dont personne n’a rien à branler. Le titre sonne déjà comme une marque de PQ discount vendue chez LIDL. Les dessins sont à peu près aussi « mignons » qu‘un cancer de la thyroïde puisse être mignon et l’humour est plus plat que les seins d’une de mes ex que j’ai justement quitté car elle avait les seins plats.
En bref, c’était la mini-BD que personne n’attendait mais qui revenait pourtant toujours chaque semaine. Un genre de strip qui passait inaperçu si ce n’est pour ceux qui possédaient une certaine curiosité morbide les poussant à découvrir quel truc encore plus à chier Tash et Trash ont-il encore bien pu faire aujourd’hui.

Ici le ressort humoristique repose sur le fait que Tash (Ou Trash) ait dit « On est au sec au moins ». Mais à la case suivante, l’auteur surprend son monde en faisant s’abattre la pluie ! Furieusement drôle et inventif !
Ralph Azham
Lewis Trondheim, ce mec est apparemment connu et incarne une sorte de référence dans le bande-dessinée game. Il est sucé de tous, probablement car il a un nom rigolo qui fait moins ringard qu’un Cauvin où qu’un Franquin (ces noms de campagnards).
Et bien moi, Freddy les bons tuyaux, votre serviteur, j’ose le dire : je peux prouver avec précision que Lewis Trondheim est un gigantesque connard prétentieux et que ce fou furieux tout-puissant a décidé que nous, pauvres lecteurs de BD, méritions d’être sodomisés intellectuellement par son « génie ». Parce que c’est ça le problème avec Trondheim : il se prend sûrement pour le nonchalant de la bande dessinée dégoulinant de mégalomanie créative.
Le concept de son daubesque Ralph Azham qui nous a bien tanné nos couilles de lecteurs durant des semaines à l’époque ? Et bien, en gros, c’est « Et si le héros n’était PAS l’élu ? » Wow. Révolutionnaire. Ton canard moche n’est pas l’élu avec sa gueule de con, je ne l’aurais jamais deviné. Sauf que depuis Luke Skywalker en passant par l’intégralité de la morne fantasy moderne, on a compris que le « non-élu qui devient quand même élu » c’est le cliché le plus éculé du genre. Mais Trondheim, dans sa tour d’ivoire de mec qui se touche la nouille en regardant ses propres interviews, croit qu’il a inventé la poudre.
Le dessin alors. Mon dieu, le dessin. C’est comme si un enfant de 5 ans avait découvert les feutres à l’encre indélébile et décidé de représenter son cauchemar en attendant que la daronne nettoie tous les draps remplis d’urine infantile. Ralph a des cheveux qui bleuissent à cause d’une conjonction de lunes (ou une bêtise du genre, les souvenirs sont flous) ce qui est apparemment suffisant pour justifier des centaines de pages où il se demande si sa vie a un sens alors que non, elle n’en a pas et en a sûrement moins que celle du lecteur qui perd pourtant son temps à lire cette chiasse.
Trondheim nous balance sa sauce cynique en pensant être un grocervo. Son héros est un loser, un mec qui traîne sa misère existentielle comme on en a vu 10.000. Et on est censés trouver ça profond ? « Oh regardez, le canard il est nihiliste et il pète mais garde toujours une tête impassible car il est dépressif. C’est de l’art contemporain ! » Non Lewis, c’est juste de la merde.
Bref j’ai subi cette série sans jamais savoir où elle va. Si des cons ont eu le courage de lire tous ces dialogues pseudo-philosophiques qui sentent le café étudiant de 3ème année de philo peuvent-ils me dire si il y a un dénouement en commentaires ? Non en fait je m’en branle. Tout comme Trondheim se branle sur les lecteurs avec sa fantasy pour énergumènes qui trouvent que Le Seigneur des Anneaux manque de passages où le héros chie dans les bois pour quelconque raison.

Une patte graphique innimitable
Spirou et Fantasio
Je dois vous faire une confession : Spirou et Fantasio, malgré son statut de tête de gondole du journal qu’on est censés sucer goulument car c’est un peu les stars de l’hebdomadaire et bien… j’avoue, je n’ai l’ai jamais vraiment lu plus de deux pages. Pas parce que je suis un odieux philistin hein, mais parce que dès la première case j’ai compris que c’était de la merde niaiseuse pour gamins attardés.
Déjà, le héros principal s’appelle « Spirou » (y’a des cons qui appellent leurs gosses comme ça ?) et il est habillé en groom. En groom putain. Le mec porte une veste rouge avec des boutons dorés h24 comme un autiste coincé dans un rêve éveillé pendant que les adultes bienveillants à coté de lui se foutent de sa gueule et lui refoutent des piqures de médocs dans le derche pour qu’il se calme.
Non mais, un peu de sérieux, pourquoi même vouloir être un groom ? Qui a décidé de vivre sa vie dans une boucle infinie de « bonjour monsieur, puis-je vous aider ? Puis-je vous servir ? Svp maître, je suis né pour servir, pour être votre pute, votre chose« . Le héros a donc un kink des plus particuliers qui rend, dès le départ, la lecture dérangeante.
Et son pote là, le Fantasio de mes couilles, avec son nom qui sonne comme une marque de lessive des années 80. Ensemble ils font des « aventures » où ils sauvent le monde en étant gentils et courageux j’imagine. C’est à vomir. C’est tellement gentillet que ça en devient suspect, comme si les auteurs voulaient nous endoctriner dans une secte de scouts homosexuels belges.
Et puis ça dure depuis 1938. 1938 bordel ! La guerre approchait à grands pas et ces cons décidaient déjà de nous faire chier avec leurs histoires de reporters en groom. Mais pourtant, c’est bel et bien la série qui a donné son nom au journal et qui a été récupérée par plus de dessinateurs que ma mère n’a eu de mecs dans sa vie. Depuis 1938 ce pauvre groom rouge se fait passer dessus par tous les scénaristes de la planète pour rendre la série encore plus naze chaque jour.

Boule et Bill
Encore une série que j’ai à peine feuilleté tant elle puait le manque de charisme à tous les niveaux. Boule et Bill de Roba, c’est la vie de famille idéalisée où le chien est plus intelligent que le gosse (d’ailleurs le cleb’s a un vrai prénom, « Bill », alors que le chiard s’appelle « Boule » comme si il était l’idiot du village).
C’est doux, c’est gentil, c’est… ennuyeux à mourir. Passé l’âge de 8 ans, vous vous rendez compte que Bill, le chien, est le seul personnage vaguement intéressant de la bande dessinée, et qu’il passe son temps à être maltraité par des humains qui ne méritent pas son amour inconditionnel si bien qu’il reporte cette amour envers une putain de tortue à la place, nous laissant craindre la gueule des progénitures.
C’est littéralement l’histoire d’un esclave canin qui adore ses maîtres par syndrome de Stockholm. Les gags tournent en boucle : Bill mange quelque chose, Boule fait une bêtise, le père se met en colère, la mère fait de la pâtisserie ou le ménage ou, plus généralement, fait un truc de mères. Répétez pendant 60 ans. C’est un peu le Friends de la BD : tout le monde connaît de nom, tout le monde en a entendu parlé, mais personne ne saurait expliquer pourquoi cette merde a existé.

Au moins ça a donné une œuvre majeure du cinéma, meilleur rôle de Franck Dubosc
Cédric
Ce fils de pute de petit blondinet à skate qui vit dans un quartier périurbain de Belgique et qui se prend pour un skateur n’est qu’un vulgaire wesh campagnard, une zoulette, une sale fiotte qui n’a pas les couilles pour la bagarre. Son pépé est un échappé de l’asile de fous et son père est un cuck avéré. Il est amoureux de Chen mais est trop con pour lui parler, alors il passe son temps à skater pour se donner du style (sans la musique néo-metal ni les pétards roulés avec les potes derrière la salle des fêtes) tout en rêvant de sa chatte asiatique bien sérrée.
Et son seul pote c’est Christian, la victime originelle que personne ne veut côtoyer. Dans un combat de rue contre Titeuf (et oui, on a déjà statué sur la question), Cédric se prend une branlée historique. En bref, c’est la BD pour gamins orphelins qui rêvent d’avoir… D’avoir un grand-père sénile et un père castré j’imagine ? De plus, le héros, le Cédric, est la caricature du gamin parfait. C’est-à-dire un gosse chiant, prévisible et qui ne fait jamais rien de vraiment méchant ni drôle.
Au final, une BD médiocre et franchement oubliable.

Les BD passables
Mon pépé est un fantôme
On quitte enfin les BD de merde pour attaquer les BD passables. « Mon pépé est un fantôme » est une petite découverte que j’avais relativement appréciée à l’époque. Alors certes, le titre est une promesse : tu sais que tu vas chialer comme une grosse salope à la fin en te remémorant ton propre grand-père mort en allant boire à la taverne de Duchnot mais, surprenament, la série a bien plus que ça à offrir.
Le gamin, Napoléon Tran, putain le prénom, c’est comme si ses parents avaient pioché dans deux cultures différentes au hasard pour faire le combo le plus improbable. Mère corse, père vietnamien, le gamin est un plat fusion ambulant. Il sent probablement le fromage corse et la sauce soja en même temps, ce qui est dégueulasse et donc excitant.
Le pitch : le grand-père meurt et revient en fantôme pour faire la morale. Le vieux fou traverse les murs mais parvient toutefois à s’asseoir physiquement sur canapé, ignorant la loi de la physique des esprits. Il aide son petit-fils à gérer sa vie d’ado et à réconcilier ses parents divorcés. C’est niais mais c’est éducatif, il y a d’ailleurs un épisode où le grand-père, grâce à son pouvoir de fantôme, observe silencieusement Napoléon se branler dans sa chambre avant d’intervenir pour lui enseigner le véritable art de la masturbation vietnamienne (avec des baguettes pour le riz)… En bref, c’est gentil tout plein.
Mais, et c’est là que ça devient intéressant, parce que malgré tout ce pathos à la con, malgré ce concept qui sent le téléfilm de France 3 un dimanche après-midi, ça marche. C’est bien écrit, c’est drôle, et y’a une vraie émotion qui passe. Le gamin est attachant, le fantôme est moins chiant qu’on ne le pense, et l’ensemble évite l’écueil du « message éducatif » insupportable.
C’est de la BD pour gamins qui ont perdu leur grand-père et qui ont besoin de thérapie, certes. Mais c’est de la bonne thérapie, pas celle où tu gaspilles 80 balles par séance pour entendre un employé fictif de psy te dire que tu as des problèmes de séparation et que tu dois donc te gaver de Xanax jusqu’à la fin de tes jours. Alors oui, le concept est éculé, le nom Napoléon Tran est à chier (c’est comme appeler ton gosse Adolf Coulibaly N’Diallo ou Mohamed Staline) mais le résultat final est pas mal.

L’Agent 212
L’Agent 212 ça n’a jamais été du grand cru de la BD mais ça c’est toujours laissé lire. C’est l’histoire d’un gros lard de flic qui se fait rouler dessus par la vie depuis 1975. C’est-à-dire que, dans le cerveau immature de l’auteur, on se fout de la gueule des obèses en uniforme en leur faisant prendre des voitures sur la gueule. Et c’est génial putain. C’est le vestige d’une belle époque pas très woke aujourd’hui regrettée, c’est pas très fin, c’est même carrément redondant : 12 847ème fois qu’il se fait écraser par une mobylette, 12 847ème fois qu’il se fait humilier par ses supérieurs puis écraser par une voiture, 12 847ème fois qu’on rigole parce qu’il est gros et nul puis se fait écraser par un camion.
Cauvin (mais il est partout ce fdp ?) et Kox ont trouvé la recette du gâteau magique de la simplicité : un ingrédient (le flic gros et niais), une vanne (il se fait maltraiter), et on répète pendant cinquante putains d’années.
Toutefois, et c’est là que je vais me faire insulter par les puristes, par les bédéphiles, : c’est sympatoche. Ouais, j’ai dit le mot, j’ai osé. Sympatoche. Le gros 212 est gentil, il est naïf, il veut juste faire son boulot et la vie lui pisse dessus à chaque coin de rue. C’est un underdog, un pur membre de la clodosphère. T’as envie de le prendre dans tes bras, de lui offrir un donut, de dissoudre l’IGPN pour laisser notre bon 212 s’amuser avec un taser et électrifier Adama dans le rectum.
Alors oui, ça vole pas haut mais c’est honnête et ça fait sourire sans prétention. C’est le mec sympa mais un peu malaisant du quartier qui raconte toujours la même blague mais qui est tellement gentil que tu rigoles quand même par politesse.

Louca
Louca, c’est l’histoire d’un ado nul à chier en tout. Nul à l’école, nul en amour, nul en sexe (11 cm de longueur, 4 de largeur), nul dans la vie et même nul au foot. Fort heureusement, miracle de la vie, il se fait coacher par un fantôme nommé Nathan. Oui, encore un putain de fantôme sauveur, ça doit être une lubie chez les auteurs de BD. Comme si les morts n’avaient que ça à foutre que de venir aider des gamins dépressifs.
Nathan est mort, mais il était super doué en foot et en séduction, si talentueux qu’il a visiblement décidé d’écourter son séjour dans l’au-delà pour plutôt dédier son temps à faire du bénévolat pour cet indécrottable Louca. Certes, c’est du récit méga prévisible : « vais-je réussir à marquer le but décisif à la toute dernière seconde ?« , bien sûr que oui connard car tu as maintenant le pouvoir des morts (et du scénar’ au passage) pour t’aider, ah et tu vas aussi réussir à parler à la fille que tu aimes, tant qu’à faire. C’est écrit dans le grand livre des clichés de la BD jeunesse, page 69, entre « le bully qui devient gentil et ami du héros à la fin » et « le prof ténébreux dont tous les éléments de l’histoire nous laissent penser qu’il était méchant mais en fait il était cool tout le long ».
En conclusion, Louca c’est un peu de la BD pour tous ceux qui croient encore dans l’intrigant concept de la méritocratie et que si tu try hard assez longtemps, tu deviendras cool et BG. Ce qui est totalement faux. Mais j’accorde tout de même aux enfants le droit de rêver, au moins de leurs 4 ans jusqu’à leurs 10 ans. Passé cet âge, il est alors de convenance de réaliser que la vie est une pute et qu’il faut accepter son French Dream sans faire de vagues.
Mais, malgré ce concept de fantôme qu’on a vu 15.000 fois, ça fonctionne. Et puis ça parle de foot donc, dans le psyché de tout lecteur un peu jeune et con ça suffit à être consommable sans broncher.

Les meilleures BD
Les Schtroumpfs
Voilà, ça c’était de la bonne BD comme on aime. Le Peyo en 1958, il n’avait pas peur de foutre 99 garçons bleus en rût et 1 fille blonde dans le même village. Ca parlait à chaque fois de sujets profonds comme, par exemple, les régimes dictatoriaux (le Schtroumpfissime), les guerres inter-ethniques (Les schtroumpfs noirs) ou bien encore le gangbang (la Schtroumpfette).
Il s’agissait donc d’une lecture très intellectuelle, pas accessible au premier venu. Les gags tournaient intelligemment autour de l’usage astucieux du mot « schtroumpf » utilisé comme verbe, nom, adjectif et probablement interjection.
« Ah ouais t’as schtroumpfé ma mère ? C’est à moi que tu schtroumpfes ?« , « Non j’ai niqué ta schtroumpf. Sale schtroumpf« . Tant de dialogues cultes qui faisaient rire les petits comme les grands grâce à leurs différents niveaux de lecture !

Seuls
Putain de merde, Seuls, c’était la BD Masterclass au départ. Un peu le Lost du neuvième art. Le genre de récit qui te fait croire que l’apocalypse, ça serait pas si mal en fin de compte. Un monde dépossédé de 99.9% des connards aigris qui le peuplent, voilà la prémisse du récit. On se retrouve donc avec cinq ou six gamins qui survivent dans une ville où les adultes se sont évaporés par je ne sais pas quel cataclysme, et, du haut de leurs 14 ans à tout péter, ils s’organisent et se débrouillent mieux que moi, adulte ayant le droit de vote, le samedi soir quand je croupis à même le sol dans ma bière.
L’histoire est prenante bien que les personnages soient tous des emmerdeurs : dans mes souvenirs y’a des gamins qui se prennent pour des leaders alors que quand papa et maman étaient encore vivants ils devaient sûrement se manger des coups de ceintures pour le dessert, y’a une meuf qui est là pour le féminisme et sait tout faire, un geek fragile mais qui est fort avec tous les trucs scientifiques et, comble de l’absurde : il y a aussi un héros noir. Putain, c’est le genre de question qui te vient à l’esprit à 3h du mat après avoir fini ton paquet de Malback en lisant « Seuls » : genre l’humanité s’est faite pulvériser, mais bordel, ils ont quand même réussi à laisser un Noir. C’est comme si le responsable du cataclysme, après avoir vidé la Terre de tous les criminels pour n’y laisser que des enfants purs, avait toutefois fait tomber un futur délinquant en puissance par terre et avait dit « J’le laisse là, ça fera une touche de couleur« . C’est sûrement le plan de diversité ethnique de l’apocalypse : on peut bien exterminer 99% de la planète, mais faut pas qu’on nous accuse d’être racistes.
Trêve de grivoiseries, « Seuls » c’est de la balle. Il s’agit de la seule BD qui te rend l’espoir que, quand la fin du monde arrivera, tu auras alors enfin des amis et peut-être même que, sur un malentendu, tu auras une chance de te taper une meuf.

Les Nombrils
Je n’ai pas peur de le dire, bien que les plus homophobes d’entre vous (et je sais que vous êtes nombreux) se moqueront sûrement de moi mais, après tout, je n’ai plus grand chose à perdre : j’adore Les Nombrils.
Pourquoi ? Tout simplement car c’est l’histoire de deux salopes + leur « pote » antinomique coincée du cul qui sont au lycée et passent leur temps à se disputer pour savoir laquelle sera la plus grosse pute.
Vicky, Jenny et Karine sont crues, trash, ça parle de sexe, de drogue, d’alcool, et ça bully tout le monde à tour de bras. Vicky est tellement méchante qu’elle ferait chialer notre rédacteur José quand il démonte Paul Mirabel. Jenny est la bombe que tout le monde voudrait baiser mais qui est si conne que, au moment fatidique, on éprouve un sursaut de dégout et de pitié au moment de la pénétration et qu’on débande direct, un peu comme quand nous, lecteurs, ragequittons la trisomique qu’on avait pourtant aguiché pendant des semaines dans un plan machiavélique pour se dépuceler. Enfin Karine est la grosse relou, le genre de casse-couilles farouche qui surprotège ses potes qui veulent juste baiser en toutes décontraction sans que mère la morale vienne faire chier tout le monde toutes les 5 pages. Heureusement, grâce au karma, elle sert constamment de bouc émissaire et prend très cher, notamment dans les premiers albums. Vers la fin cependant, elle finit par devenir plus cool que les deux autres dindes, ce qui est quand même une putain d’injustice.
Les auteurs de cette BD plutôt originale sont Québécois, probablement abreuvés de drogues légales et bercés aux séries américaines de merde, mais c’est sûrement ça qui leur confère leur vision du lycée bien ricaine (j’ai juré, en France, au lycée, personne ne baise et personne n’est une salope, y’a que des meufs fraudesques).
Et bordel, au final, ça marche. C’est la BD que tu achètes en cachette à 14 ans pour te sentir adulte mais dont tu ne parleras jamais à tes potes car la honte sociale serait trop forte. Puis tu la relis à 30 ans en te disant « putain, j’étais vraiment con de trouver ça profond » mais tu te marres quand même grâce aux dialogues cinglants.
Il est d’ailleurs rafraîchissant d’enfin voir des personnages de filles qui ne sont pas que des princesses Disney qui attendent leur prince charmant, mais plutôt des portraits plus fidèles et réalistes de nos connasses qui n’ont rien à foutre de tout le monde. C’est la preuve que même dans Spirou, on pouvait faire de la BD qui parlait vraiment des ados, sans les prendre pour des cons qui ne comprennent que les gags sur les pets de cet enfoiré de Ralph Azham.

Le Petit Spirou
Le grand Spirou on connait. Mais le Petit Spirou, on en parle du Petit Spirou ? Putain de merde, oui parlons-en car c’est un tout autre niveau. On nous a servi pendant des décennies la série originale, celle avec le groom en phase terminale d’autisme qui porte une tenue de service ridicule. Et puis, Tome et Janry (fun fact : enfant je me demandais toujours si il s’agissait d’une réf à Tom&Jerry, puis en grandissant je me suis rendu compte que j’étais peut-être juste con) arrivent et nous balance cette version où le gamin est encore plus dérangé mais au moins, il a des excuses vu qu’il a des couilles qui viennent de pousser. Franchement, c’est la preuve que parfois, pour faire quelque chose de génial, il faut juste prendre le concept de base, le vider de tous les trucs chiants, totalement le transformer jusqu’à le rendre méconnaissable et raconter une histoire qui n’a rien à voir mais en gardant le nom de la licence pour faire le plus de thunes.
Le Petit Spirou, c’est tout ce que la série d’origine aurait dû être si les auteurs n’avaient pas eu la libido d’un eunuque. C’est borderline, c’est trash, et c’est centré sur la seule chose qui intéresse vraiment un gamin de cet âge : le sexe. 90% des gags, c’est le petit con en short rouge qui essaie de comprendre comment fonctionnent les chattes, pourquoi les meufs ont des tétons, et ce que veut dire « faire l’amour ». C’est comme si ton pote le plus obsédé sexuellement avait eu le droit de faire une BD pour enfants, et le résultat est aussi dérangeant que drôle bien qu’il nous laisse convaincus de l’existence de casiers judicaires aux noms de Tome et Janry à la brigade des mineurs. Je propose d’ailleurs qu’on fouille leurs historiques de recherche, juste pour vérifier un truc.
Et bordel, hablamos aussi des meufs dans cette BD. C’est comme si les auteurs avaient fait un pacte avec le diable pour que chaque personnage féminin soit une bombe atomique. Toutes sont dessinées avec la rage sexuelle d’un puceau générationnel. Mais la vraie star, l’alpha et l’oméga, c’est la maman de Spirou. Une MILF de compétition. Je suis prêt à payer une fortune pour une planche où elle fait juste la vaisselle, mais genre en petite tenue un peu, enfin vous voyez quoi…
C’est la mère parfaite : douce, attentive, et avec un corps qui te ferait renoncer à ta liberté pour juste pouvoir lui renifler le ass. Elle est tellement bonne qu’elle rend le complexe d’Œdipe complètement normal voire même souhaitable. Si ma propre mère avait ressemblé à ça, je vivrais encore chez moi à 40 ans sans aucun complexes. Alors que, maintenant j’y vis toujours, oui. Mais avec complexes.
Alors oui, Le Petit Spirou c’est mille fois mieux que les aventures gnan-gnan de son homologue adulte. C’est la BD qui t’apprend les choses importantes de la vie, celles dont ton père n’a jamais osé te parler parce cet incapable était trop occupé à pleurer sur son licenciement. C’est drôle, c’est pervers, et ça te donne envie de retourner à l’école, pas pour apprendre des conneries qui nous serviront à rien plus tard, mais pour mater Mademoiselle Chiffre et espérer qu’elle nous happe à la fin du cours pour nous demander de rester quelques minutes… seuls à seuls.

Qui n’a jamais rêvé de se faire « gronder » par la maman du Petit Spirou ?
Kid Paddle
Kid Paddle était le truc le plus drôle et le plus cool de toute notre d’enfance de cassos made in années 90. On va pas se mentir. Midam avait capturé l’essence même de notre vie de gamins abrutis : une casquette vissée sur le crâne, des yeux niqués par les heures passées à fixer une télévision cathodique, et un niveau de patience proche de zéro quand on devait attendre douloureusement la fin de l’écran de chargement pour savoir si notre disque PS1 tout rayé allait fonctionner au moins une fois de plus.
Je sais aussi que pour beaucoup de lecteurs, Kid Paddle est une oeuvre référence. Ne nous méprenons pas, je l’ai adoré aussi. Mais le problème, c’est que notre cher Midam est resté bloqué dans cette époque au fur et à mesure des albums. La recette s’essouflant assez vite pour cause de gags et de thèmes trop répétitifs. Certes il y a eu la BD « Game Over » par la suite, mais elle a petit à petit connu le même soucis par la suite.
Le vieux Midam est prisonnier de sa propre boucle temporelle, prisonnier d’un salon de jeux d’arcades qui n’existent plus. Aujourd’hui, un gamer moyen, c’est un gamin de 12 ans, encore plus pourri du cerveau que ne l’était Kid à son époque, et qui te parle de « build », de « meta » et qui te fait un tuto de dance sur Fortnite en ayant dépensé 200€ de V-Bucks pour un skin de licorne où de Philippe Etchebest qui twerke sur Call Of Duty. Si tu lui montres une planche de Kid Paddle, il va te regarder avec incompréhension dans la plupart des cas, voire avec pitié si tu es chanceux.
Mais on s’en fout. C’était drôle à l’époque et, selon le théorème de « c’était mieux avant » ça reste un plaisir coupable nostalgique.

Les Tuniques Bleues
La BD de guerre par excellence, celle qui te faisait comprendre que tuer des gens, c’était finalement pas si compliqué et même un peu marrant. C’était l’histoire de deux soldats de l’armée nordiste pendant la guerre de Sécession, et bordel, ça parlait de la guerre, y’avait des morts et tout. C’était comme un film de Spielberg où il faut sauver Matt Damon mais avec des dessins et sans les scènes de pleurnicheries (du moins au début) qui te font chier. Le duo Blutch et Chesterfield, c’était le meilleur de l’histoire de la BD : Blutch, le caporal drôle mais pleutre et chauve, et Chesterfield, le sergent courageux mais con comme une pine et roux.
Aujourd’hui cependant, la série comporte un nombre incalculable d’albums, plus que de victimes dans la guerre de 1870 en fait. Les auteurs, devenus plus vieux que les personnages qu’ils dessinent, ont continué à nous balancer des histoires de la guerre de Sécession jusqu’à ce que eux même se retrouvent dans la tombe (ce fou de Cauvin a continué à écrire H24 jusqu’à ses 82 ans). C’est comme si ton grand-père te racontait pour la dixième fois la même histoire de comment il a fait exploser le vieux pont en pierre quand le panzer allemand passait dessus. Au bout d’un moment, t’as juste envie de lui dire d’aller se faire enculer avec ses admirables exploits de guerre et sa témérité sans limites qui fait l’honneur de la famille.
Voilà, Les Tuniques Bleues, c’était bien, ça parlait de la guerre, y’avait de l’action et de l’aventure, mais maintenant, c’est comme une vieille pute qui essaie de te faire croire qu’elle a encore 20 ans alors que la prothèse se détache toute seule pendant l’acte !? C’est fini, les mecs, arrêtez le cirque, la guerre est terminée, et votre BD aussi, enfin je crois ?

…Avant qu’elle ne soient interdites
Spouri et Fantaziz
Et pour clôturer en beauté la liste des quelques BD du Journal de Spirou qui ont marqué nos esprits : Spouri et Fantaziz de Fred Neidhardt.
D’abord, cette BD ne se contente pas de se foutre de la gueule des vrais Spirou et Fantasio, les persos originels. Non, ils les dépeçent, ils les violentent, ils les dépouillent à la sortie de la récré pour leur voler leurs goûters à ces p’tits gwers de Spirou et Fantasio. Ici, Spouri et son acolyte tordent le symbole de la BD gentillette, propre sur soi, du petit groom qui fait toujours pipi assis, et le transforment en l’avatar de la banlieue qui a tout compris au système : le seul moyen de s’en sortir, c’est de ne rien respecter et de tout braquer en disant de la merde.
Le résultat, c’est deux gros dégueulasses qui parlent comme des ados attardés et qui ne pensent qu’à faire des conneries. Une représentation étrangement prophétique de ce à quoi la société parisienne et bruxelloise ressembleraient une dizaine d’années plus tard. La BD en elle-même est tellement nulle qu’elle en devient géniale. Les noms des héros, Spouri et Fantaziz, c’est des noms de cons, mais c’est tellement débile qu’il n’y a pas d’autres choix que d’en rire.

Article rédigé par : Freddy les bons tuyaux 
