Qui a dit que la gastronomie américaine était dégueulasse ? Voire même, dans une volonté d’oubli collectif, qu’elle n’existait tout simplement pas ?
Ce serait méconnaitre le plat phare Outre-Atlantique. Un met qui se transmet de génération en génération chez nos amis américains. Une délicatesse si appréciée dans les foyers ricains que tout le monde y va de sa petite recette différente quand vient l’heure de déguster ce repas de seigneur, j’ai nommé : le jambon vapeur.
Ce dernier, injustement méconnu du grand public chez nous en France, constitue pourtant l’un des sommets de la cuisine régionale américaine. Sa préparation repose sur une technique ancestrale originaire du nord-est des États-Unis, plus précisément d’une région dont nous tairons le nom afin de ne pas froisser les habitants d’Albany.
Le principe est d’une remarquable simplicité : prendre un rôti, aussi qualifié de « saumon vapeur », le ruiner complètement, acheter des hamburgers dans un fast-food et enfin convaincre votre invité qu’il vient de déguster une spécialité culinaire traditionnelle.
Cette recette nous vient de l’illustre chef Seymour Skinner, figure majeure de la gastronomie et accessoirement principal contributeur, et seul contributeur d’ailleurs, de la littérature contemporaine sur l’aurore boréale appliquée à la cuisine.
Voici donc, dans le plus grand respect des traditions, la véritable recette du Jambon Vapeur.
La recette du véritable Jambon Vapeur à la Simpsons
Ingrédients :
- 1 rôti de bœuf
- 4 hamburgers ressemblant à s’y méprendre à ceux de chez Krusty Burger
Temps de préparation
Environ 45 minutes pour le rôti.
Environ 10 minutes pour récupérer la commande de burger selon la file d’attente.
Temps de cuisson
Jusqu’à ce que le rôti soit complètement foutu. A peu près 45 minutes à thermostat au max pour bien qu’il brûle intérieurement et que des flammes apparentes réchappent du four.
Difficulté
Très difficile.
Non pas pour la recette elle-même qui pourrait être réalisée par n’importe quel individu d’un âge mental de 5 ans, soit l’américain moyen, mais parce qu’il faut être doté d’une certaine dextérité, d’une grande discrétion et d’une rapidité hors norme pour parvenir à remplacer le rôti brûlé par des hamburgers sans que votre invité ne s’en aperçoive. Oui, tout le folkore d’un jambon vapeur réussi réside dans le fait de tromper les personnes qui le dégusteront. Si elles décèlent la supercherie, le goût s’en retrouvera fortement impacté.
Étape 1 : Préparez un rôti
Commencez par maxxer votre four à thermostat 10 (240°C). Pas le temps pour les préchauffages de PD à basses températures recommandés à chaque fois dans les livres de recettes traditionnels.
En effet, et je pense qu’aucun bon cuistot digne de ce nom ne me contredira : personne ne désire perdre son temps avec la cuisson. Alors pourquoi bordel s’emmerder à utiliser un thermostat de sale faible pour « préchauffer » (ça sert à quoi d’abord « préchauffer » ?) alors que nos bons fours de bonhommes sont capables d’une puissance monstre en un rien de temps ? Pourquoi ce priver d’un tel potentiel ?
Une fois que la fournaise est à son acmé, placez délicatement votre rôti à l’intérieur du four.

Laissez cuire. Pendant de longues minutes, voire plusieurs heures si vous le pouvez. Allez saluer vos convives afin de mieux laisser le rôti sans surveillance.
Lorsque vous vous souvenez enfin de son existence, retournez dans la cuisine.
Il est alors carbonisé et des fumerolles s’échappent de votre superbe four de la marque Elba.
C’est parfait.
Votre véritable recette peut enfin commencer.
Étape 2 : Trouvez toutes les justifications possibles et imaginables
Votre cuisine est désormais parfaitement enfumée. Votre invité, attiré par l’odeur de cramé épouvantable va faire irruption dans la pièce pour vous questionner de façon assez solennelle sur la raison du désastre au moment même où vous tentiez de vous échapper par la fenêtre pour aller chercher vos hamburgers industriels dans le but de remplacer le plat corrompu. Il convient maintenant de ne surtout pas paniquer.
Certes, votre rôti est devenu une matière géologique dont le noyau incandescent se consume de plus en plus à chaque seconde qui s’écoule. Mais c’est à ce moment précis que le grand cuisinier doit faire preuve de sang-froid.
La fumée qui s’échappe du four ? Rien d’autre que la vapeur. Oui de la vapeur. Cette même vapeur qui provient de… De votre saumon vapeur. Hmm hmm, saumon vapeur.
Le saumon vapeur est l’excuse la plus plausible, elle sera votre carte maîtresse pour vous sortir de cette situation critique. Votre convive ne pourra qu’être convaincu et facilement manipulé par cette pirouette et retournera dans la salle à manger sans plus de questions. C’est à ce moment précis que vous devrez vous exfiltrer des lieux pour l’étape 3 de la recette.
Étape 3 : Effectuer une excursion gastronomique
Quittez immédiatement votre domicile et rendez-vous dans le fast-food le plus proche. Choisissez de préférence un restaurant de la firme Krusty Burger, afin de rester le plus fidèle possible à la méthode de préparation américaine.

A défaut de Krusty Burger dans les environs, la rédac’ a du obtenir ses burgers chez une marque concurrente que nous ne citerons pas pour raisons commerciales.
Une fois dans le fast food, la rapidité d’exécution sera votre seul mot d’ordre. Ne perdez pas de précieuses secondes à expliquer que votre rôti a en fait brûlé. Car d’une part, tout le monde s’en branle et d’autre part, le temps joue contre vous à la maison. En effet, durant votre excursion secrète, il se peut que votre convive ait remarqué votre absence ou déjà appelé les pompiers pour sauver votre mère qui crame à l’étage.
Commandez donc simplement plusieurs hamburgers.
Prenez-les à emporter.
Vous venez alors de franchir une étape importante de la haute gastronomie américaine : le transfert technologique entre restauration rapide et cuisine fait maison (
).
Une fois vos délicieux burgers préparés par une main de maître par les artisans burger, ramenez-les chez vous.
Ne les modifiez surtout pas. Ils doivent conserver leur forme originale jusqu’à leur arrivée dans l’assiette. Pourquoi ? Car dans la plus pure tradition des jambons vapeurs, il faut que votre invité puisse reconnaître un hamburger d’une marque quelconque de façon extrêmement distincte tout en étant sommé de croire qu’il s’agit de quelque chose d’autre. C’est là que réside toute la sophistication du plat.
Étape 4 : la transformation sémantique
Voici le cœur véritable de la recette. Vous ne devez pas transformer le hamburger physiquement. Vous devez le transformer linguistiquement.
Un hamburger, qui au départ était un rôti, puis un saumon vapeur, devient ultimement un jambon vapeur.
Le principe est simple. Votre invité s’attend à ce que vous serviez du saumon vapeur. C’était effectivement ce que vous aviez annoncé quelques minutes auparavant. Malheureusement, le saumon vapeur n’est plus disponible, probablement parce que vous avez oublié les conneries que vous prononcez à tour de bras.
Pris la main dans le sac ? Pas le moins du monde.
Vous arrivez avec vos hamburgers et annoncez fièrement :
« Vous êtes prêt à déguster mes délicieux hamburgers ? »

Authentique jambon vapeur
Votre invité, qui dispose encore de capacités auditives normales, vous rappelle alors que vous aviez parlé de saumon vapeur. C’est ici qu’intervient la subtilité : ne reconnaissez surtout pas votre erreur.
A la place, regardez-le avec l’air légèrement vexé de quelqu’un à qui l’on vient de reprocher une faute qui n’existe pas, un peu comme quand votre copine casse-couilles vient de trouver les textos envoyés à votre plan cul, puis expliquez-lui qu’il a tout simplement mal entendu.
Vous n’avez pas dit « saumon vapeur ».
Vous avez dit :
« Jambon vapeur. »
Votre interlocuteur protestera probablement en se demandant pourquoi diable êtes vous suffisamment con pour appeler jambon vapeur des plats qui sont manifestement des hamburgers.
Ne vous laissez pas désarçonner pour autant et rétorquez qu’il ne s’agit là que d’un dialecte régional. Un dialecte du Nord de l’état de New York par exemple. Il est peu probable que, en France, votre invité soit originaire de cette région. Mais avec votre malchance d’enculé, si il se trouve que par une coïncidence des plus invraisemblables votre convive vienne de la région d’Utica et n’ait jamais entendu employée l’expression « jambon vapeur » (ça peut arriver) il faudra alors répliquer que cela ne vient pas d’Utica mais de la région d’Albany (quoique cela veuille dire).
La recette est réussie.
Étape 5 : Gérer les clients suspicieux
Votre invité remarquera probablement que les jambons vapeur ressemblent étrangement à des hamburgers de chez Burger King Krusty Buger.
N’ayant décidément rien d’autre à foutre durant le repas, il pourrait même finir par observer les marques de grill et se demander pourquoi vous persistez à appeler votre plat un jambon vapeur alors que de toutes évidence cette viande est grillée.
C’est ici que la maîtrise technique du chef entre en jeu. Il faudra alors très précisément prononcer :
Hmm mais euhhh… Vous savez… Il y a une chose que… Hmm… Excusez-moi un instant.
Puis barrez-vous discrètement dans la cuisine l’espace de quelques instants avant de revenir en prétextant être « flapi » (utilisez très exactement ce terme là, bien que totalement disparu du langage courant). Cette action aura pour effet de faire comprendre à votre invité qu’il n’est plus le bienvenu ici et qu’il est temps qu’il s’en aille alors qu’il a pourtant à peine entamé son authentique jambon vapeur.
Étape 6 : finir le repas en beauté avec la cerise sur le gâteau, « l’aurore boréale »
Nous arrivons maintenant à la partie la plus délicate de la préparation. Votre invité regarde par l »entrebâillement de la porte de votre cuisine et remarque que celle-ci est, pour schématiser, techniquement en train de brûler de mille feux.
Vous devez alors fournir une explication qui tienne scientifiquement la route. C’est ici qu’intervient tout naturellement l’aurore boréale.
Votre invité demandera probablement pourquoi une aurore boréale se trouve dans votre cuisine. D’autant plus :
À cette époque de l’année ?
À cette heure de la journée ?
Dans cette région du pays ?
Et localisée exclusivement dans votre cuisine ?
Tant de questions qui, sur un point de vue technique se tiennent. Il est d’ailleurs probable que votre invité, intrigué par ce phénomène astronomique exceptionnel, demande :
Je peux la voir ?
Répondez tout simplement :
Non.
Il est important de ne pas fournir d’explication. De toutes manières vous êtes chez vous et avez le droit de conserver une certaine intimité autour des phénomènes atmosphériques exclusif à la cuisine de votre domicile. Vous voilà désormais sorti d’affaire. Libre à vous de profiter solitairement de la magie du grand Nord.
Le secret des grands chefs US
Au terme de cette préparation, une chose devrait désormais être parfaitement claire : le Jambon Vapeur n’est pas seulement un plat. C’est une philosophie culinaire bien américaine.
Il nous apprend qu’un rôti n’a pas besoin d’être réussi pour devenir un saumon, aussi bien qu’un saumon n’a tout simplement pas besoin d’exister pour devenir un jambon vapeur et qu’un jambon vapeur n’a surtout en fait même pas besoin d’être fait à la vapeur pour être servi à table.
Il nous apprend également qu’avec suffisamment d’aplomb, n’importe quelle catastrophe peut être élevée au rang d‘exploit. Un peu comme tout ce que les USA font depuis le début de leur existence de cons en somme.
Au fond, c’est peut-être cela, la grande leçon de la cuisine américaine : il ne faut jamais laisser les faits entraver une bonne recette.
Et si, malgré tout, votre convive refuse de reconnaître la grandeur de votre jambon vapeur, ne vous remettez surtout pas en question. Il est juste possible qu’il ne soit pas suffisamment de la région d’Albany.
Article rédigé par : Freddy Les Bons Tuyaux 







