Souvenez-vous, nous avions réalisé un entretient avec l’incomparable Charles Gave qui nous avait rapidement conseillé d’investir dans la merde, étant donné qu’il lui prédisait un grand avenir. Et justement, pour commencer à investir dans cette bulle merdeuse sans trop risquer de la faire éclater au fond du calebard, le grand et vieux Gave nous avait confié que le mieux était d’acheter des actions d’influenceurs tellement ils en font (de la merde), en barre même pour certains sportifs. Notre estime pour l’expertise de M. Gave n’étant plus à prouver, nous ne fumes point surpris de constater qu’effectivement c’est bien de la merde ce qu’ils font, et de première catégorie attention, de la chiasse bien visqueuse à dégouliner jusqu’au fond des godasses, en plus de délivrer un fumet des plus coriaces, entre le vomi de chien errant et le sperme séché, mâtiné cela dit d’un zeste d’œuf périmé sur son lit de relents épicés ; de quoi raser les sourcils d’un François Fillon et décoller le papier peint des murs. C’est sûr, c’est là que nous allons investir ! Cependant, l’histoire est plus complexe car les influenceurs ne se contentent jamais de produire du bon gros caca, non, ils en font de toutes les tailles, toutes les couleurs. Aussi, pour que l’on puisse s’y retrouver, nous avons sélectionnés les pires trucs de merde que font les influenceurs. Plus votre connard décérébré en accumule, plus vous pouvez miser et investir sur lui : c’est de la merde.
Top 10 des pires trucs d’influenceurs
1 : Le tapping nails (ou peu importe comment cette connerie s’appelle) et ses dérivés
Taper ses faux ongles en acryliques de 28 centimètres sur un produit quelconque ; cosmétique, bouquins, shampooing, boîte de thés, vos nerfs, tout y passe, même les tables et les murs. Profond besoin de validation sociale ainsi qu’esthétique ou surf sur la vague ASMR, la rédaction ne saurait le dire mais dans tous les cas, quand une p’tite pute, comme chanterait Damien Saez, commence d’entrée de jeu à tapoter ses ongles rouges nuance salope défavorisée, vous pouvez être sûr que c’est de la merde. L’on pourrait vous faire un article entier sur l’inutilité profonde des produits capillaires, des fausses panacées et autres arnaques sucrées surtout rentabilisées par une livraison exorbitante surtaxée, mais croyez nous, que ce soit les ongles tapotées ou l’agitation en tout sens de la merde empaquetée, du livre montrée vue sur la tranche avant la révélation finale façon Lara Croft, ce genre d’introduction n’annonce qu’une chiasse en bonne et due forme. Investissez, les plus cons de la planète vont acheter. Non, décidément, tapoter des serres en plastique sur du vide en plastique, c’est l’annonce d’un produit de chiasse profonde.
2. Les faux débats
Qu’est-ce qu’on s’en badigeonne les burnes avec le pinceau de l’indifférence de savoir si Persona 5 est un jeu de niche ou de gros larpers ? Bolchegeek (ce pseudo doit certainement exister, c’est ça le pire) contre XavDeRiv87 (faites que lui, non) pour savoir si l’un est misogyne ou l’autre un suceur au football désastreux pour ou non aimer Ciri dans The Witcher 4. Ou l’absence de VF dans GTA 6 (sans déconner…), Kojima qui nous fait un atterrissage contrôlé avec une triple roulade japonaise dans les locaux de Xbox, Trump qui a dit une énième carabistouille, Macron qui a oublié de tirer la chasse en sortant du chiottard présidentiel… Ces vampires, qui n’ont rien de stylax ou d’érotiques au demeurant, n’ont qu’une idée en tête : phagocyter le peu d’énergie vitale et mentale que vous avez encore dans vos temps de pause pour créer de l’engagement et gratter quelques euros en monétisation qu’ils pourront réinvestir dans leur énorme ETF hors zone euro alors qu’ils sont les premières à cracher sur les actionnaires et les investisseurs. Bref, soyez certains que lancer des polémiques de comptoir entre deux gugusses qui ont le QI d’un flan aux pruneaux, c’est l’essence même du produit à très haute valeur ajoutée fécale, et donc le niveau cent de la marge brute ! Autant vous dire que ces débiles disent de la merde. Bah, justement, investissez chez ces putes, ça fait du clique leur connerie.
3. La miniature YouTube avec la tronche en trou de cul d’ouvert
Prenez un individu au faciès déjà lourdement puni par la consanguinité ou par la génétique à pas de chance. Mettez lui ensuite un fond dégradé violet-néon dégueulasse, rajoutez une flèche rouge clignotante pointée sur un rond jaune flashy sans oublier le titre (ou sous-titre) faussement provocateur (avec un astérisque au milieu pour faire bien genre qu’on défie les bots censeurs) et collez après coup, au centre de cet immonde PNG la tronche béante de l’influenceur, la bouche ouverte comme s’il s’apprêtait à engloutir la totalité de son salaire exorbitant de youtuber engrossé par les dons Tipeee non déclarés ou bien à recevoir le Saint-Sacrement séminal de son candidat présidentiel préféré par voie buccale. Ce visage d’ahuri congénital sous choc anaphylactique, c’est l’appel de marge stercoraire ultime ; Julien Chiasse, Victor Rovich (le chauve là), Bidule Quintaine et autres guignolos dans le même style sont les mètres étalon si les exemples vous manquent. Et l’individu sait très bien ce qu’il vend (souvent une arnaque au drop-shipping de brosses à dents écologiques ou un cours de trading dispensé depuis un Airbnb sous-loué à Dubaï, si ce n’est pas la dernière daube de chez Sony qu’on peut lancer sans disque mais aussi finir sans manette tellement vous êtes pris par la bite comme un gosse qui va se faire décalotter la première fois par sa doctoresse). D’ailleurs, l’emballage est si ostensiblement chargé en mauvaise foi que le consommateur moyen, ce mouton panurgique tondu à blanc, va se ruer dessus comme des africains croisant un poulet en solitaire. Si l’on ajoute à cela que les dernières mongolitudes de Sony, Netflix, Amazon et autres « tout dans le dématérialisé » vont faire paniquer les demi-habiles du monde entier parce que » oh non on possède plus rien c’est trop Blade Runner vite achetons en masse, vive le matérialisme et le capitalisme en fait « , croyez moi que va y’avoir de l’incitation à la consommation qui va exploser, faut vite investir dès que possible. Bref, quand vous voyez une miniature avec un nouvel apôtre de la nescience dans votre Teubédex, n’hésitez pas, prenez des parts sur son chiottard, car cette miniature (ou panneau publicitaire pour être plus honnête) reste l’équivalent visuel du supplément sauce fromage dans un tacos XXL à trois heures du matin : ça n’a aucun sens nutritionnel, ça va vous détruire le système digestif en quatre minutes chrono, mais la masse en redemande. Foncez, encore une fois, c’est des pépites visqueuse de pet foiré coulées sous pression, à placer direct dans votre portefeuille d’actifs merdassés.
4. Les fausses larmes dans la bagnole en location
Rien de tel pour débloquer la liquidité diarrhéique du public que la séquence confession dans le SUV allemand financé en LOA. Le spécimen, souvent de sexe féminin (enfin… de sexe féminin… on sait plus trop aujourd’hui, l’époque est complexe), s’assoit au volant, coupe la musique à la con de son autoradio dépassé, baisse la tête, pousse un soupir d’outre-tombe puis lâche sa petite larme de crocodile calibrée à la seconde près. » Je dois vous avouer quelque chose… je craque. » Pourquoi ? On sait jamais vraiment. Burn out, les enfants (qu’elle a décidé de chier au passage), le mari sur GTA 6, le glas du féminisme qui, a 45 ans passé, n’a pas remplacé l’affection et la chaleur d’un foyer stable, peu importe, c’est une meuf (ou un gars déconstruit) qui chiale sur ses propres choix, partie 184 458 501 102. Et là, c’est la magie du marché : le péquenot de base, pris d’une empathie d’une bêtise abyssale, sort la carte bleue pour soutenir » la créatrice de contenu dans l’épreuve » et lui faire un don, des cadeaux TikTok (tiens une fleur ou un diamant là de ses défunts), une belle republication, un like saupoudré de plusieurs coms histoire de relancer le débat et ainsi grossir le capital engagement du pauvre ère sans défense. On atteint ici le sommet de l’arbitrage de litière : transformer de la honte pure et de la fraude caractérisée en capital sympathie réinvestissable immédiatement. C’est de la spéculation sur le pardon, du démoulage d’or brun sous pression fiscale ! Une meuf ou un gonze qui sait pleurer sur commande dans sa bagnole pour gratter des dons Tipeee, des cagnottes Leetchi et un nouveau follow, c’est le Warren Buffett du liquide sériel. Misez tout sur lui.
5. La vidéo « Unboxing » et le sur-emballage compulsif
L’art suprême de déballer trois kilomètres de papier bulle pour extirper un gadget en plastique moulé au fond du Sichuan ; un gadget bien trop inutile et cher pour le consommateur moyen d’ailleurs. En revanche, observer ledit influenceur ouvrir son colis Amazon (surtout si c’est de l’officiel mon connaud) pour ensuite exagérer l’euphorie de sa découverte (oh lol une carte Pikachu troisième génération, c’est trop fou), c’est gratuit et divertissant. Mais avant ça, qu’avons-nous ? Une scène digne de Racine, de Corneille, que dis-je de Corneille, c’est du pur Rabelais dans le texte, de l’ironie bien merdique, car le créateur pousse des petits cris d’hystérie suraiguë à chaque épaisseur de carton arrachée, simulant un orgasme auditif pour l’ouverture d’un coffret en métal The Witcher ou d’une gourde isotherme pastel estampillée Assassin’s Creed. Finalement, il avait bien raison le Saez d’accuser au mégaphone dans l’Assemblée, hein voilà, malgré ses airs d’anticapitaliste pas toujours très fin et son style de clochard convaincu (on le respecte pour cela d’ailleurs). En tout cas état de cause et de conséquence, on touche ici à la quintessence de la spéculation sur le déchet : valoriser le packaging qu’il ne faudra souvent jamais séparer du produit, lequel produit finissant inexorablement sa course au fond d’un placard dans quatre jours ou sur l’étagère du » décor » de l’influenceur jusqu’à turboprendre la poussière. C’est du flux tendu de chiasse industrielle. Quand un type met 12 minutes à ouvrir un colis DHL en minaudant sur le « sound design » du ruban adhésif, achetez immédiatement des options : la masse des consommateurs est en état de cacatonie hypno-marchande complète.
6 – Le « Vlog productivité » à 5 heures du matin
Rien ne dégage une odeur de fumier managérial plus concentrée qu’une démonstration Canva d’un gamin de 22 ans qui t’explique comment « optimiser ton capital temps ». Le rituel est immuable : réveil à l’aube sous une lumière blafarde, douche glacée pour raffermir le sphincter décisionnel, premier shot de matcha vert couleur vomi de chien errant, partir ensuite courir jusqu’à la salle en basket chaussettes, une heure d’exercices millimétrés (sinon c’est la dépression nerveuse) qu’il pourrait très bien faire chez-lui dès le lever après une rasade d’eau du robinet, retour à la maison à 8h précise pour sortir le chien (qui va tenter une nouvelle fois plusieurs feintes en vue de se barrer et de trouver un meilleur maître), suivi d’un petit-déjeuner aux calories, glucides et lipides mes couilles calibrées au gramme près alors qu’il pourrait juste bouffer un fruit avec un bol de muesli ou de fromage blanc (14% ou 0 de matière grasse selon ses objectifs), suivi de deux heures de journaling stérile où le gonze aligne des trisyllabes d’école de commerce et de développement personnel qui font mal aux dents sans les entendre, des trucs comme » developper un physique » ou » se concentrer sur tes objectifs « , etc etc jusqu’à 18h où il part au lit en lisant un livre d’économie-business mal branlé qui n’explique pas comment investir dans la merde productive mais plutôt comment » devenir la meilleure version de lui-même » et autres fumisteries dans le même style. Des activités très souvent portés par des masculinistes papédé (dont aucune femme, même ingrate et désespérée, ne veut d’ailleurs) alors que y’a rien de plus gay qu’une journée type de ce genre ; Bret Easton Ellis aura suffisamment statué dessus. Mais bon, il l’aura pas lu, ni Chuck Palahniuk au passage, et si il aurait essayé, il aurait rien pané et se serait dit » wow c’est trop moi » devant Patrick Bateman ou Tyler Durden. Oui, avoir un père absent ou violent et subir les névroses d’un mère surprotectrice et des institutrices qui n’ont une impression de pouvoir que dans une salle de classe, ça aide pas ta testo à atteindre un seuil acceptable mais c’est pas en jouant à Raptor Tycoon que ça va se décoincer. Quelle vie de merde, vous me direz. Eh bah justement ! C’est de la masturbation intellectuelle à vide, vendue sous forme de » discipline » motivante. Le public de demi-habiles adore ça parce que ça donne l’illusion de travailler sans jamais rien produire. C’est de la création de valeur fictive pur jus : plus le type passe de temps à organiser sa journée sur un écran OLED plutôt qu’à faire un vrai boulot, plus son rendement stercoraire est élevé. Forcément, y’a pas de gonzesse à gérer donc… Certes, y’a dix mille raisons d’être célibataire : le (vrai) travail, la santé, un déménagement récent, des traumas en voie de guérison, un deuil amoureux à faire, le genre d’épreuves et d’obstacle que la vie t’impose ou que tu dois parcourir de ton plein gré afin de véritablement progresser ! Eh, Elon Musk il niquait pas beaucoup avant de créer Paypal, tu crois quoi ? Pareil pour Guigui de Clair Obscur, le gars passait sa vie dans sa chambre hongkongaise à enchainer les blue print pour nous sortir le banger vidéoludique français (qui, comme c’est de qualité, rapportera toujours moins qu’une merde AAA), autant te dire qu’il touchait pas une meuf différente tous les trois jours, mais pour ce gars précisément dont on vous parle, il a juste une vie de merde. Imaginez-le à son premier date, comme disent les frais de port, il va parler de quoi pour séduire sa dulcinée ? De poésie, de peinture, de cinéma, d’anecdotes animalières sur des animaux stylés genre le serval ou le pygargue, un peu d’humour pour empaqueter le tout ? Non, il va parler de ses powerpoint à la con, de ses conférences Zoom et de son patrimoine qui s’élève à 10€ sur le Livret A de La Banque Postale. Autant vous dire tout de suite d’investir parce que NOMBREUX sont les mêmes guignols à acheter son pdf de merde et à faire fructifier sa » routine quotidienne » à la con sur TikTok. Comme disait Cioran » dès que quelqu’un me parle de routine, je sais que je me trouve en face d’un merdeux « .
7. Le sponsor à la con
» Influvoleur » diront les boomers et boomeuses d’Internet (ceux qui disent encore » la Toile « , dans le style d’avoir participé au forum de Commentçamarche.net ou d’avoir connu l’ETAJV) pour se croire un minimum impactant et dévastateur. Non, rien du tout, que ce soit » attachiant « , » influvoleur « , » alicament » et autres trucs, tu dénonces rien, tu passes juste pour un guignol si tu sors un mot-valise de ce genre à la con du même niveau que » Fesse de bouc » là, d’ailleurs faudrait vérifier ton taux de rentabilité merdeuse à toi aussi. Bref, on parle de placer une promotion pour un VPN bancal basé sur une plateforme offshore ou un jeu mobile d’un ennui abyssal au beau milieu d’une anecdote faussement dramatique ou d’un test en carton-pâte d’un autre étron du jeu vidéo (mais ces gens jouent genre juste pour le plaisir parfois ?). Mais le pire, c’est quand ils causent de leur proche décédé (oui, ça existe). L’individu suspect enchaîne sans la moindre transition, la bouche en cœur : « …et c’est pour ça que la mort de mon grand-père m’a appris à protéger mes données personnelles grâce à CyberGhost avec le code MERDE20 ». On atteint le degré zéro de l’éthique, transformant le deuil ou la passion sincère en simple rampe de lancement pour un lien d’affiliation surtaxé. C’est l’arbitrage parfait entre cynisme absolu et rentabilité immédiate : le pigeon ne se rend même pas compte qu’on lui fait les poches pendant qu’il écrase une larme de compassion ou de joie.
8. Le drame de la déconstruction, ou le grand mea culpa public
Tout aussi menteur et perfide que les fausses accusations façon Helydia (que personne n’a calculé au Zevent de gros porcs de peur de se faire accuser de viol si on lui demande l’heure) ou Pierre Chabrier (le comte de Menthe et Cristo), les grandes (et fausses) excuses fonctionnent cependant un poil mieux. Le bon sens et la rationalité n’ayant pas encore totalement disparu (quoique… quand on voit l’affaire Lindsay ou les féministes conchiant Sydney), accuser publiquement est devenu très dangereux quand on raconte de la merde. C’est un pari très risqué (c’est la limite du système et l’un des rouages de la spéculation, même si merdeuse) puisqu’elle oppose souvent un couple et que faut prendre parti ; le but est alors de miser sur le bon cheval, et souvent, c’est pas celui auquel on pense. Exit donc ces enculés terriblement pas rentables et concentrons nous sur les excuses en place publique : le grand spectacle du repentir calculé, tourné en plan cuté à mort (parce que le gars aura recommencé à pleurer vingt-cinq fois), sans maquillage sinon c’est vulgaire, éclairage tamisé façon garde à vue et supplément décolleté plongeant si le sujet est une femme. Le sujet donc, vient purger sa peine algorithmique après s’être fait attraper la main dans le sac (fraude fiscale, vieux tweets au contenu douteux, militantisme de la semaine dernière mal géré (PinkNeon championne dans ce domaine), faux compte à se faire passer pour une musulmane défavorisée ou promotion d’une arnaque pyramidale). Il ou elle prend un air de chien battu, s’excuse auprès de » sa communauté » qu’il appelait la veille ses » pigeons de compétition » en privé, et promet de » faire un travail sur lui-même « . La personne peut avoir violé une de ses abonnées, demandé des nudes à des mineurs, battu son compagnon jusqu’au sang ou jeté son chat du dernier étage, il aura quand même ENCORE des gens pour la suivre. Nietzsche avait raison quand il parlait de la bêtises des sociétés chrétiennes à tout pardonner. Moi une fois mon voisin, il a été condamné pour pédophilie, et ça a failli lui coûter sa place de photographe pour enfants. Bref, misez sur l’après mea culpa du premier influenceur merdique qui passe par là, c’est de la mécanique boursière de haute volée : faire baisser son cours artificiellement pour mieux racheter ses propres actions à bas prix avant la vidéo de » come-back » trois semaines plus tard, qui fera le double de vues. Alors n’hésitez pas, sautez dans le train qu’il met lui-même sur les rails. Comme disait Warren Buffet, » c’est rigolo, les gens vendent quand ça baisse et achète quand ça monte « .
9. Le micro-trottoir arrangé ou la vacuité intellectuel
Vous avez des images en tête immédiatement : le guignol qui va descendre dans la rue avec un micro-cravate (planté sur une fourchette, un livre, stylo, enfin tout sauf une cravatte) sans fil à 300 balles et une caméra grand-angle pour aller extorquer des réponses débiles à des passants pris au dépourvu. Le concept est simple : poser des questions pièges du niveau CM1 (« C’est quoi la capitale de la France ? », « Vous préférez 100 € tout de suite ou vous faire sodomiser avec une pelle remplie de verre pillée ? », « Est-ce que vous avez déjà sucé les deux boules d’un mec ») à cinquante personnes, couper les quarante-neuf réponses intelligentes ou normales au montage, genre ceux qui disent juste » c’est quoi cette question à la con » et ne garder que la séquence du pauvre type qui bafouille ou du cas psychiatrique relou qui passait par là. On vend du mépris de classe et de la supériorité intellectuelle à bas coût pour rassurer le spectateur confortablement assis dans ses excréments numériques. Si on ajoute à cela, les vidéos sur la vénalité des femmes, les votants de gauche, l’insécurité des grandes villes… tout arrangé pour vous faire PEUR. L’engagement explose dans les commentaires entre les demi-habiles qui crient au déclin de la civilisation et les cyniques qui en rajoutent une couche. Le coût de production est proche de zéro, le taux de marge brute stercoraire frôle les 98 %.
10. Le Booktok ou Instabook enfin peu importe c’est de la merde
Sans doute le pire de tous. Avoir rendu instagrammable une expérience aussi exigeante et noble que la littérature, c’est encore plus criminel que de violer des nourrissons ou de torturer des chats ; la grande souillure stercoraire en somme. La mécanique est bien rodée : il ne s’agit jamais de lire ou d’affronter un texte, mais d’exposer un objet (avec ses ongles de grosses putes comme vu plus haut). Le spécimen se filme en train d’aligner des quinbous de romance industrielle rédigées par IA et vendues par des auteur.ices préfabriqués par des éditeurs trop merdiques pour dénicher le prochain Céline, avec bien sûr les couvertures pastel toute cozy sur des étagères parfaitement éclairées, les petits marque-pages fluo (annoter son livre pour faire genre qu’on a une pensée), ou d’agiter la tranche d’un pavé de 800 pages en simulant une syncope émotionnelle parce que le prince démon aux yeux noisette a effleuré la main de l’héroïne à la page 412. Nous vous épargnerons les délires zoophiles de la lectrice moyenne (eh si…) pour vous recentrer sur la merde essentielle, à savoir l’emballage de la nescience et de la vacuité didactique car ici, on ne vend pas un style, une prose ou une vision du monde ; on vend la tranche du bordel, le papier jaspe, le marque-page en bois à la con et l’esthétique du boudoir. Sans oublier que ces péronnelles de bas étage achètent 40 bouquins par mois que ça ne lira jamais, juste pour tourner une vidéo « Book Haul » (ou PAL dans la langue d’Aya Nakamura) pour faire croire qu’elles possèdent de la culture (en vérité sous blister jamais ouvert), et enfin, on note les livres en nombre de « larmes versées » ou d’étoiles sur une application, réduisant la littérature à une simple stimulation d’endorphines pour adolescentes en mal de sensations fortes dont le vide existentiel est si béant qu’il a son propre code postal. C’est du rendement logorrhéique à haute densité : transformer le texte en simple décor de carte postale sur les réseaux sociaux pour vendre de la sous-littérature produite au kilomètre. La masse d’analphabètes fonctionnels en redemande, le secteur de l’édition applaudit en se frottant les mains : vous pouvez investir les yeux fermés, le filon de la bêtise reliée plein cuir est inépuisable. Et là, vous me direz, comme le rappelle très bien Charles Gave dans notre dernier entretien, la merde attire la merde, donc les classiques, les auteurs sérieux, les philosophes, les poètes métriques etc sont épargnés ? Pensiez vous sérieusement que les grands morts et les métriques impeccables échapperaient à la curée de derche ? C’est méconnaître la voracité de cette case : elle ne se contente pas de brouter le maïs transgénique de la dark romance, elle adore venir chier son suc digestif sur le marbre. Non seulement Baudelaire, Dumas, Stendhal, Camus, Flaubert et autres Gary ne sont pas épargnés, mais le traitement appliqué à ces classiques constitue le sommet de la marge brute fécale, la survaleur absolue ! Prenez Hugo, Nietzsche, Céline ou n’importe quel monstre sacré du style, ok ? L’apôtre du booktok ne lit pas » Le Rouge et le Noir » pour la tension psychologique ou la critique sociale ; il l’achète parce que la couverture en cuir de synthèse va parfaitement avec son tricot marron, sa tasse de café fumante en porcelaine eco+ et la bougie odeur » vieux papier » vendue 35 € sur Etsy. Le texte, s’il n’est pas résumé comme une fiche de lecture en 30 secondes avec la voix toute douce d’une meuf de 25 ans qui en fait 12, est annulé, vidé de son sang, réduit à un simple accessoire d’ambiance pour simuler une mélancolie de jeune rentière du XIXe siècle dont la seule attractivité est le lien gothique avec la dark romance. C’est de la taxidermie littéraire : on vide l’aigle de ses entrailles pour en faire un serre-livres. Et encore ! S’il n’y avait que ça ! Car il faut bien plaquer des catégories analytiques de la romance industrielle sur la grande littérature. L’Iliade ? Un « enemies to lovers » entre Achille et Hector. Le Comte de Monte-Cristo ? Un « revenge plot avec un billionaire main character ». Les Fleurs du Mal ? Un « toxic relationship status ». Tout ce qui faisait la complexité, la violence, la beauté poétique ou la métaphysique d’une œuvre est broyé pour rentrer dans les cases du Canva d’une collégienne sous perfusion de dopamine. Et enfin, la cozy note de » vibe « . Observer une gamine de 19 ans, le teint blafard et le cerveau cramé au micro-contenu, attribuer 2 étoiles sur 5 à Ainsi parlait Zarathoustra ou aux Essais de Montaigne parce que « le rythme est trop lent, récit problématique même à son époque et le mec parle trop de lui », c’est le niveau ultime de l’arbitrage de litière. Le nain juge le géant depuis sa cuvette, et la masse hoche la tête dans les commentaires en disant « merci pour l’avertissement, je voulais le lire mais du coup je passe ». On ne réimprime plus les classiques pour faire lire la jeunesse, mais sous forme de tirages » collector » avec tranches jaspées dorées, dorures à chaud et illustrations manga ou romantasy instagrammable (Hugo Poche, on parle de vous) vendus le triple du prix de la collection Folio. La culture classique est devenue le produit dérivé ultime d’un capitalisme esthétique qui vend le contenant en plastique en garantissant que le contenu ne viendra surtout pas perturber le vide cérébral de l’acheteur. Regardez, justement, les micro-trottoirs dont on parlait, ceux sur la littérature. Entre les gigantesques demi-habiles qui vous pondent des classiques qu’ils n’ont jamais lu ou qu’en première, à savoir La Ferme des Animaux (alors que Orwell dénonce leur comportement de gros golio communiste), 1984, Das Kapital, Généalogie de la morale, et les lectures de pisseuses évoquées plus haut… L’année dernière, c’était Camus et Dostoïevski, cette année, c’est Orwell qui a le monopole, qu’est-ce que ce sera pour 2027 ? La lecture comme posture esthétique parfaitement artificielle, et par conséquent, en attente criarde de validation sociale ; le bourgeois dans toute sa splendeur, désormais redditeurs et redditrices sur r/Lives ou r/Littérature, qui cherche des points de karma pour se persuader qu’il a encore un peu d’ego. Rabelais n’avait pas tort, la littérature est autant un gouffre qu’un escalier et science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Autant vous dire que la marge sur un Madame Bovary repackagé avec une couverture rose bonbon et un marque-page en ruban satiné est stratosphérique : l’auteur est mort depuis un siècle, pas de droits d’auteur à verser, coût de production dérisoire, prix de vente multiplié par quatre auprès d’une armée de péquenots trop heureux de poser leur café dessus et de le prendre en photo pour faire joli sur Instagram. Une fois ou deux, pourquoi pas, chacun son fétiche littéraire et ses faiblesses de consommation mais tout un réseau social, voire plusieurs, consacrés à du vide culturel caché sous un voile de cozy muffin et de matcha mal digéré ? Achetez des actions chez les éditeurs de littérature : la profanation des morts et l’élévation des pisseuses fabriquées est le filon le plus rentable de la décennie. Et encore, on ne vous parle pas des auteurs d’aujourd’hui chez Flammarion, Albin Michel et autres Gallimard qui sont constitués à 98% de connasses et connards bourgeois qui passent 90 pages (pas plus, faudrait avoir des idées) à raconter leur histoires de gros névrosés sans la moindre recherche esthétique.
Au terme de cet inventaire de la décharge numérique, une certitude s’impose : le bon gros caca n’est pas seulement un état d’esprit, c’est l’actif sous-jacent le plus liquide, le plus renouvelable et le moins régulé de l’histoire du capitalisme tardif. Là où le profane ne voit que de la déchéance intellectuelle, du vide esthétique et du bruit de fond pour cerveaux en bouillie, l’investisseur avisé (formé à la rude école du réel et aux enseignements de l’Institut de la Cagagne) y reconnaît une opportunité de rendement absolu. La matière première ne coûte rien, la main-d’œuvre se rémunère en validation sociale, dons exorbitant, monétisation outrancière, ou en cadeaux virtuels, et le marché consommateur se chiffre en centaines de millions d’analphabètes fonctionnels prêts à échanger leur temps de cerveau disponible contre du vent emballé sous vide. Comme nous le résumait si bien Charles Gave avant de retourner surveiller ses cours de l’or brun : « L’avantage avec la merde, c’est que même en période de récession, les gens continuent d’en produire et d’en demander. » La stratégie est donc limpide : coupez le son de votre fil d’actualité, laissez les demi-habiles débattre du packaging des classiques ou s’émouvoir devant une larme en SUV, passez à la caisse et encaissez les dividendes de la bêtise systémique.
En attendant le grand effondrement du réseau ou la fin des allocations énergétiques pour serveurs TikTok, la rédaction vous souhaite un excellent trading sur la litière du monde. Achetez la chiasse au plus bas, revendez le purin au plus haut, et surtout : gardez votre calebard au sec. Avec cela, vous aurez ce que Charlie Sheen appelle dans Wall Street la PQ Money, avoir assez de papiers pour se torcher le cul de l’avis des autres. Et ça, croyez-moi bien que ça n’a pas de prix, car comme disait feu Jean-Pierre Coffe : mais c’est de la merde !
Article rédigé par : Djokaire 
Djokaire a été honteusement banni de YouTube dans le pays de la liberté d’expression. Allez le soutenir sur :
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Merci la clodosphère !

La dixième envoie du lourd, mais les autres j’ai rien comprite.