Comment écrire un roman à l’eau de rose ?

« Les français ne lisent plus« , « la lecture n’intéresse plus personne« , « où sont passés les vrais auteurs ?« … Vous avez forcément déjà entendu ce flot d’idées préconçues et de jugements hâtifs de la bouche d’autrui, souvent de la part de personnes âgées et plus lettrées que la génération « en cachaça tu me dead sah mon djoufara« .

Mais pourtant, rien ne saurait être plus faux ! Les français lisent encore, notamment les françaises. Alors certes, il ne faut pas s’enflammer, elle ne vont pas dévorer du Fédor Dostoïevski où se questionner sur les thèmes complexes de la mémoire, du temps et de la perception dans un long processus introspectif en s’extasiant sur du Marcel Proust, après tout; elles sont nées femmes.

Cependant, en termes de littérature, la gente féminine à son genre de prédilection : les romans à l’eau de rose. Ah ça oui elles en consomment et s’arrachent ce type de romans comme elles le feraient pour les éclairs au café miniatures à 35 balles de chez Cédric Grolet qu’elles ont vu sur leur dernière story Instagram. Vous l’aurez donc compris chère clodosphère, avec les romans à l’eau de rose il y a du fric à se faire pour quiconque sait manipuler un tant soit peu la plume en vue de recracher tous les clichés romantiques que le public cible attend.
ClodoNews vous donne aujourd’hui la solution magique pour écrire votre véritable roman à l’eau de rose qui fera mouiller toutes ces dindes écervelées en quête de sensations prétendument fortes (vous allez voir c’est pas très compliqué) :

Pourquoi les femmes adorent les romans à l’eau de rose ?

Comme nous n’allons pas produire de l’art mais seulement un objet mercantile par le biais de notre bouquin de merde, il est important de dresser le profil marketing type de notre cœur de cible : les gonzesses.

Pourquoi nos futures clientes aiment tant les livres aussi pitoyables ? Comment maximiser nos chances de les séduire avec notre œuvre qui sera écrite en quelques jours grand maximum si on a pas la flemme ?

Tout d’abord il faut prendre en compte les aspiration de la cible féminine :

  • La dinde commune utilise la lecture comme un symbole extérieur d’intelligence intérieure. De la même manière qu’un bobo désœuvré ou qu’un youtubeur spécialisé dans les relations hommes-femmes s’afficherait constamment, quelque soit l’heure de la journée, devant une bibliothèque bien remplie de tous les plus grands auteurs historiques, la femme, elle, s’affiche désormais en story Instagram, à la terrasse d’un Starbucks ou affalé dans son lit avec juste la patoune de son chat orange de con apparente à la caméra, en train de lire son bouquin.
    Elle lit pour montrer qu’elle a lu dans la journée. Seule la perception qu’auront ses amies de son quotidien a de l’importance.
  • La connasse moyenne raffole des histoires auxquelles elle peut s’identifier à la protagoniste principale. C’est comme cela que fonctionne le cerveau féminin, seule le moi égotique existe, les autres personnes et, plus généralement, tous les autres évènement qui se déroulent sur Terre n’ont qu’une fonction nulle. Mais, étant donné que les femmes n’ont pas grand chose à raconter, du fait de leur vie globalement peu intéressante, comment leur fournir des récits qui les feront vibrer ?
    Et bien tout simplement grâce au pouvoir de l’amour chers lecteurs. Avec leur bodycount bien rempli, les femmes n’ont peut-être pas grand chose à ressasser au niveau de leurs accomplissement personnels mais, au niveau du cul, là c’est autre chose et elles pourraient vous inspirer une saga de 10 tomes rien que sur le nombre de micro déceptions amoureuses, et le nombre de micro queues, qu’elles ont du avaler au cours d’une vie ! Voilà donc le filon à exploiter.
  • La pétasse classique recherche dans son livre ce qu’elle n’a jamais pu avoir au cours de son existence : Son père son homme idéal.
    Il vous faudra donc créer un amant à votre héroïne et il sera impératif que celui-ci remplisse un cahier des charges bien précis répondant à tous les clichés connus de tous et qui peuvent être devinés dès les 3 premières lignes d’introduction de votre personnage. L’important est que sa personnalité soit basique et accessible.

Maintenant que nous avons nos trois objectifs en tête, nous pouvons nous lancer dans la production de notre pompe à fric :

Comment écrire un roman à l’eau de rose ?

1. Opter pour un format lisible à la caméra

Afin de répondre à la volonté du marché qui, nous le rappelons, n’est autre que de pouvoir prendre en photo les pages du livre pour les poster sur les réseaux sociaux et ainsi se sentir « artiste », il est important que de privilégier une police d’écriture de grande taille.

Cela permettra à tous les followers de profiter de la lecture de votre œuvre de grande qualité. Le monde ne pouvait se passer d’une telle chance. Cela facilitera aussi le remplissage de votre bouquin en multipliant le nombre de pages. Votre scénario qui tenait sur un post-it va maintenant s’étaler sur des centaines de pages et le prix de votre roman pourra désormais être augmenté de façon tout à fait justifiée.

Livre nul pour femmes

Une œuvre qui n’a peur de dénoncer et qui pousse le lecteur dans ses retranchements.

Un autre choix de format qui peut s’avérer très astucieux n’est autre que celui des livres à citations. Il est très peu couteux à produire en termes de temps mais également en termes d’intellect. Vous me foutez quelques citations sorties du cul d’un auteur anonyme en ligne, pas plus de 3 lignes par page et vous enchaînez. En 2 heures maximum votre étron sera tout prêt tout chaud. Néanmoins, il faut que ce soit à l’eau de rose donc incorporez le plus de mièvreries possibles (« ouin ouin il m’a trompé, je lui avais tout donné ») tant qu’elles font appel à des situations personnelles qu’ont déjà vécu toutes les lectrices (« ouin ouin il m’a trompé, je lui avais tout donné »). Exemple ci-dessous :

livre avec les citations de merde pour les femmes

Comment ne pas être mysogine bordel ?

2. Écrire une histoire à la con à base de pouvoir de l’amour

Si vous aviez pour ambition d’accoucher d’un chef-d’œuvre psychologique ou d’une merveille d’exploration philosophique de la condition humaine, mieux vaut passer votre chemin. Ici, on veut du fric. Nous sommes des auteurs mais avant tout, nous sommes des entrepreneurs et d’une grande responsabilité financière dépendent de grandes responsabilités scénaristiques. Pour un roman à l’eau de rose, vous devrez mettre le talent littéraire de coté et plutôt vous concentrer sur les aspects suivants :

Notre héroïne, un peu maladroite mais se décrivant elle-même comme « attachiante », doit être une femme pure et innocente mais qui a toujours souffert d’un cadre strict imposé par des influences extérieures (son immonde ex-mari ou ses parents qui l’ont grondé une fois dans son enfance, à vous de choisir de toutes façons c’est pareil). L’important est que le lectorat comprenne bien que la protagoniste n’a jamais été responsable de ses malheurs (cela va de soit) et mérite donc désormais « le meilleur dans sa nouvelle vie hihi« . Elle doit également avoir une vie professionnelle de rêve, qu’elle déteste pourtant mais qu’elle ne quitte jamais (elle n’est pas responsable rappelez-vous et puis, au cas où, l’intrigue aurait besoin de quelques rebondissements inutiles dans le cadre du boulot). Elle est une « Girl Boss » et se doit d’être un modèle de réussite pour toutes les Magalies spé LIDL qui vont acheter votre bouquin de con.

Puis, bien sûr, elle finit par rencontrer ce bel homme de caractère, qui est en réalité un prince charmant déguisé en « bad boy ». Afin de ne pas bouleverser la sensibilité de votre public, il faut que la fin de l’histoire soit prévisible avant même d’avoir terminé le premier chapitre.

Les scènes romantiques devront être un festival de niaiseries avec des dialogues puisant leur inspiration dans les classiques des rêves érotiques féminins :

– « Je t’aime plus que tout, mais je dois partir, c’est trop compliqué ! »

– « Non, tu ne peux pas partir, les opposés s’attirent !« .

Et le fameux : – « Tu sais… Je t’ai toujours aimé, même quand tu me détestais »

À ce stade, le suspense n’existe plus, vraiment, il faut tuer dans l’œuf toute incartade à la trame idéale d’un cerveau féminin. N’oubliez pas que ces bouffonnes vivent toute leur vies bercées d’illusions totalement éclatées sur ce qu’est réellement l’amour. Fort heureusement, toute personne qui sait un tant soit peu draguer une gonzesse connait déjà par cœur toutes les disquettes à la con à balancer pour séduire. Puisez-donc dans vos techniques de filous pour répéter tout ce qu’un acteur BG dirait dans un film par exemple. C’est aussi simple que cela, donnez à bouffer à mesdames la même merde qu’elles ingurgite depuis toujours à travers tous leurs médias de décérébrés. Elles sauront exactement comment ça va finir, et pourtant, elles tourneront chaque page avec une anticipation toujours plus grande, tel un hamster courant comme un gland dans sa roue sans même réfléchir à ce qu’il fait.

Donnez vie aux personnages les plus clichés possibles

Comme nous avions commencé à les évoquer, l’héroine et son amant sont les deux élément primordiaux de votre roman. Il ne faut surtout pas déroger aux règles immuables des bouquins pour femmes lors de leur conception.

Premièrement, madame. Elle passe son temps à se demander pourquoi elle n’est jamais à la hauteur du bel homme qu’elle croise sur sa route, tout en passant pourtant l’entièreté de l’histoire à rejeter son meilleur ami, qu’elle pensait d’ailleurs gay, et qui s’avérera en fait, au fil des chapitres, être un rival inattendu mais attendu quand même. Le grand dilemme de notre protagoniste ? Trouver un homme qui la comprend, qui aime ses petites imperfections et les comble avec sa perfection.

Et bien sûr, il y a l’homme. Notre « bad boy » national qui est en fait un gentil. Ils passe son temps à déclamer des tirades dignes d’un boss de cartel et proférer des menaces de meurtrier en puissance pour montrer qu’il ne fait que défendre notre héroïne. Il est en réalité un beau parleur, il sait juste très bien qu’avec des airs de tombeur, il peut balancer des menaces stylées, et des punchlines torrides à l’autre conne qui s’empressera de boire ses paroles et le prendre pour un monstre de puissance capable de mettre feu au monde juste pour ses beaux yeux. Il n’oubliera cependant pas de volontairement montrer ses failles et ses tourments dans le but que sa dulcinée s’imagine « pouvoir le changer ».
Ses relations avec les autres femmes ? Eh bien, il ne les comprend pas, bien sûr, parce que seule l’héroïne, avec son irrésistible gentillesse, peut percer le mur de glace qu’il a érigé autour de son cœur. D’ailleurs les autres femmes n’existent même pas dans le livre. Il n’y a que l’héroïne qui évolue seule dans son propre monde dénuée de compétitrices, un peu comme quand Vanessa CAP coiffure se lance sur Tinder et s’imagine être la seule pouliche baisable sur le marché.

Vous vous dîtes peut-être que c’est trop, que personne ne pourrait croire à de tels personnages enfin. Même si nous serions amenés à vouloir doser, de peur que nos lectrices remarquent qu’on en fait trop et qu’on les prend pour des connes avec des personnages répondant totalement à un cahier des charges évident, il ne faut cependant pas hésiter. Au contraire, nous vous conseillons vraiment d’y aller bien franco de port, sans concessions, vous mettez le paquet car de toutes façons ces abruties finies à la pisse ne remarqueront même pas que leurs personnages fictifs n’ont été crées que dans l’unique fonction de répondre à leurs besoins, à les conforter dans attentes et surtout à ne jamais heurter leur sensibilité ou éveiller leur curiosité en sortant des standards préétablis.

Un splendide exemple de fan-fic à l’eau de rose :

Enfin, il est important de noter une alternative intéressante à l’écriture d’un réel roman qui peut parfois demander beaucoup trop de temps à réaliser alors qu’on pourrait très bien faire d’autre choses à la place comme, par exemple, se branler ou aller au bar.

Si vous n’avez donc vraiment pas l’âme d’un écrivain traditionnel et que vous êtes pressé, vous pouvez vous affranchir des exigences bien trop pénibles des maisons d’éditions pour vous lancer dans la fan fiction ! La fan fiction est un médium merveilleux qui vous permet de raconter d’une traite la moindre histoire que vous avez en tête sans vous soucier de la forme et autres diktats de la pédante élite littéraire. Comble du bonheur, il existe pléthore de site dédiés aux fan fiction et ces derniers sont visités par des milliers de dindasses adolescentes qui représentent une opportunité de pognon indécente.

Une fan fiction est rarement une partie de plaisir à lire pour tout être doté d’au moins deux neurones un tant soit peu fonctionnels. Cependant, ces fictions peuvent être à l’eau de rose ! Et quoi de mieux qu’une histoire de romance entre groupie écervelée et une star telle que Justin Bieber ?

Afin d’illustrer nos précieux conseils et vous donner de l’inspiration, voici pour vous une archive légendaire de l’Internet français (Très dure à retrouver de nos jours mais que ClodoNews s’efforce à sauvegarder pour le bien de l’humanité); la fan fiction sulfureuse d’une autrice anonyme sur Justin Bieber :

Partie 1 : La rencontre des deux amants

Partie 2 : La passion et l’acte charnel, ce qui fait rêver les lectrices

Partie 3 : L’ellipse temporelle inattendue

Partie 4 : L’amour impossible et la séparation tragique

Partie 5 : une fin ouverte pour notre plus grand bonheur de lecteurs

Quelques auteurs dont vous devez vous inspirer :

En guise de conclusion de ce tutoriel, nous vous recommandons le meilleur des conseils, celui dont tout le monde s’inspire depuis la nuit des temps : Tout repomper allégrement sur quelqu’un d’autre.

Trouvez des auteurs de bouquins à l’eau de rose qui vendent bien et plagiez les à mort. De toutes façons toutes leurs histoires se ressemblent et, si ils étaient un jour amener à lire votre roman, il est possible qu’ils ne se rappellent même pas qu’ils avaient écrit cette histoire là, à l’identique, quelques années auparavant.

Nous n’avons pas beaucoup de noms à vous recommander car, d’une part, nous ne lisons pas énormément car nous sommes des hommes virils et primaires et, d’autre part, nous nous en battons quelque peu les couilles, mais je crois que y’a des types comme Lévy, Marc Henry ou Bernard Henry je sais plus, bref ils écrivent ce genre de merde et ils se font des maxi thunes. Nous vous conseillons aussi la mystérieuse Marie Minelli, une écrivaine de génie usant d’un alias et autrice de nombreux bouquins où l’héroïne se prend des chibres pour s’émanciper de la société ou une connerie dans le genre.

Article rédigé par : Gunther