Les pires chansons de merde de l’époque collège – lycée
Étant un lecteur assidu du journal préféré du prolétaire, vous connaissez probablement déjà notre fascination pour le bus scolaire et sa stratification sociale, cet engin infernal sur roues où l’on entasse nos jeunes âmes innocentes pour les livrer en pâture à l’éducation nationale.
Pour les plus lettrés d’entre vous, infime minorité de notre lectorat, certes, vous avez vous aussi forcément pris le bus scolaire au moins une fois dans votre vie. Vous remémorez donc les glorieuses bagarres de la dernière rangée de sièges, les gamins à l’estomac fragile qui dégueulaient leurs restes de cantine au détour d’un virage un peu trop sérré… Tant de petites péripéties qui rythmaient nos trajets quotidiens.
Mais tout ceci n’était au final que franche rigolade pour les ados que nous étions. En revanche, vous souvenez-vous aussi du vrai élément traumatisant auquel nous étions confrontés chaque matin une fois assis dans le car ? Je veux bien évidemment parler de la musique de merde qui nous était balancée dans les oreilles via la radio du bus, souvent par la faute d‘un chauffeur aux goûts musicaux relativement douteux.
Je vais aujourd’hui vous raconter mon histoire de passager de bus, moi Gunther, je vais narrer ma scolarité musicale douloureuse. Tel un exorcisme, il me faut expier ces heures de trajets passées à souffrir de chansons intolérables diffusées par mon enculé de chauffeur de l’époque.
Oui ce putain de conducteur, qui dans mon cas, était un gros monsieur, dont la fleur de l’âge avait déjà fané, une sorte de bon paysous de ma contrée, bien Gérard campagnard comme il faut. Mais pourtant, loin d’être vieux jeu, ce dernier foutait la musique à fond tous les matins en ne diffusant strictement que la station des enfers : NRJ. Un comportement qui, entre nous, ne faisait absolument aucun sens compte tenu du profil sociologique du bonhomme.
Mais c’est ainsi, nous ne pouvions rien faire, ce fou furieux avait le contrôle sur l’autoradio. Par conséquent, mes camarades et moi devions nous taper cette chiasse auditive NRJesque tous les matins. Et croyez-moi, être exposé à la même station radio daubesque chaque jour de son existence est une expérience neurologique très éprouvante, une torture mentale qui aurait d’ailleurs déjà dû être condamnée par la Cour Pénale Internationale.
Mais afin de ne plus être le seul à souffrir de ces démons du passé qui me hantent encore, voici pour vous un petit florilège de ces merveilles musicales qui ont marqué mes matinées et vont probablement vous faire l’effet d’une madeleine de Proust :
Magic System feat. Akil, Cheb Billal & Bif Ali : « C’chô, ça brûle » (2006)
2006, l’année où je rentre en classe de sixième coincide avec l’âge d’or de la musique de merde française (la plus que terrible période 2005-2013, bien que d’autres timelines soient également de sérieuses concurrentes). Cette année là, nous avions la délicieuse surprise de découvrir l’énorme tube « C’chô, ça brûle« , principalement commis par les Magic System et ce gros porc de Big Ali (oui, ils étaient déjà là à nous casser les couilles) mais aussi par d’autres arabes random qui balancent leur petits couplets incompréhensibles par moments parce que… pourquoi pas.
C’était l’hymne officiel des cassos de l’époque, et donc la chanson obligatoirement spammée sur NRJ lors de nos trajets matinaux. Jouée en boucle à un volume qui aurait pu faire éclater les tympans les plus résistants. Le pire dans cette chanson, c’est qu’on ne comprenait absolument rien. Entre le langage zoulou propre au village de « Magic System », l’arabe approximatif de Cheb Billal et le reste disons… indescriptible, on avait l’impression d’être dans un marché du monde où tout le monde crie en même temps pendant que les poules courent partout dans la fange.
Et pourtant, on se retrouvait tous à marmonner « C’chô, ça brûle » en classe, comme si notre cerveau avait fondu sous les radiations de cette pépite de la world music de supermarché. Le chauffeur Gérard, lui, adorait. Il tapait du pied sur ses pédales comme s’il était en pleine boîte de nuit à Abidjan, nous laissant totalement perplexes face à ce carnaval sonore digne d’un rêve des plus fiévreux.
Mika : « Relax » et Christophe Willem : « Double je » (2007)
2007, l’année où la France découvrait deux phénomènes qui allaient marquer l’histoire de la musique de merde : Mika et son « Relax » et Christophe Willem avec son « Double Je ».
« Deux PD pour le prix d’un« , comme disait mon oncle après trois pastis et comme je dis toujours maintenant même après trois cures de désintox.
Le matin, dans le bus, c’était donc un festival de voix aigues et de gestuelles efféminées qui nous assaillaient avant même d’avoir pu ouvrir notre livre d’histoire afin de faire une révision express de dernière minute pour le contrôle qu’on avait eu la flemme d’anticiper la veille. Comment se concentrer dans de telles conditions ? Comment étudier sereinement lorsque l’on redoute de se prendre une bite dans le fiac, voire pire : être contaminé par l’homosexualité à force d’entendre les gémissements de Mika et de Christophe ?
D’un côté, l’un nous intimait l’ordre de nous « relaxer » (technique de prédation couramment utilisée chez les dep) et, de l’autre, Christophe Willem qui nous expliquait qu’il avait « deux je » dans sa gorge, un message on ne peut plus explicite.
Non mais regardez-moi cette fiffe d’enculé
Le chauffeur, lui, semblait particulièrement apprécier ces artistes au look un peu précieux et ambigu, peut-être parce que ça lui rappelait les émissions de variétés de sa jeunesse où les chanteurs pour adolescentes décérébrées avaient tous des chemises à fleurs et des sourires forcés et crispés. Résultat : on arrivait à l’école complètement déstabilisés, se demandant si on était bien des individus sexuellement normaux comme papa et maman ou si nous avions déjà été corrompus par la propagande LGBT de l’éducation nationale (c’est pas moi qui le dit hein, j’ai vu ça sur YouTube, c’est prouvé).
« Ça fait mal » – Christophe Maé / « Toi + Moi (My Major Company) » – Grégoire (2008)
2008, l’année où la douceur et la pleurnicherie ont pris d’assaut les ondes NRJ. D’un côté, Christophe Maé avec son « Ça fait mal », une chanson qui parlait de peine de cœur ou d’une connerie familiale à la noix avec une voix qui ressemblait à s’y méprendre à un cri d’agneau qu’on égorge dans l’appart d’à côté pendant l’Aïd. De l’autre, Grégoire avec son « Toi + Moi (My Major Company… jamais compris ce que ça venait foutre dans le titre) », une ballade acoustique qui, deux décennies plus tard, servira parfaitement en guise de musique dans la salle d’attente de la clinique pour le suicide assisté.
Le matin, à 7h du mat’, alors que le soleil n’était même pas encore levé, c’était un véritable festival de tristesse qui s’offrait à nous. Putain on avait déjà le moral miné par la journée de merde qui nous attendait, on savait qu’on allait pas revoir la maison ni la Xbox avant 19h et voilà qu’en plus on devait se tanner ces musiques de maniaco dépressifs, notamment celle de Grégoire, tellement désabusé et au fond du trou qu’il a réussit l’exploit d’écrire l’immonde punchline « on peut aller plus loin que la grève » (ça veut dire quoi fils de pute ??? explique-moi ??)
Le gros Gérard quant à lui, semblait particulièrement touché par ces mélancolies matinales, on le voyait parfois sécher une larme à travers le rétroviseur. On se demandait s’il n’avait pas lui-même récemment vécu une rupture douloureuse (ce que, entre nous, je ne conçois pas, je pense qu’il est toujours puceau à l’heure où j’écris ces lignes) ou s’il était juste sensible à la poésie de « Toi + Moi » qui rappelle fortement la verve éclairée que pourrait avoir un apprenti poète de 5 ans.
Katy Perry : Hot n Cold (2009)
Le saviez-vous ? Avant d’être une astronaute de renom, Katy Perry a mené une sacrée carrière de chanteuse de merde. Elle a notamment enculé les charts en 2009 avec son « Hot n Cold » et son look de pin-up californienne qui n’avait absolument rien à faire dans un bus scolaire de campagne française.
Imaginez écouter cette grognasse beugler de bon cœur alors qu’on est sur le chemin de l’abattoir scolaire, encore la tête dans le cul. Pour moi, il s’agissait d’une provocation, que dis-je, d’une humiliation. Je n’ai pas d’autres mots. Entre ses « You’re hot then you’re cold » à répétition jusqu’à ce qu’on en vomisse et son look de ultimate playgirl qui nous faisait sentir encore plus moches que la veille avec notre acné purulente et nos pulls tricotés par grand-mère, c’était la double peine.
Heureusement qu’elle était sacrément bonne la Katty quand même sinon je lui en aurais encore plus voulu. Même Gérard ne restait pas insensible à sa paire de nibards de dingo. Je l’apercevais même avoir des érections sur son siège quand il écoutait cette pop insupportable. Même qu’après il touchait les petites filles mais, 20 ans plus tard, personne ne s’est encore plaint car avec son salaire de merde et son insolvabilité, gagner un procès contre lui s’avérerait contre-productif.
Tom Frager – Lady Melody (2010)
Lui ce fils de pute vous me l’écartelez ok ? Il a pourri mon année 2010, avec sa « Lady Melody » qui a envahi nos ondes et nos bus scolaires. Avec son look de surfeur qui se fait se refourguer du shit de merde à Hossegor car il n’est qu’un sale iencli et sa voix de paltoquet prépubère qui essayait de faire du reggae, Tom Frager était devenu le nouveau héros de NRJ.
Le matin, dans le bus, c’était donc un voyage instantané vers les plages ensoleillées, sauf qu’on était en fait coincés dans un vieux bus scolaire qui sentait le renfermé et le… fromage, pour une raison que j’ignore encore.
Avec mes camarades d’infortune, on avait très vite détourné cette chanson de merde pour chanter « elle est dans ma chatte, elle ne m’abandonne jamais… » (on s’amusait comme on pouvait).
Rolling in the deep (2011)
2011, l’année où Adele a écrasé la concurrence en sautant dessus avec son titre « Rolling in the Deep » et ses poumons qui semblaient sortir du même continent que Ngolo Kanté. Mais elle nous a bien fait suer cette conne sur NRJ bordel, je crois que jamais une chanson n’avait jamais été autant diffusée et ne m’avait jamais autant mis en rogne (faché tout rouge) à l’époque.
Le pire c’est que, même si j’exècre l’humaine (ne me demandez pas la raison, je hais tout le monde), je ne déteste pas foncièrement l’artiste. Elle a des bonnes chansons comme celle de Skyfall là, où elle parle de crumble et autres pâtisseries (ne pas oublier qu’elle était grosse à l’époque). Mais son « Rolling in the Deep » à 7h du mat’ par contre… C’était un peu comme se prendre une gifle sonore toutes les trente secondes. Quand t’as la grosse Bertha qui te dégueule ses aigus de bon matin avant d’aller étudier les fonctions logarithmiques, ça te donne envie de demander un arrêt immédiat et de rentrer te cacher sous les couvertures pour se branler pour la 47ème fois de la semaine.
Le conducteur lui il kiffait sa race par contre. Il devait être particulièrement impressionné par la puissance vocale d’Adele, si bien qu’il baissait même le volume pendant les refrains, peut-être de peur que ses vitres ne volent en éclats. On arrivait donc à l’école complètement sonnés. Et c’était sans compter les sales connasses qui étaient fortes en anglais et qui essayaient donc de chanter en même temps qu’Adele pour faire leurs intéressantes. Cela donnait un résultat des plus immonde et nous, les aigris asociaux les plus sages, devions nous boucher les oreilles avec nos écharpes de tafioles (mais on voulait faire plaisir à maman en la portant) en attendant que ce calvaire se termine.
Shaka Ponk – My Name Is Stain (2012)
2012, l’année où Shaka Ponk et son « My Name Is Stain » sont venus ajouter un peu de chaos dans notre quotidien matinal. Avec leur mélange de, soi-disant : « rock, electro » (aucun des deux au final) et de paroles complètement incompréhensibles (alors que ces trisomiques sont français pour rappel), Shaka Ponk était le genre de groupe qui vous faisait vous demander si vous n’aviez pas accidentellement consommé des champignons hallucinogènes dans votre bol de Miel Pops devant les dessins animés sur la 3.
Avec leurs tronches de fils de pute sortis d’un DLC de Far Cry, c’était un festival de sons étranges et de paroles qui ne rimaient à rien et qui, sans que je le sache encore, faisaient déjà écho à ce que ma carrière professionnelle allait devenir après le bac : du rien.
Complètement perdu face à cette musique d’un autre monde, Gérard, changeait de station toutes les cinq minutes pour trouver autre chose à nous infliger. Mais vu que les autres stations n’arrivaient même pas à émettre correctement dans mon village de ploucs, il devait finalement revenir à Shaka Ponk. Il était esclave de cette musique du sheitan comme si son cerveau avait été hacké par cet antéchrist de singe virtuel qui se dandine de façon extrêmement irritante dans les clips.
Les plus « alternatifs » du bus et autres chouffins lvl 100 se pavanaient en prétendant qu’ils kiffaient ça et qu’ils écoutaient « de la vraie musique » tandis que les plus conformistes disaient « han ouais c’est sympa en fait ahah ^^« . Et moi, au milieu de cette déchéance ambiante, j’avais l’impression d’être le seul connard à détester cette musique de merde. J’étais perdu… le monde était-il déjà en train de devenir fou ou était-ce moi qui garde pas calme et deviendre fou ?
Que retenir de cette chiasse auditive ?
Aujourd’hui, quand j’entends l’un de ces tubes, je suis immédiatement transporté dans ce vieux bus scolaire qui sentait le renfermé et le désespoir. Je vois le chauffeur, bourreau de ma culture musicale, qui tapait du pied sur ses pédales en fredonnant des paroles qu’il ne comprenait même pas, je vois les adolescents qui se lançaient des chewing-gums dans les cheveux, je vois les plus jeunes qui pleuraient parce qu’on foutait des coups de pieds dans le dos de leurs sièges (bien fait pour ta gueule bleu-bite, on doit tous passer par là). Et je me dis que, finalement… cette torture musicale quotidienne nous a peut-être forgés, nous a peut-être fait pousser des cojones et nous a surtout préparé à un monde où la musique de merde est partout.
Car oui, j’ai beau critiquer l’époque, j’entrevois tout de même un signal positif qui me soulage quand j’observe que la musique d’aujourd’hui et tout autant à chier, si ce n’est pire.
Alors, collégiens de 2026, je vous souhaite bon courage et surtout je vous souhaite autant de souffrances que ce que j’ai moi-même éprouvé. Et encore, j’ai eu la chance car, contre toutes attentes, je n’ai même pas eu à redoubler. Si j’avais dû me retaper ne serait-ce qu’une année de musique pourrie en plus, j’aurais commis un Colombine.
Article rédigé par : Gunther 

Vous voulez savoir ce que c’est le pourrissement auditif ? Skyrock dans le bus les amis. Tragédie. Sergent Garcia. Les autres enculés random qui miaulaient un raï éco + … J’y étais. Et vous ?
Une période que je souhaite oublier, les heures les plus sombres…
Jyfu… Wiliam Baldé 😶🌫️ Je m’en souviens encore
Un rayonnnn de soleillllll
La chauffeuse de mon bus ne mettait jamais de musique je n’ai donc pas connu ça…
Tu peux remercier cette bonne dame. Bien que chiante comme la pluie elle a probablement sauvé ton adolescence
PAS TOUCHe A TOM FRAPER !!
oh que si on va le toucher