Devenez un sélectionneur africain dans le jeu vidéo African Football Manager !

C’est LE JEU qu’un continent tout entier attendait depuis bien trop longtemps, ou, en tout cas, c’est le jeu que nous, journalistes de ClodoNews spécialisés dans le jeu vidéo mais aussi spécialisés dans l’Afrique (deux thèmes qui sont chers à nos lecteurs) attendions. Car oui, dans la plus pure tradition de notre nation des lumières, nous avons décidé unilatéralement de ce dont l’Afrique avait besoin. Et ce dont elle a besoin plus que tout au 21ème siècle, c’est bien évidemment : « un jeu vidéo à son image ».

Et ce vœu, c’est le studio M’Bongo Interactive qui nous l’a exaucé ! Situé quelque part « dans un pays d’Afrique mais on a oublié lequel (dixit le communiqué de presse de nos collègues de l’AFP), M’Bongo Interactive nous livre enfin African Football Manager, un jeu de gestion footballistique qui promet de redéfinir les limites du genre.

Pas mal non ? C’est Africain

Ou, en tout cas, de redéfinir les limites de ce que peut faire un moteur 3D développé dans une arrière-salle avec un générateur électrique bancal.
On ne sait pas trop à quoi s’attendre, le suspens est d’ailleurs encore palpable à la rédac’ lors de la réception de la boîte du jeu, gracieusement offert à nos testeurs par le studio en personne (le titre n’est disponible qu’en version physique, sur ce qui semble d’ailleurs être un CD gravé artisanalement et… et on dirait qu’ils ont écrit « Arfican footbal manageur » au marker noir directement sur le disque… Attend mais ils ont fait des fautes d’orthographe là ces sauvages ?)

Bref, ce qui est certain toutefois, c’est que tout dans AFM transpire la passion, l’ambition, l’envie de grandir… Et ça, on adore ! On exulte de fierté à voir nos petits-frères africains finalement prendre leurs responsabilités et commencer à faire les mêmes choses que les grands d’Europe, nous qui leurs avons donné toutes les clés en mains par le passé pour qu’ils puissent eux aussi rayonner à l’international à leur tour !

Alors AFM, qu’est-ce que ça vaut ? La réponse dans notre test :


« Maman maman ! Je veux le dernier Football Manager pour Noel !« 

Ce à quoi vous pourrez enfin répondre, non sans une once de fierté difficilement dissimulable :

« Mais enfin mon chéri, on a déjà Football Manager à la maison : »

Et attention, il ne s’agit pas là de n’importe quel FM hein, mais bien du tout premier Football Manager qui intègre officiellement :

  • un onglet de stratégie vaudou,
  • un système de corruption aussi avancé que l’IA du jeu est « primitive« ,
  • des joueurs de 18 ans avec pourtant 27 saisons professionnelles derrière eux,
  • et des graphismes qui ressemblent à un FIFA de 2004 passé sous acide.

Les copains de votre fils ont ça à la maison eux ? Non, je ne crois pas. Alors installez-vous. Ouvrez votre calebasse de jus de bissape, sortez les beignets caca du four et laissez-vous plonger dans une formidable session d’African Football Manager :


Gameplay : Micro-management ou corrupto-management ?

1. La création d’entraîneur : choisir votre classe de sorcier

Dès l’écran d’accueil, le jeu vous demande de choisir votre « archetype de coach », à savoir :

  • Coach Classique : Généralement d’origine européenne, il est un entraîneur au palmarés extrêmement médiocre, qui a plus ou moins floppé dans toutes ses expériences précédentes et qui doit donc tenter de se refaire à la tête d’une sélection africaine.
    → Attention : choisir un coach classique déclenchera automatiquement le Mode difficile du jeu, car avec ses principes dogmatiques basés sur les stratégies et les entraînements, personne ne respecte le coach classique en Afrique.
  • Coach-Marabout : commence le jeu avec +15 en Invocation Mineure et en Destruction des adversaires.
    → Très facile à jouer, il est le coach préféré des speedrunners.
  • Coach-Chef Traditionnel : Le coach du pays. Son statut de chef du village lui permet de débloquer des bonus en intimidation douce (proverbes africains énigmatiques) ou forte (lancer de javelots rituels sur les fans adverses).
    → Difficulté intermédiaire. Il arrive parfois que votre coach se fasse assassiner de façon mystérieuse à la mi-saison suite à ses provocations répétées aux micros des journalistes
  • Coach investisseur Chinois : ajoute 20 % d’intérêt sur chaque transfert et permet de réaliser les travaux de construction de votre stade deux fois plus rapidement (par des moyens pas toujours approuvés par le code du travail)
    → Ne s’obtient qu’après avoir joué tous les autres types d’entraineurs, débloquant ainsi le Mode ultra-capitaliste du jeu.

Une fois votre avatar généré par le moteur graphique MudEngine 2.0, vous découvrez votre modèle 3D : un personnage anguleux, aux proportions approximatives, rappelant une figurine Playmobil qui aurait passé un peu trop de temps au soleil.

Certes, les mauvaises langues diront que « c’est moche mdr » ou « ololz les graphismes PS1 » mais nous personnellement, on adore : ça a un charme artisanal. J’ai presque envie de dire « Bravoooo Aboubacar !!« . Non parce que c’est facile de se moquer, nous qui, depuis notre confort occidental, avons tout mais ne donnons rien alors que les Africains, eux, et c’est bien connu : n’ont rien mais donnent absolument tout.

2. La gestion de l’équipe : entre feuille Excel et autel sacrificiel

Vous gérez bien sûr un effectif. Classique. Mais, petite particularité de African Football Manager, chaque joueur possède des :

  • Statistiques physiques
  • Statistiques mentales
  • Statistiques techniques
  • Statistiques mystiques : Chance, Aura, Coiffure improbable, Compatibilité totémique, Faveur des Ancêtres

Il faudra donc jongler entre les séances d’entraînement (footing, tactique, renforcement musculaire, apprentissage de la nage…), sans jamais oublier de les compenser par des siestes syndicales (indispensables pour garder la confiance du staff africain) et les séances plus spirituelles (offrandes, consultations maraboutiques, sacrifices humains, purification des chaussures par le bouillissage du cuir…).

Le système de bénédictions

Unique au monde vidéoludique : vous pouvez « bénir » votre équipe avant un match afin de maximiser les faveurs des dieux anciens pour assurer votre victoire.

Plusieurs méthodes :

  • Sacrifier un poulet (numérique) : +4 en Réussite devant le but mais -5 en Endurance car votre équipe commencera le match avec l’estomac vide.
  • Brûler des « herbes sacrées » : +8 en Esprit d’équipe et +10 en Réflexes si votre gardien est Bernard Lama, ce dernier étant magiquement boosté par son récent sevrage.
  • Appeler “l’Oncle du Village” : bonus aléatoire, totalement imprévisible, comme les réactions de l’Oncle.

3. Le marché des transferts : « Tu me parles pas d’âge »

Dans AFM, chaque joueur possède :

  • une date de naissance officielle,
  • une date de naissance officielle que seule votre club connaît,
  • et une date de naissance spirituelle.

Ce système étonnant donnera parfois des fiches de jeunes joueurs générés aléatoirement assez loufoques comme :

jeune footballeur africain de 18 ans

Aboubakar « Bulldozer » Kamara : 18 ans (32 ans selon études des os par le kiné du club)

Et l’âge officiel d’un de vos joueur a une importance cruciale sur le marché des transferts d’AFM. Il détermine souvent le prix auquel vous allez pouvoir refourguer votre « jeune » pépite à un club européen via un système de négociation aussi réaliste que possible :

Plus votre joueur est précoce, et donc potentiellement un crack en devenir, plus votre club pourra demander une somme à la vente conséquente.

Mais les négociations peuvent parfois s’avérer diablement retorses, notamment si tout chez le jeune joueur que vous souhaitez vendre crie : « J’ai 30 ans bien tapés et des Western Union à envoyer à la famille« . Il vous faudra alors jouer de malice et offrir quelques petits avantages aux émissaires des grands clubs venus discuter avec vous tels que :

  • une nouvelle voiture tout frais payés
  • un petit tour en hélicoptère présidentiel
  • ou un petit « geste » sous forme de mallette garnie pour s’assurer que les papiers circulent plus vite.

Et toute cette mécanique de jeu ne se résume pas qu’à de simples cinématiques à la sauce FIFA, ici ce sont carrément des minijeux de pot-de-vin qui vous sont proposés. Oui, de véritables QTE qui mettront vos réflexes à rude épreuve. Selon votre adresse et votre temps de réaction, le pot-de vin offert par votre coach se soldera par un résultat totalement différent, classés du moins efficace au plus efficace :

  • Niveau 1 : la maigre poignée de billets maladroitement tendue sous la table
  • Niveau 2 : la valise Louis Vuitton contrefaçon
  • Niveau 3 : la valise Louis Vuitton officielle
  • Niveau 4 : le sac de riz “humanitaire” rempli de cash (fonctionne aussi sur les arbitres)

4. La presse in-game : un bijou de satire

Comme dans le vrai Football Manager, les journalistes vous poseront des questions tout au long de la saison.

Sauf qu’ici, les questions sont toutes adaptées au contexte de la gestion d’un club en territoire africain :

  • « Coach, pensez-vous que la magie noirâtre a influencé le sort de la rencontre ? »
    journaliste africain
  • « Avez-vous truqué le match comme le prétendent les Lions Indomptables du Cameroun, ou est-ce le hasard divin ? »
    marabout bout de ficelle
  • « Votre joueur star dit être possédé par l’esprit d’un ancien champion. Il confirme d’ailleurs s’appeler « Baba Neymar ». »
    baba neymar jules keita dijon dfco
  • « Avez-vous empoisonné l’eau du puit du village avant la réception de vos adversaires ? »
    why are u gae

Ce à quoi vous pouvez répondre de manière :

  • professionnelle : « Chacun a ses croyances et je les respecte, à part les Tutsi, je peux pas me les voir ceux-là et ils ne méritent que la sentence de la divine machette »
    manager africain football
  • sarcastique : « Truquer le match ? Je pense que le football africain n’a pas besoin de “hasard divin” ni de complots imaginaires pour continuer à être la risée du monde. Mes joueurs ont juste enfin réussi à mettre un pied devant l’autre et c’est le seul véritable miracle de la soirée. »
    african football manager
  • rituelle : « Baba Neymar est notre Dieu à tous. Il porte en lui l’esprit d’un ancien champion Brésilien. Et nous devons tous croire en cet esprit pour réussir à le refourguer à ces pigeons de Dijon en France contre une petite somme rondelette. »
    african football manager
  • ou carrément prophétique : « Comme dit le vieux singe : l’eau du puit coule toujours selon sa propre volonté. Et comme le dit le vieux sage : Au dernier jour la rivière n’était pas si profonde, cela t’a irrité, t’es partie. Maintenant que le barrage alimente toute la région, je nage mieux, je n’ai plus de partenaire… Steph.
    A méditer

Une réponse adéquate et intelligente peut booster le moral de votre équipe tandis qu’une réponse mal sentie peut créer un véritable scandale national et provoquer la colère des esprits envers votre formation. A vous de prendre les bonnes décisions.


Des graphismes qui font honneur à l’Afrique

1. Le moteur de match : une merveille de modélisation

Selon la jaquette du jeu, les matchs se jouent en 3D. Enfin… Techniquement. A vrai dire, nous ne sommes pas développeurs à la rédac, mais nous pensons pouvoir affirmer sans trop nous tromper que nous sommes plutôt sur de la 2D et demie ? De la 2D 3/4 peut-être ?

Il est assez difficile de décrire l’expérience visuelle que nous offre AFM. Prenons en guise d’exemple la pauvreté assez criante de la modélisation des joueurs qui ont, en tout et pour tout, cinq animations à leur disposition :

  • courir,
  • tomber
  • pointer du doigt pour contester,
  • buguer en T-pose au milieu du terrain.
  • et surtout : célébrer

Car oui, il faut tout de même souligner l’effort accordé à la modélisation des célébrations sur AFM. C’est à croire que tout le budget y est passé. Et ce n’est pas une surprise lorsque l’on connait l’amour que le peuple africain voue aux danses ethniques et à toutes sortes de célébrations en général. On salue ici le véritable souci du réalisme !

Ainsi, vos joueurs pourront s’adonner à plus d’un millier de célébrations différentes, toutes plus extravagantes les unes que les autres, telles que :

  • Les boucles de dab à l’infini comme ce con de Pogba face à la Suisse à l’Euro 2020
  • La célébration panthère de Batéfimbi Gomis
  • Les danses de Zumba où trucs chelous comme ça
  • Les simulations d’actes sexuels
  • Les twerks
  • Les triples saltos sur toute la longueur du terrain

Et le plus incroyable est que la célébration n’est pas limitée qu’au joueur buteur sur l’action. Non, le studio a décidé de modéliser l’ensemble de l’équipe s’adonnant à la même célébration. Même le gardien, même les joueurs qui n’ont rien branlé, même le public dans les gradins… Ils se mettront tous à danser de concert comme des petits fous à la moindre occasion. Sur une de nos game, l’ensemble du banc des remplaçants s’est mis à effectuer des roues arrières et des figures acrobatiques pendant 3:30 minutes !

Il n’est d’ailleurs même pas obligatoire de marquer pour déclencher une célébration générale, même lors d’une défaite ou lors d’un arrêt de jeu, tous les personnages présents à l’écran se mettront à se déhancher frénétiquement ! On note donc ici le subtil clin d’oeil des développeurs aux écureuils du Bénins et de leurs matchs folkloriques qui se terminent à chaque fois en fiesta tribale sans qu’on ne sache trop pourquoi. L’Afrique, la vraie.

comment les africains célèbrent ils le football

Enfin bon, tout cela c’est quand le moteur du jeu parvient à retranscrire les animations de but. Cela n’arrive malheureusement qu’une fois sur dix. La plupart du temps lors de nos tests, le ballon semble plutôt glisser sur le terrain comme s’il avait été graissé, les filets des cages réagissent avec quatre secondes de latence et quand un but est marqué, une explosion de particules trop ambitieuses pour le moteur fait littéralement fondre les FPS et freeze l’écran.

D’ailleurs concernant les bugs lors de nos parties, nous avons noté :

  • Des joueurs disparaissant dans le sol.
  • Apparitions de rhinocéros dans l’enceinte du stade
  • Un arbitrage déterminé par la position de la lune (absence totale de VAR).
  • Match qui se relance en boucle parce que le sorcier du village n’avait pas validé la cutscene.
  • Stade qui se téléporte en fin de match (les deux équipes se retrouvent à jouer au milieu d’une savane modélisée en 2D)
  • Menu des transferts qui parle en proverbes africains.

Mais il faut toutefois être honnête : quand ça fonctionne et bien c’est très bien foutu ! Rien de plus jubilatoire que de voir un joueur invoquer ses ancêtres en plein match : bras levés, fumée multicolore formant un lion s’élevant derrière lui, musique traditionnelle à base de vuvuzelas et tambours artisanaux en bois de bandé en fond, c’est un plaisir coupable qu’aucun FIFA ou PES n’offrira jamais. Sauf peut-être le regretté FIFA Euro 2004 où l’on pouvait littéralement enflammer le ballon lorsqu’on faisait un « tir parfait » mais cela appartient à la nostalgie et à une époque empreinte de naïveté désormais révolue au sein du monde vidéoludique.

2. Graphismes : la personnification du tiers-monde

Bon, là il faut en parler. Là il faut retirer le cosplay ahuri de Julien Chièze hypocrite et faussement enthousiaste car grassement payé pour dire du bien du jeu (Nous n’avons reçu aucun pot-de-vin de la part de M’Bongo Interactive pour rappel, pas parce que l’envie leur manquait non, mais tout simplement car le pot-de-vin en lui-même leur manquait).

Disons-le clairement : le jeu est moche. Mais il est moche avec conviction. A l’instar des fameux nanars africains, il est réalisé « avec amouw« , est rempli de bonne volonté et affiche toujours un premier degrés déroutant de connerie sincérité !

pire football manager de tous les temps

Les textures sont floues, les stades en carton-pâte sont cubiques à souhait et les ombres des joueurs ne savent même pas où se placer ! A tel point qu’il est parfois impossible de différencier les joueurs africains de leurs ombres, notamment lors des matchs de nuits joués dans l’obscurité la plus totale car le dictateur local à interdit l’éclairage nocturne à sa population. Seul les sourires blanc pur des joueurs lors des célébrations seront alors perceptibles.

Quant aux menus du jeu, ils ont l’air d’avoir été faits sous PowerPoint 2007 ou sous Canva par ClodoNews, voire même sous Paint de Windows par moment mais, au moins, les couleurs sont chaleureuses et rappellent le soleil de l’Afrique.

Mais soit, au final, tout cela renforce une esthétique que les auteurs du jeu ont eux-mêmes baptisé :
“Afro-PS2-Punk”
(on n’a toujours pas vraiment compris cette classification. Enfin, le « Afro » oui, ça se dit de la trap, de la danse, d’un peu tout ce qui touche à des trucs faits par des noirs… Mais le « PS2 », on regrette mais c’est un peu trop prétentieux au vu des graphismes, et pour le « Punk »… On va dire qu’on est plus proche du « Café » que du « Cyber »).


La note de la rédac : 5/10

Soyons honnêtes : African Football Manager n’est pas un bon jeu de foot.

Ce n’est d’ailleurs pas un bon jeu de gestion, ni même un bon jeu, ni-même un jeu…

Mais c’est une expérience incroyable de réalisme. C’est l’Afrique comme si vous y étiez !
AFM nous rappelle parfois le meilleur des jeux Far Cry (le 2 bien entendu) pour sa critique étonnamment profonde et fidèle d’une Afrique qui ne pas peut passer 5 minutes sans mitrailler des villages entiers d’innocents ou danser comme des cons dès qu’un joueur fait un dribble approximatif.

Ca ne va pas mettre à l’amende vos simulations de football préférées mais au moins ça va vous faire rire. C’est mignon, c’est petit, c’est gentil et c’est comme N’golo Kanté. Que demander de plus ?


Article rédigé par : Freddy Les Bons Tuyaux