Parcs aquatiques et incivilités
L’été est arrivé. La canicule aussi. Les cigales chantent, les barbecues SILVERCREST® commencent à grésiller et les familles françaises, dans un réflexe grégaire aussi irréfrénable qu’absurde, se ruent vers les parcs aquatiques comme une bonne grosse Magalie française se jetterai sur une promo de 500g de Chicken Nuggets « Salsa Style » de chez LIDL.
Mais cette migration de French Dreamers entraine avec elle dans son sillage toute la sauvagerie moderne que l’on croyait réservée aux bus de nuit, aux séances de films Marvel au cinéma ou bien encore aux files d’attente tumultueuses de la CAF (où le sport national est de gueuler sur les conseillers qui font simplement leur travail).
Bienvenue à Aquaboulevard, Aqualand, ou bien n’importe quel parc avec « Aqua » dans le titre. Ces lieux de détente familiaux où l’on passait autrefois des après-midi paisibles se sont transformé au fil des années en des zones de non-droit où règnent le chaos. Devenus des territoires sans foi ni loi, les parcs aquatiques français sont désormais le lieu de prédilection de « la jeunesse » française qui « vient mettre l’ambiance » de façon étonnante et promettent une aventure inoubliable à tout humain normal qui oserait encore risquer sa vie dans ces parcs des enfers.
Survivre étape par étape dans les zoos aquatiques :
1. L’entrée : le sas de décompression sociale
Vous n’avez jamais connu l’enfer si vous n’avez pas encore fait la queue sous 39°C avec eux, les animaux. À votre droite, Jean-Abdoulaye, 14 ans, torse nu, écoute du Jul à fond sur une enceinte Bluetooth qui n’a pourtant jamais été manufacturée pour servir à de telles atrocités. À votre gauche, Fatimah, crie sur ses huit chiards pour qu’ils arrêtent de foutre des coups de pieds dans la poussette du petit neuvième de la portée.
Et que ça sautille de partout, et que ça se balance contre les barrières de sécurité, que ça passe devant tout le monde pour essayer d’aller enculer le staff qui leur a juste demandé poliment d’hurler moins fort… Rien qu’avec cette entrée en matière vous savez déjà que votre journée ne s’annonce pas sous les meilleures auspices.

- Conseil de survie : Munissez-vous d’un livre pour la file d’attente, un vrai, avec du vrai papier et pas la moindre trace d’écran. Cela suffit en général à créer un périmètre de sécurité naturel : les singes vous éviteront, convaincus que vous êtes un dangereux intellectuel et que s’approcher trop près de vous risquerait de les instruire.
2. Les vestiaires : Le portail magique où tous vos bien se « téléportent » d’eux-mêmes
Pénétrer le vestiaire d’un parc aquatique en 2025, c’est un peu comme entrer dans un film post-apo où les survivants de l’holocauste (on y est pas allé assez fort par le passé) se battent pour un casier qui ferme encore un tant soit peu. L’odeur y oscille entre le pied humide, la couche pour bébé « oubliée » sur place et la bouteille d’Evian qui a servi aux ablutions de plus d’une centaine de visiteurs avant vous. Chaque banc est poisseux, chaque parcelle de carrelage est une énigme bactériologique.
Si vous pensiez que vous ne perdrez que votre pudeur dans cet infâme endroit exigu, vous avez tout faux ! En effet, vous serez également délesté de vos vêtements, vos portables et surtout de votre dignité. Les casiers sont censés être sécurisés, mais à voir le regard désespéré d’une partie des visiteurs, ceux qui sont normaux, ceux qui ont encore leur humanité, fouillant frénétiquement leur sac à la recherche de leurs porte-monnaie disparus, puis en observant le regard fou furieux de l’autre partie des visiteurs, les gobelins, armés de leurs pinces-monseigneur (Comment les ont-ils amené ??), on comprend enfin que seule la loi de la jungle s’applique en ces lieux.

- Conseil de survie : Travaillez sur vous-même pour passer outre votre attachement aux biens personnels. Oubliez tout ce qui est matériel et détachez-vous. Vous atteindrez peut-être ainsi le Nirvana et surtout, vous ne donnerez pas satisfaction à voleurs ! Et ouais ahah, ils n’auront pas victoire si, de toutes façons, vous n’accordiez que peu d’importance à vos objets. Alors qui c’est qui rigole maintenant ?
3. La piscine à vagues : Bataille navale simulator
La piscine à vagues est un peu notre attraction favorite à nous les darons. On peut surveiller les gosses, c’est tranquille, on a cette douce illusion Éco+ de vacances tropicales dans l’Océan… Mais tout ceci est rapidement brisée par une marée humaine composée de singes survoltés, d’adolescents déscolarisés et autre dealeurs de shit en tous genre qui viennent s’amalgamer dans un fantastique fracas de bouées et de batailles navales à échelle réelle.
Ajoutez à cela un niveau sonore comparable à celui des tribunes d’un match des Bafana Bafana en 2010, alimenté en plus par les « OUH OUH OUH » (hurlements typiques des singes venant de réaliser qu’ils n’ont jamais appris à nager et qui se mettent à paniquer en meute) et vous transformez ainsi votre sortie au parc aquatique en visite d’un véritable zoo humain nouvelle génération.
- Conseil de survie : N’essayez pas de nager. Vous ne feriez que perdre vos forces en luttant. Flottez, les yeux dans le vague et les oreilles bouchées, en acceptant votre sort. Avec un peu de chance, les remous provoqués par les créatures simiesques en train de se noyer vous ramèneront près du rivage.
4. Les toboggans : L’ascension vers l’humiliation
Le toboggan, autrefois symbole innocent de glisse joyeuse, est devenu le théâtre d’un enfer vertical où s’entassent les pires instincts humains : impatience due à une éducation prodiguée par des parents démissionnaires, testostérone mal gérée, et claquettes-chaussettes sur moquette détrempée. L’attente sous un soleil de plomb n’aura pour seule distraction que les insultes échangées entre deux bandes rivales de cités pour savoir qui grillera la place de qui parce que « son cousin travaille ici« .
Une fois en haut, la sélection naturelle opère. Si vous avez pu survivre aux vapeurs corporelles issues de déodorants bon marché et de kebabs ingérés à 10h, il faudra ensuite affronter les vannes de merde de l’ado tatoué qui travaille là depuis 48 heures et qui compte bien profiter de son taf d’esclave surexploité pour au moins draguer le plus de gonzesses possibles. Tentant d’affirmer son autorité face aux racailles qui s’entassent derrière vous, il vous lancera un « vas-y, descend frère, y’a du monde là wolah» avec une compassion digne d’un vigile de boîte de nuit.
Le toboggan en lui-même ? Une glissade de 3 secondes dans un tuyau tiède, où vous vous cognez le coccyx sur chaque jointure en plastique avant d’être éjecté dans un bassin infesté de pisse tout en manquant d’éclater un gamin qui trainait près de la sortie par un magnifique pied-bouche dans les gencives.

- Conseil de survie : Ne prenez même pas la peine de monter la haut. Observez le chaos, puis annoncez fièrement à vos potes votre refus de faire du toboggan. Vous pouvez prétexter que « De toutes façons c’est pour les gamins. Peur moi ? Ahahah alors celle-là on me l’avait pas sorti depuis looooooongtemps x)« . Alors certes, vous passerez peut-être pour une tapette, mais vous garderez vos lombaires et votre supériorité morale intactes.
5. L’eau en elle-même : Les mystérieuses rivières de « chocolat »
Alors là c’est le plus grand mystère des parcs aquatiques modernes : Comment ces cons sont parvenus à rendre la couleur de l’eau noire ?
Non mais faut y aller fort quand même. Cela tient presque du mazout : une couleur noire, comme si les bassins communiquaient directement avec les égouts ou une ancienne fosse septique enterrée sous les infrastructures du parc.
Officiellement bien sûr, personne ne sait exactement pourquoi l’eau est noire. Est-ce la sueur ? La crasse ? Ou bien tout simplement la lente décomposition de milliers de peaux mortes des visiteurs munis d’une pigmentation si particulière et si reconnaissable ? Peut-être un peu de tout cela. L’eau absorbe la saleté collective avec une docilité admirable, jusqu’à devenir cette entité visqueuse, presque vivante à l’instar de Venom dans Spiderman.
On entre dans le bassin puis on en ressort un peu plus sombre, au sens littéral comme figuré. Comble de l’atroce; même la lumière du soleil semble s’arrêter net à la surface, comme si elle-même avait peur d’attraper une saloperie dans ce bouillon de cultures (microbactériennes).

- Conseil de survie : Si vous tenez absolument à vous immerger dans cette eau noirâtre, faites-le dans une combinaison intégrale antibactérienne, idéalement étanche jusqu’au cou et homologuée pour les manipulations de déchets radioactifs. Vous aurez l’air suspect, certes, mais c’est un moindre mal et cela évite de ramener chez vous une verrue plantaire, une conjonctivite et les traumatismes d’un contact physique avec un pansement usagé.
Conclusion : fuyez, pauvres fous (ou assumez votre choix de souffrance)
Aller au parc aquatique, c’est croire vainement à une forme de bonheur simple et partagé. C’est se dire : « allez, on va juste s’amuser un peu en famille », avant de découvrir que la société a déjà implosé.
Chaque journée à Aquaboulevard par exemple, ressemble de plus en plus à une reconstitution amateur de La Planète des Singes. Les tribus se forment, les clans se jaugent, les insultes fusent et à la première femme sans défense se promenant en bikini, l’émeute commence. Les primates se bavent dessus, éructent et empoisonnent les bassins. Le personnel abandonne, il n’a pas été formé à la profession de C.R.S et ne peut rien faire d’autre que d’attendre la fin de la journée avant que le cauchemar ne reprenne de plus belle le lendemain.
Ce n’est plus un parc. C’est un safari aquatique. Il s’agit d’une expérience d’observation scientifique tout autant que d’un test de résistance mentale. Et, paradoxalement, le seul moyen de survie pour ces dits parcs n’est autre que la fermeture administrative :

Article rédigé par : Claude 
