Cela n’aura pu échapper à personne : la vie de vagabond est dangereuse et conflictuelle. Tout d’abord il faut se battre pour son territoire et son bout de matelas. Mais il faut aussi se rappeler qu’un regard malencontreux, une démarche atypique ou bien un simple bonjour au mauvais passant sont d’autant de raisons qui peuvent conduire à un règlement de compte à même le pavé en 2023. Les membres de la société contemporaine n’ont souvent que deux choix pour résoudre leurs litiges dont l’un n’est autre que la diplomatie. Mais ce dernier est assez souvent rébarbatif, il requiert du temps, des palabres interminables et surtout : il ne procure aucun sentiment d’adrénaline.

Aucun intérêt donc pour les hommes d’action comme nous. Ainsi nous laisserons l’art de la négociation aux divers nobles, bourgeois, roturiers, intellectuels, scientifiques, poètes et artistes tandis que nous, fières chances pour la France et autres partisans de la clodosphère, nous concentrerons sur la deuxième option qui n’est autre que celle de la bagarre de rue.

La bagarre oui, mais pas n’importe comment. Car se battre contre (et se battre comme) un clochard n’est pas un art à prendre à la légère. Le combat de rue est une discipline codifiée, qui répond à des valeurs bien ancrées dans le cœur de tout migrant shooté au crack qui se respecte. Il est même souhaitable que la bagarre de rue se déroule sous forme de duel, sorte d’opposition noble entre deux combattants n’omettant jamais leur âme de gentleman.

sdf qui se bat

Les règles de la bagarre de rue

L’ouvrage nommé « Le codex du pugilat urbain » fut écrit au 16ème siècle entre deux bagarres de tavernes par un bohémien dénommé « le p’tit Jeannot » qui, selon la légende, « était fort comme 3 ours mais haut comme 3 pommes » et usait de sa malice pour vaincre ses adversaires par des techniques de rue les plus sournoises possibles. On raconte que l’auteur émérite mourut dans sa chiasse lors d’une rude nuit d’hiver mais, fort heureusement, il pu léguer son héritage grâce à ce codex qui contient les bases de tout vrai combat de rue :

  • Les duellistes ne peuvent pas être âgés de moins de trois ans et demi et ne peuvent non plus être âgés de plus de cent vingt-deux ans (par respect pour les anciens).
  • La rencontre doit se dérouler sur un territoire urbain, c’est à dire une ville d’au moins 2000 habitants, sans quoi il s’agit de combat rural, dont les règles barbares sont bien différentes du combat urbain civilisé.
  • Les combattants sont examinés par des témoins afin de s’assurer qu’ils ne portent pas de protections de style coquille pour testicules.
  • Le directeur du combat doit rappeler les conditions transcrites sur le procès-verbal avant le duel et dire : « Allez Messieurs ! ». En cas d’absence de directeur, le combat commence lorsque l’un des participant prononce « Wallah sur le coran ».
  • Pour éviter la triche, il est interdit de régénérer sa santé avec de l’alcool en plein combat. Le lancer de ses propres déjections est également proscrit par souci sanitaire.
  • Les duellistes doivent se trouver en présence de témoins, 2-3 ploucs qui passent dans la rue et filment le combat pour le diffuser sur Twitter font l’affaire.

Comment provoquer quelqu’un en duel de rue ?

De même que le combat se doit de respecter des règles précises, la provocation en duel est une affaire sérieuse qui suit un procédé bien établi :

On ne provoque jamais un adversaire dans la rue sans avoir trouvé de motif un minimum acceptable. Parmi les raisons de combat généralement invoquées auprès des directeurs, il est d’usage de justifier le duel par le fait que vous trouveriez un passant bien trop laid à votre gout (duel découlant de l’esthétisme) ou bien que vous estimiez ce dernier physiquement assez faible pour être sûr d’avoir le dessus sur lui (duel découlant de l’égo) voire même car votre adversaire aurait insulté votre mère il y a 10 ans à la salle de shoot du quartier après une discussion philosophique qui s’est envenimée (duel découlant de l’atteinte à l’honneur familial).

Les règles de l’art vous imposent ensuite de baffer votre concurrent à l’aide d’un gant pour lui signifier votre envie d’en découdre entre hommes. Cette tradition est cependant tombée en désuétude au fil des âges et, au 21ème siècle, il est plus courant de simplement effectuer un tête contre tête en fixant votre opposant droit dans les yeux. N’y voyez point d’homosexualité refoulée, la proximité des lèvres ne doit pas vous décontenancer.

Votre adversaire doit par la suite accepter le combat verbalement en proférant une insulte de qualité et, enfin, la lutte peut commencer.

tête contre tête bagarre

Le choix du lieu

Le premier lieu qui vient à l’esprit quant à la réalisation d’une bonne bagarre de rue n’est autre que… La rue.

Mais les temps ont changé, et cela serait faire preuve de manque d’originalité de ne se limiter qu’aux rues et ruelles passantes de votre ville. Pour plus d’excentricité, il est désormais possible dans la France actuelle de s’adonner au pugilat dans toutes sortes de lieux urbains tant qu’ils sont à la vue du public ! Les vrais clochards ont une affection toute particulière pour les parkings de supermarchés, notamment celui du Lidl, mais aussi pour les bouches de métro, la gare ferroviaire ou les places les plus touristiques de votre commune.

En variant les arènes de combat vous pourrez faire usage des éléments du décor pour vous aider à terrasser votre adversaire, ce qui rajoute un peu de piment à la rencontre. N’hésitez pas à charger sur vos ennemis en caddie (si une âme charitable vous octroie 50 centimes pour le détacher) ou bien à les balancer sur les rails du métro pour un finishing move tout en style.

clodo avec un caddie

Votre punchline d’introduction

Dès le top du directeur de combat annoncé, les concurrents entrent en scène sous les acclamations des autres péquenaud venus s’ameuter tout autour. Il sera alors temps d’introduire votre personnage au public par votre punchline favorite (très important).

En combat de rue il y a toujours un petit moment, genre 5-10 secondes grand max où la caméra se fixe sur les belligérants un par un pour qu’ils puissent balancer leurs phrases d’accroche. Moi je vous donne la mienne, ma spéciale, si vous voulez la réessayer chez vous : « Je vais manger ton coeur ». C’est pas de moi mais du chat à 4 bras dans Mortal Kombat. Elle est très efficace et intimidante mais il faut avoir le physique qui suit sinon vous aurez l’air ridicule et peu crédible aux yeux du public averti.

Certains préféreront dire des trucs de chinois et pousser des petits cris stridents comme dans les Bruce Lee ou les mangas tandis que d’autres opteront plutôt pour les envolées lyriques mystiques. Voici un petit florilège de punchlines pour bagarre de rue à garder sous le coude :

  • « Le destin nous a enfin mit face à face. Nous, les éternels rivaux. J’attendais ce moment avec impatience depuis l’origine et je me suis entrainé chaque jour pour ta destruction. Tu n’as aucune chance. » (Ne marche que si vous connaissez votre adversaire depuis toujours).
  • « J’espère que t’as une bonne mutuelle »
  • « Je vais te faire courir moi tu vas voir le rouquin va !« 
  • « Tu ne le sais pas encore mais tu es déjà mort. »
  • « J’invoque le dragon blanc aux yeux bleus ! »
  • « Miroir miroir, tout ce que tu fais se retourne contre toi »

LA BAGARRE CONTRE UN CLODO

Passons maintenant au cœur du sujet, ce pourquoi tous les vrais hommes naissent : LA BAGARRE. C’EST L’HEURE DE LA BAGARRE. Si il n’y a qu’un seul conseil à retenir ce serait d’être le pire fils de putain possible. Ne reculez devant aucune bassesse pour vous octroyer la victoire.

Pour illustrer nos techniques de bagarre nous vous proposons une série d’images mettant en exergue les bons mouvements à adopter en combat de rue contre un clochard. Nous remercions pour sa participation notre grand ami Riton qui traine souvent près du local à poubelle de nos locaux. Riton est un SDF au physique de SDF des plus lambdas et il nous servira de cobaye :

Gardez votre distance

Les combats entre SDF sont le théâtre de nombreux coups sous la ceinture et auxquels on ne s’attend jamais. Restez toujours alerte et analysez les débuts de mouvements de votre adversaire pour visualiser où son coup va se loger. L’avantage de se battre contre un pouilleux est le fait qu’il soit bourré comme un cochon et donc sensiblement plus lent qu’un humain normal. L’inconvénient en revanche est que ses gestes techniques sont très souvent aléatoires et peuvent partir dans tous les sens. Maintenez une distance de sécurité afin de rester hors de portée de ses mains dégueulasses remplie de germes et crachez lui dessus si il tente de se rapprocher, jetez lui du sable à la figure si vous vous trouvez sur un chantier de construction.

Attaquez ses points faibles. 

Tentez de maraver tous ses organes vitaux mais si vous ne pouviez en toucher qu’un, assurez-vous qu’il s’agisse du foie pour qu’il douille bien sa mère cet alcolo. Vous pouvez également le griffer, le mordre et lui tirer les cheveux. Certes il s’agit de techniques de pétasse du quartier mais peu importe la manière, il n’y a que la victoire et les 3 points au classement qui comptent.

Pétez-lui les jambes

Dès que ce sale gueux sentira le vent tourner, il tentera d’esquiver vos coups et de s’éloigner voire pire, de fuir. La fuite est synonyme de honte indicible en combat de rue et est donc, en toute logique, punissable de mort bien méritée. Assurez-vous donc qu’il ne puisse fuir bien loin en lui éclatant les tibias. Faites-lui un combo brise jambes à la Wei Shen et il fera moins le mariole.

Attaquez par derrière en traître

Dans un vrai combat de rue la lâcheté n’existe pas et vous êtes donc libre de frapper votre adversaire par-derrière. Courrez en cercle comme un cabri, avec des petits bonds élégants, autour de votre ennemi et, au moment opportun, contrôlez ses bras par-derrière pour les tordre dans tous les sens de manière créative.

Attention aux groupes d’ennemis

Selon l’origine ethnique de votre adversaire, il arrive parfois que ce dernier fasse appel à ses amis ou ses cousins quand il voit qu’il perd le contrôle de la bagarre. Vous pourriez alors très vite vous retrouver submergé et devoir opter pour une technique de secours.

Les coups ne viendront pas toujours du mec que vous aviez provoqué en duel. Si il y a foule ou attroupement, vous devrez donc identifier l’auteur du coup que vous recevez car c’est celui-ci qui mérite correction en premier. C’est comme ça quand on se défend à la loyale entre clochards. Si les mouvements sont trop rapides et confus pour avoir pu repérer qui vous a blessé alors vous devrez vous résoudre à enculer tous tes adversaires un par dans le doute. Mais vous verrez, parfois, le fait de bien détruire un seul de vos opposants peut suffire à faire peur aux autres.

Humiliez votre adversaire après la victoire

Une fois toute concurrence annihilée, vous êtes désormais le patron de cette putain de ville. Vous pourrez alors vous en donner à cœur joie sur la dépouille encore chaude de votre adversaire en effectuant des squats sur sa face ou en faisant mine de l’enculer à même le sol. N’hésitez pas à looter son panier de centimes qu’il a obtenu en mendiant toute la journée car c’est la règle : le butin revient au clodo le plus fort.

Article rédigé par : Claude