Pour qui votent les French Dreamer ?

Cher lecteur fidèle,

De nouveau, cet article de la rubrique courrier des lecteurs s’adresse à toi :

Car tu nous as confié une nouvelle mission. Une mission d’une importance capitale, comme à ton habitude. Merci donc pour ton message, et surtout merci d’avoir réussi l’exploit rare de poser une question politique sur un journal dont le Q.I moyen du lectorat s’élève aux alentours de 75 (moyenne haute).

C’est beau. On sent la patte de l’homme érudit qui avait déjà “ademandé l’article sur Reddit”, on sent la signature du penseur qui, lui, se pose les vraies questions et souhaite aborder les enjeux politiques du monde de demain.

Allons donc droit au but, sale anonyme, puisque tu veux savoir ce que pensent politiquement les French Dreamers.
Moi, José, vais donc te révéler que nos bons dreamers ne pensent généralement pas, mais plutôt, ils ressentent ce que la télé leur autorise à ressentir, parfois avec 30 ans de retard.


Définir le French Dreamer politiquement :

Pour pouvoir répondre à ta question d’emmerdeur de manière un minimum convenable, il convient de définir le French Dreamer en tant qu’être politique. Nous devons donc dresser le portrait idéologique de notre Français moyen.
Pour rappel, le Dreamer est :

  • peu ou prou politisé
  • mais pourtant très sûr d’avoir “tout compris”
  • incapable de citer une loi, un budget ou un programme
  • mais toutefois extrêmement à l’aise pour donner son avis de comptoir à tout son entourage
le french dreamer

Il est également important de noter que le French Dreamer n’est pas foncièrement stupide, contrairement à ce qu’on pourrait parfois facilement croire de prime abord. Il est simplement épuisé intellectuellement et en recherche de différenciation de la masse à laquelle il appartient. Saturé d’informations contradictoires, il devient alors profondément convaincu que ce brouillard permanent est une preuve de lucidité politique. À ses yeux, douter de tout, ne rien approfondir puis finalement voter en masse pour « faire barrage » ou pour Macron « parce qu’il est beau ^^ » est un cheminement politique des plus logiques, une posture hautement intelligente.

En début de campagne électorale, il affirme ne pas lire les programmes politiques parce qu’“ils mentent tous”, ce qui est vrai. Cependant, au fur et à mesure que sa télévision lui recrache de plus en plus d’informations liées à l’actualité politique, il va soudainement s’éprendre de passion, au moins pendant 1 mois, pour le devoir citoyen et se ranger derrière l’opinion dominante du moment, celle qui flotte dans l’air, celle qu’on n’a même plus besoin de défendre parce qu’elle est déjà partout. Ainsi, le French Dreamer ne s’informe pas : il s’imprègne, lentement et passivement car, s’intéresser activement au cirque politique français est un luxe bourgeois, en effet, le dreamer travailleur, a déjà bien trop de vrais soucis quotidiens pour perdre son temps dans les chamailleries artificielles d’une caste de parasites qui s’interchangent leurs positions tous les 5 ans.


La position du French Dreamer sur l’échiquier :

Notre doux rêveur ne vote pas pour une idéologie bien précise mais plutôt pour un mood temporaire. Il en reste toutefois statistiquement prévisible. Ainsi la répartition du French Dreamer sur l’échiquier politique traditionnel se présente de la manière suivante :

Environ 60 à 65 % gravitent autour d’un centrisme mou, 20 à 25 % basculent vers l’extrême droite très en colère, et 10 à 15 % se revendiquent vaguement de la gauche radicale pue-des-pieds sauce LFI. Le restant se compose d’abstentionnistes honteux (très fort sentiment de culpabilité chez le dreamer quant à l’abstentionnisme, explicable par le fait que les stars et autres personnalités qu’ils suivent à la TV alimentent la propagande débile du « voter c’est important« ).

Le gros du troupeau : le centrisme par défaut (≈ 60–65 %)

macroniste fait barrage

La majorité des French Dreamers est centriste non par conviction, mais par exposition répétée. C’est le camp Macroniste au sens large : pas militant, pas passionné, mais rassuré. Ce sont des gens qui ont vu ça à la télé, entendu que c’était le choix “raisonnable”, “moderne”, “jeune & dynamique™”, et qui ont intégré l’idée que toute autre alternative serait irréaliste ou, encore pire : dangereuse…
Ils ne défendent pas vraiment Macron, ils défendent l’idée qu’il faut de toutes façons voter « pour le moins pire », ce qui est apparemment, pour eux, un raisonnement bien plus puissant intellectuellement parlant.

Cette majorité est composée de prolos et de classes moyennes sans ambitions politiques, trop fatiguées pour exiger un changement réel et trop inquiète pour tenter un saut dans l’inconnu (qui n’existe de toutes façons pas, mais cette réalité nihiliste est ignorée par le F.D qui, lui, est juste un anxieux du cul). Elle sait que ça ne va pas très bien dans sa vie de merde, mais elle a surtout peur que ça aille pire. Alors elle s’accroche à ce qu’on lui a présenté comme le “moins risqué”, même si ce choix signifie accepter une lente dégradation maquillée en pragmatisme et accepter un réengagement dans 15 ans de CDI chez Burger King pour se payer une maison mitoyenne de merde dans un banlieue miteuse.

Le centrisme du French Dreamer n’est pas une adhésion : c’est une reddition douce. Une façon de dire “je n’y crois plus vraiment, mais je n’ai ni la force ni le temps de vouloir autre chose”.

La colère faussement subversive mais canalisée : l’extrême droite (≈ 20–25 %)

french dreamer droitardé

Une autre part non négligeable des French Dreamers bascule vers l’extrême droite, non pas par passion idéologique profonde, mais parce que c’est le seul endroit où leur colère semble entendue sans être immédiatement disqualifiée. Là où le centrisme anesthésie, l’extrême droite verbalise. Elle donne des mots simples, facilement compréhensibles pour le semi-habile moyen, elle donne des responsables identifiables, des récits clairs à des gens qui vivent une réalité frustrante.

Ces French Dreamers-là sont souvent les mêmes que les centristes, mais en encore plus abîmés, plus déclassés, plus humiliés. Ils ont essayé d’y croire, ils ont patienté, ils ont attendu que “ça s’améliore” et ils ont pourtant vu leur situation stagner ou reculer tandis que René, leur boomer de voisin, rentier de profession, a vu son train de vie éclater le leur de façon exponentielle depuis 20 ans. Leur passage à l’extrême droite n’est pas un virage idéologique réfléchi, c’est une rupture émotionnelle. Ils ne votent pas pour un projeeeeeeet, ils votent contre tout le reste.

Mais derrière les jolis discours “anti-système”, on retrouve toujours la même caste politique professionnelle, parfaitement intégrée aux rouages qu’elle prétend dénoncer. Une élite familiale et patrimoniale qui vit de la politique depuis des décennies, accumule affaires judiciaires, condamnations, soupçons d’emplois fictifs, détournements de fonds publics, et dont le train de vie qui, pour rappel, consiste à se branler sur PornHub avec les impôts des français, n’a strictement rien à voir avec celui de ses électeurs. Le discours est “peuple”, la pratique est bourgeoise, héréditaire et planquée.

La minorité politisée : les gauchistes LFI (≈ 10–15 %)

french dreamer gauchiasse

Enfin, il reste une minorité de French Dreamers qui se revendique de la gauche radicale, et même inexplicablement autour de l’horrible LFI, aussi appelée les Avengers de la politique puante (sans déconner, chacun de leur membre a un vice caché, c’est comme si ils avaient tous un superpouvoir différent dans la médiocrité).

Cette frange se pense profondément politisée, presque éclairée au dessus du commun des mortels alors qu’elle passe pourtant l’essentiel de son temps à éviter soigneusement la politique réelle.
Économie, travail, production, redistribution, rapports de force matériels ? Le dreamer gauchiste moyen n’abordera jamais l’un de ces sujets qui sont bien trop sales, complexes et surtout trop risqués à débattre avec ses amis par peur du ridicule. À la place, elle préfère s’engluer dans un sociétal hors-sol, transformé en terrain de jeu moral où l’on peut débattre pendant des heures de la bonne terminologie à employer pour appeler un PD un PD, de la couleur des pansements antiracistes ou du niveau exact de pureté idéologique requis pour avoir le droit de parler, oui simplement de parler.

Ces French Dreamers version LFI ne cherchent pas à changer le monde, ils ne comprennent de toutes manières que leur quotidien d’étudiant devant faire les pipes et le café pour difficilement payer son loyer de prolo en fin de mois. Ils cherchent juste à se distinguer symboliquement. Leur engagement n’est pas pratique, il est esthétique. Ils ne veulent pas convaincre (refusant d’ailleurs systématiquement le débat) mais sont uniquement en recherche de satisfaction narcissique afin de, peut-être, s’affranchir naïvement de leur caste de dreamer moyen, tout aussi con que le reste du bétail mais qui se voit pourtant plus beau que les autres.

Au fond, ce camp-là ne milite pas pour transformer la société, mais pour paraître intéressant, vaguement révolutionnaire mais sans jamais risquer la moindre révolution. Et pendant qu’ils s’auto-congratulent dans leur entre-soi sectaire d’employés fictifs ou de députés corrompus jusqu’à la moelle et ne sachant aligner 2 mots de français, le monde continue de tourner sans eux. Ils ne sont souvent que les clowns utiles d’un débat qu’ils ont vidé de toute substance.


Une vision économique incohérente qui transcende les partis politiques

Sur les questions économiques, et ce quelque soit la groupe politique évoqué plus haut, le French Dreamer est un chef-d’œuvre de dissonance cognitive. Il aime râler tous les 4 matins pour réclamer moins d’impôts pour lui mais plus d’impôts pour les autres, plus de services publics « gratuits » (el famoso gratuit), moins d’assistanat pour plus d’aides ciblées sur “ceux qui travaillent”, c’est-à-dire lui et ceux qui lui ressemblent (pas les profs, par exemple, qui font un métier facile et ont trop de vacances. Ni les ouvriers à l’usine, qui n’avaient simplement qu’à avoir les bonnes relations pour avoir un meilleur métier).

Et pourtant, le F.D adore les concepts vagues comme la “méritocratie” ou la “valeur travail”, alors qu’il les a entendu dans la bouche des chroniqueurs de Estelle Midi à la radio, ces mêmes arrivistes qui n’ont jamais bossé de leur vie et doivent leur carrière à un quelconque oncle séfarade déjà installé dans les médias.

boomer tv

Cependant, dès que la discussion devient technique : budget, fiscalité, redistribution, priorités… il décroche. Le réel est trop complexe, trop lent, trop ingrat et surtout pas assez divertissant, il ne peut pas être consommé en 15 minutes devant un stream Twitch pour déficients mentaux. Le French Dreamer veut des solutions simples à des problèmes compliqués, et surtout, il veut pouvoir continuer à penser qu’il a raison sans jamais vérifier.


Aspect sociétal du French Dreamer : progressiste en théorie, conservateur par réflexe

Socialement, le French Dreamer est un être totalement dépourvu de libre arbitre et qui se laisse guider par la doxa dominante en termes d’opinions. Ainsi, il attend patiemment qu’on lui délivre, bien emballées, validées, certifiées conformes, de grandes valeurs abstraites de diversité, d’égalité et de tous les mots-clés essentiels du monde corporate. L’important n’est pas de comprendre, mais d’adhérer, de hocher la tête au bon moment, de montrer qu’on est du bon côté et qu’on ne s’écarte pas du troupeau.

Ces valeurs ne lui parviennent pas par réflexion personnelle, mais par sermon médiatique, relayé par des figures parfaitement inoffensives, lisses, bankables, du type influenceur bienveillant. Qu’il s’agisse d’un antéchrist à la Squeezie ou d’un autre pantin sous perfusion corporate, le message est toujours le même : sois gentil, sois ouvert, consomme correctement, pense correctement, et surtout ne politise jamais réellement ce que tu répètes. Ce qui est paradoxal étant donné que le French Dreamer est parfois adepte du dicton d’abruti fini à la pisse : « Tout est politique, t’as capté han ?« . Le dreamer se drape donc de ce progressisme prêt-à-porter, parce qu’il ne coûte rien, ne demande aucun sacrifice, et surtout n’exige jamais de remettre en cause les structures économiques ou sociales qui produisent les injustices qu’il prétend combattre et qu’il subit pourtant.

Son progressisme est donc strictement conditionnel et décoratif. Il fonctionne tant qu’il reste symbolique et confortable. Tant qu’il se limite à des hashtags, des opinions validées par tout le monde et un humour inconséquent qui ne froisse personne. Mais dès que ces valeurs impliquent un changement réel : modifier ses habitudes alimentaires, partager des ressources, tolérer une gêne mineure, arrêter d’acheter un produit de merde « Dubai Style », le masque tombe immédiatement. Le discours se fissure, l’adhésion devient prudente, puis franchement hostile. Le French Dreamer n’est progressiste que tant que le progrès ne le concerne pas personnellement.

magalie french dream à lidl

Conclusion pour notre lecteur :

Voilà, cher lecteur anonyme. Maintenant tu sais.

Tu sais désormais que les opinions politiques des French Dreamers ne sont ni complexes, ni mystérieuses, ni même… intéressantes en fait ?
Elles sont préfabriquées, pasteurisées, livrées en flux continu et prêtes à être consommées entre deux publicités NordVPN et trois débats de haute voltige sur Touche Pas à Mon Poste.

En conclusion, le French Dreamer ne pense pas la politique, il se contente de répéter en boucle le même cycle des enfers :
1) subir la politique
2) mimer la politique pour avoir l’air intéressant au comptoir PMU ou au repas de famille
3) se lasser de cette même politique au final.

Alors oui, cher lecteur, si tu te reconnais un peu là-dedans, rassure-toi : tu n’es pas seul. Moi aussi en tant que rédacteur prolétaire, issu de l’immigration (je suis à moitié libanais et portugais) je ne peux que rire de nos cuistres de dirigeants politiques, et encore plus de leurs partisans décérébrés que je méprise ouvertement pour leur propension à se passionner sporadiquement pour des pantins inutiles et tout cela car, au fond, j’ai peut-être un peu la flemme de m’intéresser à ces conneries. Et, comme je dis toujours, mieux vaut critiquer ce que l’on ne comprend pas que de faire semblant de s’y intéresser, on appelle ça : la tolérance (oui).

Sur ce, retourne à ta vie de fatigué, le RSA est tombé récemment. Ou bien réfléchis à la prochaine question que tu aimerais voir traitée dans le courrier des lecteurs. Elle sera validée, étudiée et même ouvertement moquée par notre équipe, c’est certain.


Article rédigé par : José josé clodonews