Étants de friands amateurs de cinéma d’auteur, de films expérimentaux et, plus généralement, d’œuvres cinématographiques à dimension sociétale et invitant à la réflexion, c’est tout naturellement que Shrek est apparu, pour nos critiques cinéma professionnels de la rédac, comme l’une des œuvres majeures du 7ème art qui mérite, plus que quiconque autre, sa critique et son analyse dans les pages d’un journal influent dans le domaine du cinéma tel que ClodoNews.

Et le mot analyse a son importance, car oui, contrairement aux apparences, Shrek 1 est loin de pouvoir se résumer à une simple œuvre de divertissement formatée pour les mioches et autres grands enfants condamnés à rester dans un état prépubère par leur rejet de la société et de la dure réalité de la vie d’adulte. Non, Shrek est en fait une pure invitation à la réflexion sociale, qui dépasse le cadre de la comédie pour s’imposer comme l’un des films les plus revendicatifs de justice sociale du 21ème siècle.

shrek l'âne fiona

Shrek : un film de gauche ?

Au delà de savoir si Shrek est un bon film ou non, ce qui au final ne relève que d’interrogations superflues, la vraie question que se posent les spectateurs adepte du cinéma qu’incarne l’ogre vert est la suivante : Shrek est-il un film de gauche ?

Une question qui taraude chaque jour nos jeunes têtes blondes qui, déjà éveillées à la science politique depuis leur plus jeune âge, préfèrent se questionner sur les intentions politiques des réalisateurs Andrew Adamson et Vicky Jenson plutôt que de rire des blagues sur le caca où les flatulences du personnage de l’âne (comic relief du film).

Car sous ses aspects de film innocent crée pour ces êtres destinés à bouffer de la merde, plus communément appelés « enfants », Shrek distille en fait très intelligemment une idéologie pour le moins socialiste dont le dessein n’est autre que de faire germer de manière insidieuse des petites graines d’humanisme dans le cerveau de nos jeunes pousses.

Un récit qui sert l’idéologie gauchiste

A travers leur œuvre, les éminents réalisateurs de Shrek ont su démontrer, avec une déconcertante maestria par ailleurs, que l’humanisme peut naitre en chacun de nous. Même chez les plus « ogres » d’entre nous, la personnification de Shrek n’étant pas fruit du hasard mais plutôt volontairement symbolique de l’électeur moyen du RN, nos gros beaufs d’ogres français.

En effet, au tout début de la saga, nul ne peut nier la ressemblance du personnage de Shrek avec l’homme politique Jean-Marie Le Pen. Bien que souvent associé par erreur à François Hollande, Shrek personnifie pourtant la figure du jeune français nationaliste dans les grandes lignes. Les motivations du rustre anti-héros sont d’ailleurs claires : Il veut défendre « son marais » coute que coute face à l’envahisseur étranger et réussit d’ailleurs à repousser successivement plusieurs vagues de migrants issus du monde de la féérie.

shrek critique du film
sociologue segpa shrek

Un film aux multiples niveaux de lecture

Shrek vit donc reclus sur lui même, centré sur ses propres convictions et rejetant la figure de « l’autre ». C’est un fait : Shrek, de par sa peur de l’étranger, n’est autre qu’un, n’ayons pas peur des mots, RACISTE.

shrek film raciste

Mais si la situation initiale du héros instaure un climat de défiance entre Shrek et les spectateurs rebutés par la fermeté d’esprit du héros, c’est à partir du second acte que la magie du film opère : les choses commencent à changer lorsque Shrek fait la rencontre de l’âne, un jeune migrant charismatique, haut en couleur et à l’humour ravageur qui a fui la misère de son foyer (battu et exploité pour quelques deniers par sa grand-mère, l’âne est une évidente référence aux réfugiés politiques arrivant en France en quête du French Dream).

Petit à petit, Shrek se rendra compte que le monde ne se limite pas qu’au microcosme du marais qu’il chérit depuis sa plus tendre enfance et chaque nouvelle rencontre sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les cultures qui l’entourent. Et c’est avec émerveillement que nous retrouvons notre âme d’enfant en suivant l’évolution morale de Shrek qui devient un véritable chevalier (au sens propre comme figuré) de la justice à mesure que le film progresse.

Jadis puceau frustré qui s’ostracisait lui-même d’une société glissant inexorablement dans un capitalisme démesuré qui avançait sans lui (Fort-Fort-Lointain représentant Hollywood, le capitalisme américain et ses dérives), Shrek abandonne son militantisme protectionniste et identitaire et se découvre même une âme humaniste qui le conduira à trouver l’amour auprès de Fiona, jeune fille issue de la lignée bourgeoise qui, paradoxalement, constitue l’exact opposé de Shrek sur l’aspect social et économique. L’un ayant grandi dans la fange de la campagne profonde, l’autre dans les tours dorées des quartiers riches, nos deux protagonistes que tout oppose sauront surmonter la différence évidente de classe sociale et de codes culturels pour prouver que malgré l’acharnement de nos élites à contrôler l’ascenseur social et le rendre inaccessible aux prolétaires, il y aura toujours une chose que nos technocrates ne pourront maitriser : l’amour.

Propagande gauchiste ou pur génie ?

En conclusion, Shrek est donc bien plus qu’un simple divertissement niaiseux et pleins de bons sentiments devant lequel foutre les gamins quand ils cassent les couilles. Shrek est une formidable épopée politique, empruntant parfois aux écrits de Marx, qui dénonce une société malade et tombée dans les excès d’un libéralisme incontrôlé (le thème sera d’ailleurs repris, d’une façon encore plus intelligente, dans Shrek 2 quand nos héros détruisent une usine de potions possédée par marraine la bonne fée, véritable suppôt du capitalisme).

Et si le film comporte plusieurs grilles de lectures, chaque spectateur pourra comprendre les quelques morales distillées tout au long du film : l’ouverture d’esprit c’est bien, les petits êtres avec un tout petit corps et une énorme tête (comme Lord Farquad et les animateurs de Canal+) c’est mal.

Certains d’entre vous pourront penser que nous intellectualisons plus que de mesure ce chef-d’œuvre qu’est la saga Shrek et que nous devrions seulement nous contenter de laisser ce film à sa condition de « film pour enfants fait pour poser le cerveau » puis prendre notre chèque de la part de DreamWorks, à ceux-ci nous répondrons que les plus grands sbires de la bourgeoisie, les premiers instigateurs du mépris de classe… C’est vous !

shrek capitalisme marais

La note de la rédac : Un film maitrisé de bout en bout et qui, en plus, réussit l’exploit d’être drôle tout en étant de gauche et ça c’est une sacrée prouesse ! 8/10

Article rédigé par Günther