Podcast féministes : comment faire mon trou parmi cette vague de connes ?

Il fut un temps où les jeunes filles rêvaient de devenir chanteuses, journalistes ou même, dans les cas les plus désespérés, community managers d’une marque à la con pour pouvoir poster des vieux memes mornes et vidés de toute substance comique et se dire que c’était suffisant pour justifier un salaire à la fin du mois.

Alors d’accord, tout ça ce n’était quand même que des bonnes vieilles carrières de merde qui ne font rêver que les esprits un peu légers et facilement impressionnables lorsque l’on souffre d’un léger déficit d’attention, en bref ces esprits qu’on appelle plus communément : les femmes.

Mais pourtant, ces ambitions étaient tout de même bien plus glorieuses que celle que l’on peut voir germer de façon exponentielle de nos jours parmi les petites connasses french dreamées : tenir un podcast “féministe”.
Qu’est-ce donc encore que cette diablerie ? Il s’agit typiquement d’un espace de “parole libre” où elles peuvent mélanger développement personnel, papotage insupportable, angoisse existentielle et pseudo militantisme dans une confusion des plus totale, et un malaise des plus remarquable pour tout fin échelier de Villejuif.

Ces « podcasts » (moi qui croyais qu’un podcast était une vidéo face cam où un mec peu charismatique, du genre Cyprien ou Norman, se contentait de faire des blagues sur les différents types de profs) sont partout : Spotify, Apple Podcasts, Deezer, et surtout, dans ta gueule. Oui, dans ta petite cervelle de fillette innocente, dont le cortex préfrontal est encore en formation et qui, chaque jour, se fait gangréner par une nouvelle “créatrice engagée” qui profite éhontément de sa notoriété imméritée pour déblatérer les mêmes conneries, qu’elle gardait auparavant pour elle par manque de moyens technologiques, mais cette fois-ci, à la face du monde.

Bienvenue dans le monde merveilleux des podcasts adolescentes féministes, où chaque épisode est un mélange de névrose existentielle et de bashing organisé des hommes qui osent respirer un peu trop fort.

Alors certes, si on relativise un peu, on a tous déjà regardé du contenu médiocre étant jeunes et on est pas devenus giga demeurés par la suite pour autant (hmm oui ).
Et vous me direz-donc  » Ô grand maître José de ClodoNews, fais-donc aujourd’hui preuve d’un peu de clémence. Laisse les pauvres auditrices de podcasts féminins en paix, elle auront leur rédemption en grandissant « .
Ce à quoi je répondrai que je n’en ai rien à foutre bordel lecteur. Je ne suis pas là pour la prévention et dire « eugneugneu le féminisme et les influenceurs c’est dangereux pour votre santé mentale« , je ne suis pas un contrôle parental sur PC de parents tyranniques et si je veux humilier des fillettes et leurs idoles je ne le fais pas vocation bienveillante, mais bien par plaisir.

Et pour abattre l’ennemie, il faut débunker son scam, il faut analyser sa méthode de fonctionnement. Mettons-nous dans la peau d’une pute de podcasteuse :


Étape 1 : Faire semblant de trouver un concept.

Tout commence avec une annonce sur Instagram :

Coucou les meufs 🌸 je lance MON PODCAST 💥 pour libérer la parole des femmes et déconstruire les clichés 💪. »

(Le sur-usage vomitif des émojis est très important afin de bien faire comprendre à l’audience qu’on les prend pour des décérébrés incapables de lire une phrase si il n’y a pas des explosions ou des couleurs vives).

Par « pour libérer la parole des femmes et déconstruire les clichés » il faut tout simplement comprendre : « j’ai acheté un micro à 24,99 € et j’ai besoin que quelqu’un écoute mes pensées sur la sociéter« .

Ensuite, annoncez votre projet comme si il s’agissait d’une révolution. Trouvez un slogan à la con qui n’aurait rien à envier à votre relation LinkedIn de niveau 1 du genre “Ce podcast, c’est un espace de parole pour toutes celles qu’on n’écoute pas.”. Car oui, personne ne vous écoutait auparavant, pour une raison qui m’échappe encore… Mais ce n’est pas très grave car vous êtes désormais podcasteuse et les gens vous écouteront qu’ils le veuillent ou non. Peu importe la sincérité dans ce milieu, dans les yeux de vos fans, elle se mesure au nombre de fois où vous direz “je trouve que c’est hyper important d’en parler tu vois ?, alors que, justement, vous n’avez fichtrement aucune idée de quoi vous parlez car, rappelons-le, vous n’êtes qu’une fille de foutre déscolarisée.

Non ? Sans déconner ? Je l’aurais jamais mais alors jamais deviné

Voilà, nous en avons donc fini avec l’étape 1 et maintenant nous pou… Quoi ? Comment ça « Pas si vite, c’est quoi le concept de ton podcast ClodoNews ? » Pourquoi vous m’emmerdez encore ? Il est très bien mon concept et je vous l’ai déjà énoncé : Être écoutée. Au sens propre.

L’écoute religieuse d’un public acquis est la seule chose qui importe pour toute podcasteuse qui se respecte. C’est le but ultime et sa seule source de satisfaction hormis l’indécente masse de pognon qui va avec.

Non parce que franchement, faut pas chercher plus loin. Il n’y a aucun enseignement plus profond à retirer du podcast#54 signé PuteGénérique#56 hein. Leur plus grand fait d’armes est d’avoir lu trois tweets de Rokhaya Diallo qui faisait semblant de s’énerver sur la couleur des pansements pour continuer a exister médiatiquement. Ou au mieux, d’avoir regardé deux stories de LénaCirconcision expliquant les joies du pegging à sa communauté. Ce n’est donc pas avec un tel bagage intellectuel qu’elles vont prendre héroïquement le micro pour repousser les frontières du débat public et transcender l’auditoire par des thèses audacieuses sur la physique quantique.

Non. A la place, elles vont parler de leurs vagins, et de leurs ex, mais aussi, et surtout… De leurs vagins (très important).

Parler de chattes. Voilà vous tenez votre concept. Vous détenez désormais le secret pour produire le même contenu que la tripotée de clones qui, comme vous, composent la scène podcast féministe. Et leur définition du féminisme ?

C’est un peu… genre… être soi, tu vois ?femme féministe

Le « Tu vois ? » particulièrement irritant a son importance. Il reviendra en boucle dans la bouche de ces dindasses, tel un toc continu, vous savez, ces pulsions chelous qu’on retrouve chez les tarés. Pour les podcasteuses, le « tu vois ? » sert de ponctuation à chaque fin de phrase. Alors oui, oui on voit connasse. Et on souffre.


Étape 2 : Inviter tes copines qui pensent comme toi

L’idéal pour un podcast 100% féminin, c’est de n’avoir aucune contradiction. Les débats nuancés, c’est d’un autre temps, c’est pour les boomers, c’est pour ceux qui ont fait des études. Toi, tu veux de la validation circulaire, un doux écho collectif qui te répète “oui, totalement, tu vois ?”.

Prends donc bien soin d’inviter d’autres “créatrices de contenu engagées” (que c’est beau de toutes avoir le même métier alors) dont la principale activité militante consiste à partager des photos de fions rutilants éclatés sur OnlyFans, car le travail du sexe est un travail.

Grâce à cette formidable synergie de toutes les meufs les plus chiantes de la planète, chaque épisode ressemblera à une conversation de terrasse entre deux copines vaguement déprimées, toutes persuadées qu’elles participent à une révolution culturelle en dénonçant les comportements masculins alors qu’elles adoptent pourtant les mêmes styles capillaires que leurs adversaires (en plus moche à cause des colorations).

Le résultat ? Une ambiance pyjama party auxquelles les fillettes s’adonnaient quand elles avaient 13-14 ans. Mais vous, en tant que grognasse d’influenceuse, vous avez déjà 29 ans bien tapés.
Et être bloquée sur le thème de “l’adolescente incomprise”, comme si l’univers tout entier s’était arrêté au moment où ce fdp de Clément, en terminale, ne vous avait pas invité à sa soirée de fin d’année alors que votre rivale, qui était pourtant plus moche que vous, mais qui au moins suçait déjà des bites pour être populaire, était invitée, elle, et bien ce blocage, ce n’est franchement pas un comportement digne d’un adulte de cet âge.

Mais passons, nous n’allons pas faire la morale. Jouer la gamine à 30 piges, si ça rapporte du fric sur le dos des couillonnes qui subtilisent la carte bancaire de papa et maman… Pourquoi pas ?
Non vraiment, ce qui fascine plus que tout le reste, c’est surtout cette incapacité à grandir. Ces podcasteuses ont 29 ans, mais parlent encore comme si elles sortaient du bac de philo : “Moi, je me cherche encore… je trouve que c’est important de douter. Enfin tu vois quoi ?”. Elles ont remplacé les journaux intimes par des plateformes d’écoute, comme si leurs pensées de merde valaient la peine d’être écoutée par d’autres cruches aux mêmes pensées de merde. Leur adolescence n’est plus une étape de construction dans une vie : elle est devenue une franchise commerciale où elles vendent leur immaturité comme une forme de lucidité. Et moi, même en temps qu’homme, je ne peux que m’incliner et dire bravo pour le move marketing.

Cet angle commercial devient un prétexte pour continuer à parler d’elles-mêmes, encore et encore, sous l’angle pseudo-politique du trauma et de la rébellion post-pubère et aboutissent le plus souvent sur des analyses profondes comme une flaque d’eau :

  • « Les hommes, ils savent pas écouter.
  • Moi j’ai toujours été la fille différente.
  • Tu vois, même le mot ‘différente’, c’est politique enfaite.
  • Le capitalisme patriarcal, c’est un peu… genre… quand ton père te dit de ranger ta chambre.
  • « Tu vois ? »
  • « Je vois. Tu vois ?« 

Mais rien n’est politique sale pute twiterienne. Non, ce n’est pas politique. C’est juste gênant.


Étape 3 : Rajoute de la musique triste et une voix off blasée

Rien ne dit “je suis une femme moderne et lucide sur le monde” que tous les podcasts dispos sur le marché avec la même intro : un fond musical de ukulélé mélancolique ou de piano lo-fi, suivi d’une voix molle qui dit :

– Bienvenue dans « Les mecs, c’est non« . Aujourd’hui on parle de la micro-misogynie des livreurs Uber Eats. Vous savez, ces racailles qui ont toutes un point commun…”

– Ah ouais c’est tous des arabes ?

– …

– ?

– Ben non voyons. Leur point commun c’est qu’ils sont tous des HOMMES

– Ah ? Ah ouais ahah… Ouais ça fait… ça fait sens ? Les hommes et tout ahah, trop chiants eux.

Puis s’enchaîne ensuite un monologue existentiel de 40 minutes où nos pouliches redéfinissent le monde, sur un ton de voix désinvolte, à partir de leur expérience personnelle de stagiaire chez Séphora ou autre enseigne de gonzesses.


“Je pense que le patriarcat, c’est aussi genre… quand t’as peur d’envoyer un mail. Tu vois ?”


Étape 4 : Dénoncer les hommes.

Bien évidemment, aucun de tes fantastiques épisodes de ton non moins fantastique possecast ne serait complet sans la minuteculpabilité masculine”, enfin les 45 minutes « culpabilité masculine » je veux dire.

Adonnes-toi aux phrases bateau de type :

Non mais je dis pas que tous les mecs sont mauvais hein… juste que systématiquement, structurellement, culturellement, biologiquement, karmiquement et astrologiquement si c’est des scorpions, oui.

Les hommes, c’est une construction sociale.

Et si quelqu’un demande “tous les hommes ?”, réponds :

Si tu poses la question, c’est que tu fais partie du problème.

Et bim en plein dans sa gueule patriarcale. Tu l’as coincé car, dans tous les cas, chaque réponse logique pourra être annihilée par un contre-argument sorti de ton gros cul mais dit sur un ton si véhément que ça aura l’air super sincère. Et qui peut remettre en question la parole d’une femme de toutes façons ?

Rien de tel qu’un moment de pure catharsis où l’on découvre que tous les maux du monde viennent des hommes, sauf quand il s’agit de payer le brunch de merde que tu aurais pu cuisiner à la maison pour moins cher si tu n’étais pas une énorme feignasse. A l’inverse de ta maman, qui elle cuisinait toujours pour son mari, malgré les coups de ceintures, et qui ne mouftait jamais car elle était une femme respectable, elle.


Étape 5 : Monétiser notre ton combat féministe

Une fois ton podcast lancé, contacte des marques “éthiques” qui vendent des tote bags à slogans féministes cousus par des stagiaires sous-payées (mais elles l’ont bien méritées car elles n’avaient qu’à avoir un papa dans la finance).

Et n’oublie pas de rappeler que tu ne fais pas ça pour la reconnaissance.
Seulement pour “faire bouger les choses” et « tu vois ?« , accessoirement, aussi pour atteindre les 10000 écoutes sur Spotify pour valider ton statut d’“influenceuse engagée” (l’engament s’atteint à partir de 10000 streams sinon tu n’es qu’une fraude).

L’engagement est désormais un accessoire de mode, un sticker qu’on colle sur son MacBook pour dire “je suis différente hihi”. Et ça c’est bien vrai ma grosse ! Si tes copines podcasteuses ont opté pour « collaborer » (fut-un temps on vous rasait le crâne pour avoir fait cela) avec une marque différente de la tienne, alors vous êtes foncièrement différentes !


L’avenir est podcasté

Tu sais maintenant comment te lancer dans le podcast d’adolescente féministe. Si tu as encore quelques doutes, si tu penses encore que tu auras l’air d’une grosse conne à te ridiculiser comme ça en ligne, rassures-toi. Sache que le podcastage est devenu le stage obligatoire du XXIe siècle :
Un rite initiatique où tu te filmes en train de “déconstruire le patriarcat” tout en demandant à ton père de t’acheter un nouvel iPhone pour “booster ton projet militant dans les meilleures conditions”.

Et dans quelques années, quand tout ça aura disparu dans les limbes de Deezer, et que tu auras grandi, pondu 3 gosses à un Fabien corporate bedonnant et calvitié, alors on se souviendra peut-être de tes exploits passés. On réécoutera tes jérémiades d’adolescentes en te célébrant comme une de ces militantes du dimanche matin, qui ont réussi à transformer leur ennui, leur colère et leur besoin d’attention en contenu “sociétal” de moins d’une heure mais qui remplit bien le compte bancaire.

Bravo les filles, vous avez libéré la parole. Et surtout, vous êtes finalement parvenues à niquer le système. Pas de la façon que vous imaginiez à l’époque, non. Non, vous n’avez pas soumis l’ensemble du genre masculin à vos caprices de pétasses gâtées, car de toutes façons nous sommes les boss, car nous disposons du manche comme dirait l’oncle Tony.
Mais vous avez niqué les petites gamines qui avaient le pouvoir d’achat, en leur vendant platitudes sur platitudes. Et dans ce monde où rien ne nous est donné et où il faut tout prendre, je ne peux encore une fois que m’agenouiller. C’est le génie de notre époque : avoir réussi à transformer la confusion adolescente en modèle économique, et le mal-être narcissique en production culturelle. Vous êtes les vraies femmes fortes, les vraies strong black independent women.


Article rédigé par : José josé clodonews