Ces streamers youtubers que l’on ne peut plus regarder (call out, cancel, polémiques…)

Apprendre à vivre après la chute de son idole Twitch

Je me souviens très bien du moment précis. L’instant exact où tout a basculé. La minute où La Vie D’avant™ s’est arrêtée…

Il était très exactement 22h43. J’étais allongé dans mon lit, téléphone à la main, cerveau vide (ce qui ne me ressemble pas), âme paisible. J’ouvrais X, pardon, il faut continuer à dire Twitter sinon ça veut dire qu’on soutient Elon Musk et donc qu’on est logiquement raciste… ou un truc comme ça jsp. Bref, j’étais sur ce réseau social quand je vis apparaître le tweet :

Pas un tweet rigolo de ma star networkée préférée. Non. Un thread.

Un thread long. Bien trop long et qui m’a d’ailleurs donné beaucoup de mal pour le lire jusqu’au bout (le docteur a dit à maman que mon temps d’attention se situait aux alentours des 15 secondes, « comme le lombric » a-t-il dit). Ce thread était numéroté, avec des captures d’écran floues. Des phrases comme « il faut qu’on parle », « je n’avais jamais osé témoigner », « je prends enfin la parole ».

De battre, mon cœur s’est arrêté.

Mon streamer préféré venait d’être call-out.

À cet instant précis, ma vie n’avait désormais plus aucun sens. Comment allais-je bien pouvoir rire désormais ? Il n’y a que les streamers safe et populaires qui me font rire, en perdre un signifie perdre une petite partie de moi-même.
Sur quelle voix allais-je maintenant me masturber intellectuellement pendant que je mange des pâtes au fromage râpé ?
Comment allais-je continuer à vivre dans un monde où un homme payé pour parler devant une webcam s’avérait en fait être potentiellement imparfait ?

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Phase 1 : le déni

La première réaction est toujours la même : le déni.

« Non mais attendez, lui, impossible. Je le regarde depuis 2014. Je le connais. Oui je ne l’ai jamais vu mais je le connais, c’est tout comme. Je sais donc qu’il est un gentil, il appartient au clan des bons. »

Rien ne laissait présager de tels agissements…

Peu importe ce que vous penserez, peu importe vos contre-arguments rationnels, souffrez que je connaisse mon héros de Twitch sur le bout des doigts : Je connais sa voix, ses tics de langage, son rire forcé mais qui me paraît pourtant si naturel, ses petites pauses sponsorisées, ses interruptions en plein discours quand je lui envoie 50€ en live avec l’accord de Papa (et de sa banque). Je sais comment il mange un kebab. Je sais comment il ouvre une boîte de bonbons pour les déguster en direct. Je sais même quand il n’a pas lu ou étudié le sujet dont il parle mais va quand même donner son avis pendant 20 minutes et, après tout, je lui pardonne car il est mon idole, c’est comme ça. Vous aussi je suis sûr que vous avez vos personnalités préférées et c’est normal, personne ne peut vivre décemment sans vénérer quotidiennement une star… ça ne ferait aucun sens.

Donc évidemment, je sais qui il est.

Et puis surtout :

Il m’a fait rire quand j’allais mal. chouffin triste

Or, comme chacun le sait, faire rire quelqu’un annule toute possibilité de comportement discutable.
C’est inscrit dans la Constitution morale d’Internet, article premier : « Toute personne ayant produit du contenu divertissant est juridiquement et spirituellement pure », à part si elle dit des gros mots où des choses pas très tolérantes, voire même des choses qui contiennent de l’humour… alors là c’est non.

Je ne fais pas de concessions : soit j’idolâtre pleinement les gentils les yeux fermés, soit je cancelle fermement les méchants qui osent faire de l’esprit. Pas de demi-mesures.


Phase 2 : l’enquête personnelle

Très vite, je me transforme en petit enquêteur. Un peu comme le Roi des Rats ou HugoDécrypte ^^ je sais pas si vous connaissez mais ils sont trooooop forts. Du contenu de qualité, vraiment ^^.

Je lis tout : les tweets, les réponses aux tweets, les réponses aux réponses, les captures d’écran de conversations MSN datant de 2011, les témoignages anonymes, les contre-témoignages anonymes des contre-anonymes.

Je développe une expertise fulgurante en psychologie, sociologie, droit pénal et relations parasociales en l’espace de 48 heures. En vrai c’est méga facile, y’a tout sur Internet et je peux demander à Grok de tout me résumer. Même plus besoin de faire des études (ce scam millénaire à destination des parents et des vieux –‘)

Je deviens ce mec mature et réfléchi, qui s’élève au-dessus de la masse des haters pour dire :

« Oui enfin, il faut contextualiser… »

Déjà, on était en 2012 au moment des faits. Or, tout le monde sait qu’en 2012, le monde fonctionnait différemment. Les mœurs. L’humour. Internet… C’était une autre époque. Voilà pourquoi un streamer ou vidéaste qui prenait des photos sous les jupes des filles lors de conventions où qui exigeait des nudes de mineures, et bien c’était tout à fait acceptable. Je dis toujours qu’il ne faut pas juger les faits historiques avec notre vision moderne.

l'erreur de jeunesse de mathieu sommet

Ensuite, il faut rappeler que les mis en cause étaient jeunes. Jeunes du genre 25-30 ans, pas plus. Et puis ils étaient djeun’s dans leurs tête. Mais surtout, argument le plus important : ils ne savaient pas encore qu’ils allaient devenir célèbres. C’est uniquement pour cette raison qu’ils se permettaient ce genre de comportements.

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Phase 3 : la fracture communautaire

Mais malgré mes tentatives de défense de ma star favorite, je ne peux que déplorer la division de la communauté. C’est la guerre civile qui s’instaure entre :

  • ceux qui disent « attendez les preuves »
  • ceux qui disent « moi je continue à regarder mais je suis triste »
  • ceux qui font acte politique en annonçant solennellement qu’ils se désabonnent (en espérant secrètement qu’on les supplie de rester)
  • Mais aussi ceux qui disent « les victimes : on vous croit. Sans preuves. Automatiquement »
schisme guerre civile antoine daniel

Et c’est d’ailleurs cette dernière catégorie de fan qui a été l’élément déclencheur de mon deuil. Ce sont eux qui m’ont fait prendre conscience. Pourquoi ? Tout simplement car mon streamer d’amour a toujours tenu le même discours qu’eux.

Oui, je me rappelle très clairement de ce jour où, en train de bouffer des chips et de tirer sur sa vape en plein stream, mon doux héros a eu ce raisonnement, que dis-je, cet éclair de lucidité imparable : « Moi je crois systématiquement les victimes quand il y a des affaires de call-out. Ouais même si c’est mon pote qui est accusé : je m’en bat les couilles. L’amitié n’est pas une valeur importante pour moi; la confiance de mon network et mon image publique me rapporte plus d’argent« .

Ainsi, tout logiquement, je ne peux qu’abonder dans le sens de la personne dont j’ai bu les paroles pendant des années. Il est mon maître à penser, je dois me soumettre à son avis, même quand il est désormais la dite personne accusée de choses pas nettes. En respectant ses enseignements, je suis sûr que je lui fait plaisir, à mon humble échelle derrière mon écran, je suis certain qu’il m’est reconnaissant. Car oui, c’est un peu bête ( :3 ) mais, même si mon streamer est soupçonné d’actes horribles, je suis encore un petit peu sous son emprise. Il est un peu… mon papa. Mon zaddy. Une figure paternelle bien plus stylée que mon propre père biologique.


Phase 4 : “et moi dans tout ça ?”

Une fois cette phase de prise de conscience passée, c’est là que les choses s’accélèrent :

Car soudainement, mon streamer fétiche n’est plus vraiment le sujet de tous mes problèmes. Mais c’est bel et bien moi.

Qu’est-ce que ça dit de moi si je l’ai aimé ?
Suis-je complice ?
Suis-je une mauvaise personne ?
Est-ce que je dois jeter mon mug et autres goodies à son effigie ?
Dois-je faire disparaitre le tatouage de son visage de mon omoplate ?
Dois-je me flageller en l’honneur des victimes ?
chouffin triste

Le call-out n’est plus un événement extérieur. C’est une attaque directe contre mes goûts, contre mes personnalités favorite donc, par extension, contre moi-même.

Car je ne suis pas juste quelqu’un qui regarde un streamer. Je suis ce streamer. Je suis une petite partie de lui. Il a forgé mon humour, mon rapport au monde, parfois même mes opinions politiques quand j’étais trop fainéant pour en avoir. Je suis donc sa chair, ses entrailles. Même lui le sait. Pour preuve : il criait toujours avec entrain « Heyyy salut à tous les amis » quand il allumait sa caméra, j’étais donc l’un de ses plus fidèles potes, cela ne fait aucun doute.

Ainsi, dans sa descente aux enfers, il m’entraîne également dans sa chute et rien d’autre ne me sauvera de mon funeste destin que son cancel pur et simple puis la rédemption en devenant fan d’un tout nouveau streamer qui, lui, sera pur et parfaitement moral, bien entendu.


Phase 5 : les phases de rechute

Alors que je me remettais lentement, et toujours très douloureusement, de la disgrâce morale de mon amuseur public, grâce à un travail sur moi-même titanesque et une série de rendez-vous chez mon psychiatre, voilà qu’arrive la fameuse vidéo qui me fait replonger dans les abysses les plus sombres de mon âme.

La vidéo d’excuse : face caméra, fond neutre, voix grave et monotone lors de la lecture du texte rédigé par Chat GPT, sans musique rigolote en fond sonore cette fois…

Cette vidéo où mon ex (je l’appelle mon ex mais on était pas vraiment ensemble ahah ^^, enfin j’veux dire, moi, il m’a jamais baisé lors de la Paris Manga) dit :

  • qu’il a pris le temps de réfléchir
  • qu’il reconnaît certaines erreurs
  • qu’il conteste les accusations les plus graves
  • qu’il va se retirer un moment

Moi, je pleure presque. Non je chiale à chaudes larmes en fait. Pas pour les victimes potentielles cette fois-ci non. Mon liquide lacrymal se déverse à la simple pensée du contenu de qualité inestimable que je ne verrai plus jamais.

Moi qui croyais avoir vaincu mes démons, me voilà de nouveau face à l’incertitude, au regret, au désespoir de ne plus jamais retrouver tous ces moments passés sur les lives avec mes amis (j’ai bizarrement tendance à me faire plus facilement des amis sur Twitch que dans la vie réelle… étrange, très étrange).

La nostalgie s’empare de moi au souvenir de nuits blanches entièrement passées à lire tous les messages du Tchat pour enrichir le Lore de mon streamer et de notre communauté soudée. A cette époque, mon objectif professionnel était clair : devenir modérateur bénévole pour mon guide spirituel, voilà pourquoi je voulais me montrer digne de lui en rédigeant ses pages Wikia. Je pouvais y passer des heures entières sans interruptions si ce n’est l’irruption intempestive de ma mère dans ma chambre pour me forcer à prendre une douche.

Je suis vulnérable, je le sens. Mes cicatrices n’étaient pas encore totalement résorbées… Mais je dois rester fort, j’en ai fais la promesse à mes 142 abonnés sur Twitter.


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Phase 6 : le deuil

Puis les jours passent, les mois, les années… Le silence s’est installé depuis longtemps.

Plus de lives. Plus de tweet. Plus de « les gars j’ai une annonce ». Il est désormais l’heure de faire le bilan de tout ce que j’ai perdu :

  • un divertissement gratuit
  • 1000€ au total (car comme c’était gratuit il fallait bien faire des dons)
  • une habitude
  • une illusion de proximité

Et là, je réalise que je suis libéré : rien de concret ne me manque vraiment. Je n’ai rien perdu spirituellement. Ma vie est strictement identique voire même meilleure qu’avant. Je prend conscience que j’ai vieilli et que… je suis tout simplement moins con qu’avant. Ma tolérance au contenu débilitant n’est plus ce qu’elle était. Je crois d’ailleurs que je suis bientôt prêt à quitter mon groupe discord, à sortir dans la rue, à trouver une partenaire et à arrêter de jouir dans mes chaussettes à foutre 5 fois par jour…

A 26 ans, je deviens un adulte et… oh attendez.

Quoi ? Que vois-je ?

INOXTAG A GRAVI L’EVEREST ? Oh putain attendez-moi !


Article rédigé par : Claude