Pornologue : l’IA et la recherche par image ont-elles signé la mort de la pornologie ?

On arrête pas le progrès, répétons-nous sans cesse. Du moins c’est ce que l’on dit. Les guerres sont toujours là, le site officiel des impôts toujours aussi figé en l’an 1998 et la seule prouesse technologique récente relevant d’un certain intérêt consiste à générer des vidéos d’Indiens se déféquant dessus.

Mais au moins, en 2026, grâce à l’IA et autres outils de recherche par image proposés par nos navigateurs internet, un simple clic droit permet d’identifier en 0,3 seconde une actrice porno dont on ne connaissait autrefois qu’un nom de scène approximatif et dont on avait pour seule information un vague souvenir de branlette adolescente furtive.

Une prouesse technologique, certes, mais qui pose une question grave dans le monde du travail : le métier de pornologue est-il devenu inutile ?


Le pornologue : une figure respectée mais obsolète ?

Il fut un temps, pas si lointain, où la pornologie régnait en discipline officieuse mais respectée des forums. Durant cette glorieuse époque, le pornologue était une figure respectée. L’un de ces professionnels les plus reconnus n’est autre que l’illustre « Pluie-de-chatte« , ce demi-dieu chauve, ou en voie de l’être, qui selon nos amis de chez JVFlux : « donne souvent des conseils, des anecdotes ou trouve le nom de vidéos seulement à partir d’images postées par les forumeurs« .

Un pornologue s’invoque généralement en projetant un signal lumineux dans le ciel

Mais, de nos jours, qu’est-t-il arrivé à nos pornologues ? Il y a-t-il toujours un avenir pour ces experts capables d’aider son prochain en identifiant pour lui une scène floue en 240p, tournée en 2007 par un obscur studio d’Europe de l’Est, ou bien encore de démasquer un influenceur politique aux avis wokistes douteux à partir d’un simple grain de beauté sur la main ?
Ce savoir empirique, forgé dans la sueur, les nuits blanches et les semences de la même couleur est-il en passe de disparaitre ?Aujourd’hui, l’intelligence artificielle, Google Lens et autres outils de reconnaissance visuelle viennent souiller ce sacerdoce en délivrant en un temps record à n’importe quel quidam ce qui demandait jadis des années de pratique et une certain goût pour la cinéphilie.

Face à cette ubérisation brutale du métier, des pornologues diplômés d’État (oui, ils existent, allez consulter les registres de l’INSEE) ont accepté de témoigner dans les pages de ClodoNews. Nous avons donc mené une enquête exclusive, rigoureuse (comme à notre habitude) et surtout documentée, au cœur d’une profession qui refuse de mourir…


Témoignages de vrais pornologues :

Pour mesurer l’impact réel de l’IA et de la recherche par image sur la profession, nous avons recueilli les paroles brutes de pornologues diplômés d’État. Des experts de terrain qui ont connu l’âge d’or, façonnés par des années d’observation intensive et souvent nocturne.

Le vivier des pornologues ? Jeuxvideo.com bien entendu, notamment son forum 18-25. C’est là que se concentre la majorité des érudits du monde pornographique et c’est donc bien évidemment là que nous nous sommes rendus :

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Ils sont plusieurs a avoir vaillamment répondu à notre appel, dans la plus pure lignée de l’entraide chère à la pornologie. Voici leurs récits :


« FeetAsiatique » : 25 ans et fin connôisseur du Hentai

FeetAsiatique se définit comme pornologue « depuis longtemps », une carrière commencée très tôt, parallèlement à une spécialisation aujourd’hui en voie de disparition : l’hentaiologie. Il revendique avoir « maté tous les hentais sortis sur hanimetv », site aujourd’hui banni, ce qui confère à son témoignage une valeur patrimoniale digne de l’UNESCO certaine.

À l’époque, la pornologie était un travail manuel :

« Je devais écumer les sites et faire défiler les pages. En général, avec un nom de studio, c’était pas super dur. »

Une pratique fondée moins sur la mémoire pure que sur la reconnaissance visuelle et l’endurance. Un savoir acquis lentement, douloureusement, à une époque où chaque identification relevait de l’enquête.

Ce qui le motive alors ? Aider. Aider les autres, soulager une frustration universelle :

« Je me branle 5-7 fois par jour tous les jours depuis mes 15 ans (j’en ai 25), j’ai beaucoup aidé à retrouver des porns pour des kheys à l’époque sur d’anciens comptes. J’ai toujours été frustré de pas connaître le nom d’une actrice ou d’un hentai, donc j’essaye de soulager les gens de ce fardeau. »

FeetAsiatique ne cache rien de l’intensité de sa pratique personnelle : « 5 à 7 fois par jour depuis mes 15 ans » mais insiste : cette consommation n’était pas vaine, elle nourrissait une expertise mise au service des autres.

Face à l’IA, il se montre lucide mais mesuré. Il ne l’utilise pas lui-même, mais reconnaît son efficacité probable :

« L’IA facilite grandement les choses au vu des bases de données qu’elle a. »

Cependant, il affirme que le métier ne disparaît pas : il se déplace. L’enjeu n’est plus tant d’identifier une actrice connue que de naviguer dans le chaos du contenu amateur, d’OnlyFans, de MYM, de créatrices obscures ou d’escortes produisant du contenu parallèle.

« Aujourd’hui il y a un gros marché de l’amateur notamment avec OF et Mym et attention je parle pas de créatrices forcément connues mais plus de créatrice comme ZinebGang, Creamyjuicy, et autres compte d’escortes qui fond du contenu à côté. Donc clairement aujourd’hui c’est plus « qui aura le contenu exclusif » qui compte plutôt que « qui est cet actrice? » »

La pornologie devient alors une discipline d’archivage collectif, incarnée par des plateformes de mise en commun du butin numérique. Une « bibliothèque du leak« , selon les mots de FeetAsiatique.

Quant à la supériorité de l’humain sur la machine, il tranche sans hésiter :

« La machine sera plus efficace, mais elle a ses lacunes. Certains éléments de décor ou de forme de pied nous permettent parfois de trouver directement l’actrice. La machine n’arrivera sûrement pas à avoir ce genre d’automatismes. »

Là où l’IA calcule froidement, le pornologue, lui, ressent.

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« RaieAnalle » : Bac+15 OnlyFans option fétichisme des pieds

RaieAnalle aborde la pornologie avec une grande franchise et une vision quasi zoologique du métier. Quinze années d’expérience qu’il résume sans détour à une pratique intensive et régulière, comparée à celle « d’un bonobo en rut qui n’a pas fait l’amour depuis 10 ans ». Une métaphore qui fait souvent office de jargon dans le milieu.

Très tôt, il s’est tourné vers la scène OnlyFans et les interactions directes avec « les putes en ligne ». Pour lui, l’IA n’a aucun impact sur cette niche bien précise de la pornographie :

« l’humain va gagner de loin car on cherche deux choses quand on parle à une pute, 1, lui parler, 2, l’utiliser comme un vide- couilles »

Deux dimensions que, selon lui, aucun algorithme ne remplacera de sitôt.

Concernant la pornologie plus classique, il admet n’avoir jamais utilisé d’outils d’IA, préférant la recherche artisanale par mots-clés, noms d’actrices et navigation frénétique : « j’ai toujours parcouru les sites tel un babouin en rut en tapant les mots clés qui me convenaient ou le nom des actrices que je kiffais ». Il reconnaît cependant que ces technologies deviendront inévitables :

« Je suis un vrai expert pron, mais j’avoue de pas du tout avoir en tête des noms de vidéos ou d’actrices, à part celles qui m’ont vraiment marqué. Même si je pense que en me mettant les vidéos sous les yeux, il y a plein de vidéos dont je pourrais me dire « ah ouais ça je me souviens ». Le truc quand tu te branles, c’est que tu peux regarder une trentaine de vidéos en une session, tu regardes juste quelques minutes des scènes intéressantes ».

Devant un tel travail de titan, RaieAnalle admet que la technologie représente bien des avantages pour tout pornologue qui chercherait à emmagasiner le plus de savoir de la manière la moins chronophage possible :

« Pourquoi t’emmerder à chercher alors que t’as des algos qui peuvent le faire à ta place ? »

Il imagine même avec enthousiasme un futur proche où une IA pourrait montrer instantanément des scènes similaires à partir d’une image ou d’une description fournies par l’utilisateur : « T’imagines, tu kiffes une scène, tu demandes a une IA « montre-moi toutes les vidéos qui ressemblent a cette scène » en lui donnant une image, et la ça te sort tout, ca doit être génial. Par exemple moi je kiffais me branler sur les pieds et les culs des filles en levrettes solo quand elles se masturbaient, je devais donc écrire des trucs du genre « asshole soles doggy », et c’était la galère pour trouver j’avoue. J’aurais rêvé pouvoir avoir une IA qui m’aurait aidé a trouver toutes les scènes comme ça juste en lui donnant une description, ou une image, ou une courte scène de vidéo que j’aime bien. ». Un procédé qui lui aurait sûrement évité, à l’époque, des années de recherches laborieuses à base de requêtes hasardeuses.

Mais RaieAnalle pose lui aussi une limite nette que les nouvelles technologies ne semblent pas encore tout à fait maîtriser : l’expertise fétichiste.

En effet, notre pornologue a fait des « feet » sa spécialisation, il affirme notamment pouvoir reconnaître certaines créatrices à la seule manière dont elles bougent leurs pieds.

« Maintenant je pense par exemple aux filles dominatrices qui faisaient des JOI, oui je pourrais direct savoir qui c’est juste avec leurs pieds, la manière dont elles les bougent etc, après j’ai jamais vraiment fait le test, mais là je pense qui si on me mettait des scènes sur les feet des putes sur lesquelles je me suis le plus vidé les couilles, je saurais à qui ca appartient »

Un savoir corporel, intuitif, forgé par une consommation fragmentée et massive. Il confesse d’ailleurs n’avoir presque jamais regardé une vidéo en entier, enchaînant parfois « frénétiquement plusieurs scènes par session. C’était hyper rare que je regarde plus de 3 ou 4 minutes de la même vidéo sans en changer. Je me demandais d’ailleurs qui sont les tarax qui regardent des films pornos entier de 1h30 », une pratique qui rend toute mémorisation classique impossible.

Son constat final est sans appel :

« J’ai vu une quantité incalculable de feet, de culs, de vagins et de phallus défiler devant mes yeux sur un écran. »

Une surcharge visuelle qui fait du pornologue moderne non pas un archiviste précis, mais un vétéran du trop-plein. Cela nous rappelle à tous qu’il est parfois difficile pour le non-initié de ne serait-ce qu’imaginer la quantité astronomique de contenu que le pornologue doit absorber pour exercer décemment son métier.


« Pornovore : vieux de la vieille et pornologue repenti

Pornovore parle de son passé avec la distance calme de ceux qui ont connu l’excès, puis la rédemption par la vie de couple. Il situe le début de sa carrière pornologique en 2016, soit une décennie d’activité qu’il quantifie avec une précision presque administrative : « environ 250 requêtes traitées » via messages privés. Un chiffre modeste à l’échelle industrielle, mais respectable dans l’artisanat du savoir pornologique.

Sa sortie progressive du métier coïncide avec un événement majeur : l’installation avec sa compagne :

« Ma consommation de porno a drastiquement diminué car je me suis installé avec ma compagne et je peux cum dans une vraie pussy à volonté. »

De ce fait, Pornovore admet ne pas avoir vraiment connu le virage de l’IA et de la recherche par image, même s’il suppose que ces outils en étaient déjà à leurs balbutiements lorsqu’il a mis fin à son activité. Toute sa carrière s’est donc construite sans assistance algorithmique, exclusivement à partir de sa mémoire et de sa pratique.

Il décrit une pornologie profondément mainstream, centrée sur les grandes plateformes et les studios établis. Un travail quotidien de veille, notamment sur le site officiel de Brazzers, qu’il consultait religieusement pour suivre les sorties et mémoriser les noms d’actrices :

« J’étais le genre de masturbateur à guetter le site officiel de Brazzers chaque jour pour voir les dernières sorties, c’est grâce à ce site qui est relativement bien fourni en infos sur les actrices que j’ai commencé à mémoriser les noms de centaines d’entre elles, j’étais fan des asiats mais aussi des blondes bien pétasses (RIP Kagney Linn Karter) ».

Ses goûts étaient assumés, sa spécialité claire : une culture du porno industriel et des grands studios de production, même s’il lui arrivait occasionnellement de s’aventurer du côté de contenus dits amateurs. Lorsqu’un « client » le sollicitait, la méthode était simple : une photo ou, à défaut, une description de scène. Et le plus souvent, il trouvait. Mais pas toujours :

«En faisant tout de mémoire il m’arrivait parfois de ne pas trouver. Je demande pardon aux quelques kheys que j’ai failli. »

À la question de ce qui le motivait à pratiquer cette discipline, Pornovore est d’une honnête remarquable : l’aide aux autres, bien sûr, mais aussi l’ego :

« J’avais enfin un domaine dans lequel j’étais un expert et je voulais être reconnu en tant que tel, c’est pourquoi j’ai même choisi un pseudo bien évocateur :rire: et une signature dans les forums qui serait facilement identifiable ».

Le pornologue, qui utilise fièrement Le Chauve De Brazzers en guise de photo de profil, nous a d’ailleurs autorisé à diffuser cette signature. Un partage précieux tant il résume en quelques mots la mission première d’un pornologue professionnel :

Aujourd’hui, cette reconnaissance lui importe moins. Il se décrit comme « repenti », sans pour autant exclure un retour ponctuel au service si un forumeur venait à être en détresse masturbatoire.

Sur l’avenir du métier, son constat est pour le moins pessimiste. Selon lui, l’IA et les outils de recherche ne peuvent que devenir plus performants, jusqu’à dépasser largement le pornologue humain.

« C’est une question de temps »

Il entrevoit néanmoins une dernière carte à jouer : celle du savoir vintage. Les vieilles scènes, les actrices oubliées, les productions qui ne génèrent plus de requêtes récentes, autant de zones grises où l’humain pourrait encore battre la machine, à condition de détenir une mémoire que l’algorithme n’a pas encore digérée :

« Imaginez les vieilles scènes et actrices que tout le monde a oublié aujourd’hui, si vous, en tant que pornologue, détenez des infos dessus vous avez encore une chance de battre l’IA, même si ça doit être plus dur pour les pornologues d’aujourd’hui qu’à mon époque. »

Mais sa conclusion ne laisse toujours que peu d’espoirs :

« Je pense que la profession est amenée à s’éteindre complètement. »

Un constat posé, sans colère ni nostalgie excessive. Comme si Pornovore acceptait déjà l’idée que la pornologie, après avoir été un art, puis un service, n’est peut-être plus qu’un lointain souvenir de forum.

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Requiem pour la pornologie ?

Alors, l’IA et la recherche par image ont-elles tué le pornologue, l’un des derniers métiers que personne n’osait encore déclarer à l’URSSAF ?

À travers les témoignages recueillis, une ligne de fracture apparaît clairement. Le pornologue d’hier, archiviste obsessionnel, encyclopédie humaine du sexe, gardien d’un savoir millénaire acquis à la force du poignet et du chibrax en feu, voit aujourd’hui ses compétences les plus basiques avalées par des algorithmes toujours plus voraces. Identifier une actrice connue, retrouver une scène random, faire correspondre un visage à un nom : autant de tâches désormais exécutées en quelques secondes par une machine sans affect, sans fatigue et sans dignité à préserver.

Mais réduire la pornologie à une simple fonction de recherche serait une erreur grossière, presque insultante pour celles et ceux qui y ont sacrifié des années de leur vie sociale par seul dévouement pour leurs prochains. Car ce que l’IA ne sait pas encore faire, ou fait mal, c’est le détail inutile, l’intuition inexplicable, la reconnaissance par le décor, le souvenir imprécis, la sensation plutôt que la donnée… Elle ne comprend pas la nostalgie d’une scène oubliée sur laquelle nous avions pris un pied énorme un soir en rentrant du collège puis que nous n’avions plus jamais retrouvée nulle part. Elle ne comprend pas encore l’attachement irrationnel à des actrices que le monde a déjà reléguées au fond de ses disques durs une fois leur carrières de bassines à foutre terminées mais que nous, humains en chair et en os, n’oublieront jamais.

Surtout, comme le rappellent nos témoins, le métier ne disparaît pas : il se déplace. Du mainstream vers l’amateur, du “qui est-ce ?” vers le “qui a encore ça ?”. Le pornologue devient alors moins un moteur de recherche qu’un conservateur d’œuvres rares.

Certains annoncent la fin inéluctable de la profession. D’autres, plus spécialisés, estiment que l’humain conservera toujours une longueur d’avance dans les niches, les marges d’erreur où l’algorithme hésite encore.

Une seule chose est sûre : si le pornologue disparaît un jour, il ne sera pas remplacé par une IA… mais par le silence, ce triste moment où plus personne ne demandera rien à personne, parce que tout sera déjà indexé et accessible. Et ce jour-là, la technologie aura gagné, certes, mais au prix d’un monde un peu plus fade et surtout bien plus individualiste où la notion d’entraide aura perdu beaucoup de son sens.


Article rédigé par : Claude

Un énorme remerciement aux pornologues : FeetAsiatique, RaieAnalle et Pornovore. La nation vous est reconnaissante.