Musiques pour chouffins
Vous connaissez sûrement déjà le chouffin, cette créature hybride, mi-barbu, mi-farfadet des forêts, qui, du haut de ses 30 ans de pucellerie bien tapés, erre dans les festivals de Metal vêtu d’un t-shirt noir, bien trop serré pour sa carrure, orné d’un groupe de musique dégueulasse, d’un loup criant au clair de lune ou bien d’une référence à l’une de ses séries fétiches : Rick & Morty dans 99% des cas.

Ses passions ?
- La bière, mais attention : pas la bière de clodo. Uniquement la sainte Chouffe ou autre mixture ayant macérée dans des matières inconnues avant d’être commercialisée.
- Les jeux de rôle où il s’imagine sauver son royaume pour enfin obtenir les faveurs d’une dame.
- La série Kaamelott, qu’il adore plus que de raison et qui constitue sa référence primordiale en terme d’humour.
- Et enfin : la musique
Mais gare au non-initié qui s’aventurerait à parler musique avec un individu de type chouffin. Cet animal peu commun n’écoute pas n’importe quelle musique. En effet, il l’annonce fièrement à qui veut l’entendre et surtout à qui ne veut pas l’entendre : il n’écoute pas « tes merdes commerciales qui passent sur NRJ, toi le zombie du système. XD ».
Comment ne pas éprouver une certaine fascination face à ce mammifère qui accorde si peu d’importance à son apparence alors que, paradoxalement, il met un point d’honneur à glorifier ses goûts musicaux et à les faire entendre de tous ? Comment appréhender une discussion avec un chouffin sans connaître ses mélodies préférées ?
Aujourd’hui, grâce à ce reportage signé ClodoNews, nous plongeons dans l’univers musical du chouffin afin de découvrir ses styles musicaux favoris et de comprendre les mécanismes qui expliquent ses goûts si… particuliers.
Qu’écoute le chouffin ?
Le Black Metal
Si le chouffin est majoritairement vêtu de noir, ce n’est pas pour se protéger du soleil, avec lequel il ne rentre jamais en contact de toutes manières, mais plutôt car, dans son imaginaire adulescent, il se veut l’incarnation de l’ombre dans la nuit. Il revêt la couleur noire car elle est symbolique de la haine pure de la lumière, lumière qui, par extension, représente la joie (la joie est un concept que le chouffin méprise fermement).
Avec un tel fanatisme voué aux teintes obscures, c’est tout naturellement que le chouffin s’éprend de la musique Black Metal. C’est le style musical fétiche pour lui car il est la quintessence de la révolte contre les normes de la société moderne (comprendre les normes inculquées par papa & maman à la maison). D’autre part, écouter du Black Metal dans l’espace public fait généralement fuir les gens, ce que le chouffin, être associal par définition, apprécie fortement.

Ah sacrés chouffins, ils ont pas l’air cons tiens…
Mais surtout, l’appétence de nos amis chouffins envers le Black Metal s’explique par le supposé « élitisme » qu’elle requiert pour être appréciée. Dans l’adoration ostentatoire de cette musique, le chouffin espère démontrer au reste de la société que lui seul est assez intelligent pour saisir la pertinence d’une horrible chanson de 9 minutes de long (minimum) ponctuée par d’insupportables guitares ultra-saturées, et surtout, un « chant » si guttural qu’il en devient presque inaudible pour l’humain normalement constitué. Ajoutez à cela des textes aussi ridicules qu’immatures (innombrables références aux dieux nordiques que le chouffin a découvert il y a quelques mois à peine grâce à « Vikings » sur Netflix) et des productions qui sont, selon les fans, « volontairement » nulles à chier et amateures afin de rendre l’aspect sonore plus crasse, mais plus « profond », et vous obtenez le Saint Graal pour le chouffin : la musique ultime qui permet de repousser les femmes sans même avoir à faire l’effort de leur parler.
“Tu comprends pas les paroles ? Normal. Elles sont en norvégien ancien, connard. Moi je les comprend mais je te dirai pas.”
Le Power Metal
Vous pensiez que l’on ne pouvait que difficilement faire pire que le Black Metal ? En effet, c’est difficile, mais c’est toujours possible grâce à l’existence du Power Metal. Dans l’univers de nombreux chouffins, le Power Metal est au-dessus de Mozart, au-dessus de Dieu voire même au-dessus d’un épisode de What The Cut avec Antoine Daniel (qui est d’ailleurs Dieu pour un chouffin).
Lorsque le chouffin se plonge dans le Power Metal, il accède à un univers imaginaire au plus profond de sa psyché malade. Il s’imagine en preux chevalier (un peu comme quand nous, humains normaux, avions 5 ans. Souvenez-vous) parcourant des terres désolées au rythme d’une bande-son guerrière, face à des dragons ou autres créatures fictives censées être terrifiantes pour le petit cerveau encore en construction du chouffin. Dans son royaume magique, l’auditeur de Power Metal pourfend ses ennemis en effectuant des solos de guitare, instrument qui fait d’ailleurs aussi bien office d’épée légendaire que de substitut phallique pour ces chouffins peu gâtées par la nature.

Cette musique kitsch au possible, nauséabonde et foncièrement immature permet au chouffin d’enfin vivre dans le roman de fantasy qu’il s’est promis d’écrire depuis des années mais qu’il n’a toujours pas publié. C’est d’ailleurs pour cela que les paroles d’une chanson de Power Metal ne volent jamais bien haut et ne se résument qu’à de la piètre fan-fiction audio pour adulescents en mal d’identité. Certes c’est grandiloquant mais c’est aussi complètement débile et s’apparente le plus souvent au poème que l’on écrivait en CM2 après avoir maté Le Seigneur des Anneaux.
Si par malheur (ou par curiosité morbide) vous vous retrouviez encerclé par une horde de chouffins power métalleux, grimés de leurs des capes de carnaval et brandissant fièrement leurs haches de guerriers en mousse de guerrier, sachez que toute tentative de dialogue est vouée à l’échec. En effet, ces excités du bulbes ne s’exprime qu’à travers couinements particulièrement aigus et irritants et autres hurlements débiles dignes des pires films médiévaux tels que : « ARE YOU READY TO FIGHT FOR GLORYY? » auquel toute la meute trempée de sueur bien salée et visqueuse répondra « YEEEEEEAAAAAH ».
Les OST d’anime et de jeux vidéos
Nous franchissons un pallier dans le ridicule avec l’intrigante adoration que le chouffin peut vouer aux OST des dessins animés et des jeux vidéos qui sont normalement réservés à ses petits neveux. Complétement risible n’est-ce pas ? Pas pour le chouffin qui en écoutant ses bande sons préférées sur YouTube, se considère véritable esthète grand amateur du synthé orchestral, ce qui fait de lui, de facto, un être supérieur à vous.
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l’écoute d’une pauvre boucle de trois notes de piano avec des touches de synthé et de violons suffit au chouffin pour s’enorgueillir de son hégémonie culturelle. Sans éprouver la moindre honte, le chouffin vibre sur ses OST de gamins, il ne fait qu’un avec. Lorsqu’il déambule dans les rues de sa ville lors d’une de ses rares sorties dans le monde extérieur, immense casque de gros plouc vissé sur les oreilles, il frétille intérieurement en écoutant le Main Theme de Final Fantasy X comme s’il portait le poids du destin d’un royaume sur les épaules. Alors qu’en réalité, ce con va juste à la boulangerie.

Le chouffin fan d’OST est vraisemblablement l’animal le plus doté de sensibilité parmi tout le bestiaire. Il est le porteur d’une facette plus “émotive » et « romantique » de la famille chouffin. Il n’est d’ailleurs pas rare de le voir pleurer, yeux rivés vers l’horizon, lorsqu’un final avec violons, flûtes et chants grégoriens lui rappelle la mort de son personnage préféré. Ainsi, il est encore moins rare de voir d’autres personnes le frapper pour l’aider à sécher ses larmes et mettre fin à ce spectacle ridicule.
Les musiques médiévales
Avec le chouffin et la musique médiévale, nous quittons ici le simple concept « d’écoute », pour notre créature, la musique médiévale est bien plus qu’un genre musical. C’est un style de vie, une réincarnation, une transcendance.
En effet, dans l’unique but de pousser le curseur de l’originalité et de la démarcation avec ses pairs au maximum, El Choufino a soudainement considéré que « la vraie musique » était celle de l’époque où les gens parlaient en vers, se battaient pour l’honneur, et où chaque repas se faisait au son du luth et des répliques de Perceval. La chanson parfaite du chouffin médiéval doit donc être uniquement composée de flûtes jouant rythmes endiablées, tambourins et voix nasillardes comptant les exploits potaches du héros du village.

Mais le chouffin aime-t-il réellement ce style de musique ? Apprécie-t-il vraiment porter sa côte de maille toute une soirée en compagnie de ses amis aussi atteints que lui ? Rien n’est moins sûr connaissant l’irrépressible envie du chouffin de toujours vouloir faire son intéressant. Comment peut-il décemment écouter cela et nous regarder droit dans les yeux pour dire qu’il aime ce qu’il est devenu ? Certaines choses dépassent l’entendement du commun des mortels…
Avec une bonne bière d’abbaye et de la venaison séchée-fumée ça passe crème.
Le rap de chouffins
Comme il aime le dire lui-même : « Le chouffin n’écoute pas de rap ».
Vraiment ? Rien ne saurait être moins sûr. Ces dernières années, la culture musicale du chouffin s’est étendue à des sphères plus urbaines pour s’essayer à la musique rap mais, encore une fois, pas n’importe lequel : le rap de chouffin.
Sorte d’enfant démoniaque entre le rap de blancs, le rap de ienclis et le rap de youtubers, le rap de chouffin se distingue par des idoles et des codes bien particuliers qui se doivent d’être respectés à la lettre sans quoi ce ne serait plus du rap de chouffin mais simplement du « rap de racailles« .

Le chouffin n’a cure des histoires de drogues, de gun et autres bizarreries gangsteresques à la Bande à Bilel. Non, son vrai combat n’est pas contre la société, mais contre soi-même, contre le vide existentiel du dimanche soir et contre son ex qu’il a connu sur Discord mais qu’il n’a jamais vu en vrai (il faut dire qu’elle n’avait que 13 ans).
Les artistes représentant fièrement ce mouvement répondent tous à des exigences spécifiques du chouffin en termes de musicalité ou de lyricisme :
- Orelsan (“les vieux trucs hein, pas les trucs commerciaux”).
- Bigflo et Oli (“Eux ils disent des trucs vrais et ils ont pas besoin de gros mots pour le dire”).
- Lomepal (“c’est un véritable poète »).
- Oxmo Puccino (“lui c’est le Baudelaire du bitume”, dit-il, alors qu’il n’a jamais lu Baudelaire).
- Et bien sûr, Stupeflip, (« d’habitude j’aime que le rock mais Stupeflip ça a un côté anarcho-punk-rap-chelou et totalement décalé xD”).
Si il est très difficile d’apprécier la présence d’un chouffin rappeur dans notre environnement, c’est principalement car ce dernier a tendance à sur intellectualiser le rap, comme si il se devait absolument de trouver quelque chose d’intêret dans la punchline « Cadillac c’est CACA, Caca d’amour. ». Comme ce méprisable cuistre sait pertinemment qu’il n’a pas la motivation, ni les capacités, de s’intéresser à la poésie, il pense pouvoir faire prévaloir une sorte de savoir et d’ouverture d’esprit en interprétant le rap à sa manière et se sentir, une nouvelle fois, l’être supérieur qui « écoute un peu de tout« .
Il se sentira éminemment intelligent en calant des vieilles punchlines de merde issues de ses rappeurs dépréssifs favoris avant de dire, de façon relativement pénible : “T’as vu comme c’est profond ? C’est ça le vrai rap.”. Il y a d’ailleurs fort à parier que cet avorton use de son temps libre pour expliquer les savants textes de VALD et Lorenzo sur RapGenius, s’empressant ensuite de partager ses trouvailles à ses amis du net qui le bloqueront immédiatement avant de se confondre dans le malaise le plus profond.
La prétention musicale comme art de vivre du chouffin ?
Comme nous avons pu le constater, le chouffin dispose de goûts hétéroclites se rejoignant toutefois dans un dénominateur commun : la recherche de l’originalité. Véritable victime du syndrome du personnage principal (explicable facilement par le fait que le chouffin se considère constamment dans un jeu vidéo, dans une simulation dont lui seul est le héros), le chouffin ne recherche pas le bon goût.
Cela ne l’empêche cependant pas de clamer le contraire. Pour survivre, le chouffin doit suggérer avec condescendance, faire montre de son peu de connaissance et balancer 2-3 « Echec de rimeeeeee » à toutes ses connaissances. Son unique usage de la musique n’est pas récréatif, mais seulement dans le but de prouver sa supériorité spirituelle, culturelle, et potentiellement raciale si vous le laissez parler un petit peu trop longtemps.
En guise de conseils à tous les lecteurs, sachez qu’il est impossible de raisonner un chouffin. Lui qui se veut pourtant parangon d’ouverture d’esprit rejettera systématiquement toute autre référence musicale que celle qu’il a lui-même « découvert » : “Ouais j’connais… C’est sympa, mais bon… Non en fait c’est d’la merde faut le dire. Désolé mais moi j’ai grandi avec Opeth, tu vois ? C’est plus organique. On parle pas le même langage.”
C’est ainsi. Quand il parle musique, le chouffin devient philosophe de comptoir. Alimentez-le en chouffe et saucisson bon marché de chez LIDL, et la bête se transformera en une entité indescriptible capable de défendre The Processus – The Non Dialogue Of Inner Voices tout en vous citant maladroitement du Nietzsche, Jung, Miyazaki, Joueur Du Grenier, Kant et JoeyStarr et le tout, dans la même phrase.
Malgré sa volonté affichée d’être trop différent, trop HPI pour le reste du monde, le chouffin n’est au final qu’un rebelle inoffensif, qui crache sur la culture populaire pour se sentir vivant alors qu’il ne fait qu’entretenir une culture tout aussi surfaite et fade que celle du french dreamer commun. A la seule différence près que, lui, le chouffin, tout le monde le trouve chiant, pédant, moche et en grand besoin d’une douche hebdomadaire.

Chouffin en train de juger le lecteur.
Article rédigé par : Gunther 



Pendant la 3e année de médecine, une unité d’enseignement entière est consacrée aux pathologies du chouffin. C’est majoritairement son régime et sa manière de headbanguer qui sont les causes les plus sales de cirhoses non dûes à la vie de clodo, et de tassement vertébraux non due à des levrettes de tirailleur sénégalais
Je confirme. Je suis moi-même médecin et tirailleur sénégalais