Louis Sarkozy : L’interview politique
C’est l’homme parfait. À la fois masculiniste, féministe, doux, fort, viril, bagarreur, rebelle, cultivé, aventurier, cavalier, motard, philosophe, millionnaire, strabique, gamer, militaire, musicien, Louis Sarkozy est le prince charmant de toutes les demoiselles de ce monde. Il a fait encore plus de trucs et de machins que Bernard Lavilliers, c’est dire… ! Même Johnny Depp, Aaron Taylor-Johnson, Henri Cavill, Emmanuel Macron, Lee Byung-hung, Mads Mikkelsen et autres Matthew McConaughey lui demandent des conseils pour séduire les dames. Il a même tamponné Sarah Knafo avant Alain Soral (et il a aussi baisé sa femme), bref, Louis Sarkozy est imbattable comme introllable sur tous les domaines. Fort d’une culture ahurissante dépassant largement l’ego de Mélenchon, Louis Sarkozy sème une soif d’idéal dans un monde moderne devenu très sec. Disons les choses honnêtement, il est pourquoi la terre est belle.
Imaginez donc notre surprise, notre joie, notre jouissance, quand nous avons reçu un SMS de la part du maître des maître, du prix Nobel de beauté, de l’Apollon français, afin de nous confier qu’il avait quelques informations exclusives à nous transmettre. Ni une ni deux, nous enfourchons notre scooter et nous nous rendons à Menton dans la résidence de Louis Sarkozy. Enfin… il s’agissait surtout d’un manoir.
– Il est friqué le fils Sarkozy bordel. 
– C’est pas à lui c’est à sa famille. 
– Oh le pauvre c’est pas à lui. 
Un homme nous attend, manches retroussées laissant apparaître ses énormes biceps, sourire enjôleur de daron solide, barbe en poils de couilles repassée à l’huile de ricin, et… yeux écartés de 26 centimètres.
– Bonjour. 
– Oui Sid le Paresseux ? Que me veux tu ? 
– Je suis Louis Sarkozy, enchanté. 
– Oh veuillez me pardonner, je vous avais pris pour un autre. 
– T’abuses. 
– Il a les yeux revolver, c’est pour ça. 
– Vous êtes les journalistes de ClodoNews ? Je pense que vous êtes tout indiqués pour recueillir le suc de mes aventures rocambolesques.

– … J’ai rien compris. Ou alors c’est moi… 
– Non moi non plus j’ai rien compris. 
– Venez, marchons un peu. Nietzsche disait que marcher, ça aide à se déplacer.

– … 
– Un jour, j’ai eu une chiasse carabinée mais vraiment… euh… c’est peut-être la première fois de ma vie… où j’ai eu peur en fait. Je ne me rendais pas compte qu’un anus pouvait à ce point s’enflammer.

– … 
– Il y a plusieurs années, quand je marchais à travers l’Europe de l’Ouest… Je me promenais du coté de Barcelone, sur les sentiers du Mont Tibidabo. J’étais arrivé au bout de ce chemin et je suis arrivé dans une clairière où il y avait un lac, très isolé. Il y avait de grands arbres tout autour. Il y régnait un silence de mort. Lourd. Et sur le lac j’ai vu une jolie femme qui se baignait mais elle pleurait…

– … Ok ? 
– Alors j’ai croqué dans un citron. Un citron de Menton…, je pensais pas qu’un citron pouvait avoir… cette couleur là.

– … C’est une façon de nous dire que vous êtes candidats à la mairie de Menton ? 
– Pas du tout, je n’ai aucune ambition politique. 
– Même… aucune idée politique ? 
– En fait, le vrai problème de la France… c’est les anachorètes polyfactoriels du management triangulaire de notre économie néo-libérale.

– … Ouais c’est pas faux. 
– Il faut que l’on reconfigure notre liberté parce que… en fait la liberté, c’est fou comme on est pas enfermés.
– … Je vois. 
– La liberté, c’est comme une goyave. C’est très exotique mais en même temps très sucré, vous voyez ce que je veux dire ? Vous avez déjà mangé une goyave ?

– … Euh… pas que je sache, en général je me cantonne à la production loc…

– Ouais ouais ta gueule ta gueule, eh ben moi… une fois… j’ai mangé une goyave…, je savais pas qu’un fruit pouvait avoir un tel goût.

– C’est-à-dire… ? Acide, sucré… ? 
– Non un goût… 
– Un goût ? 
– Un goût quoi. T’es pas très fute-fute toi hein ?

– … 
– Vous voyez… ah attendez, on va s’abriter parce qu’il pleut. D’ailleurs, quand on y pense… la pluie, c’est de l’eau qui tombe, mais vers le bas en fait.

– … C’est pas con comme analyse… 
– Ouais c’est une vision que j’ai eu en rêve. D’ailleurs, quand on rêve, on est pas réveillé, c’est ça qui est fou. On perd du temps, surtout que le temps passe mais jamais en arrière, je sais pas si vous avez remarqué ça.

– Si si. 
– Ouais… je sais c’est la vérité dure… mais ce qui est bien avec la vérité, c’est que quoiqu’il arrive, ça reste vrai, on peut pas y échapper. Heureusement qu’on a ça.

– 
– 
– … Mais… vous avez… je sais pas, des plans pour le futur… ? Des projets… ? Des choses à nous dire ?

– Ahlala… quelle drôle de chose que le futur. C’est comme demain mais pas encore tout à fait.

– Vous connaissez Jacques de La Palice ? 
– Bah évidemment, j’ai… j’ai vu tous ses films.

– … D’accord. Donc vous savez ce que c’est qu’une lapalissade ?

– Oui. Excellent jeu de caméra, c’est dingue… je crois que c’était David Lynch le premier à faire ça.

– … Je vois. 
– En parlant de David Lynch… Parfois j’écris des poèmes.

– Impressionnant. Je ne connais personne aujourd’hui d’assez courageux pour écrire un poème. Allez-y, récitez nous en un. 
– … Ô toi, céleste praline / Dans ma gorge ondoyante / Tu viens tu me câlines / Tu es vraiment très gouleyante.

– … C’est sur quoi ? 
– Le café, le nectar des conquistadors. 
– … Ah bah j’avais compris tout autre chose !

– Comme quoi ? 
– Rien. 
– Dites. Allez… ! Dites. 
– Rien rien, une réminiscence d’Antonin Artaud.

– Vous n’avez pas la fibre optique, c’est tout.

– … La fibre poétique ? 
– Oui, c’est ce que j’ai dit. Moi, j’ai lu Baudelaire par exemple. Baudelaire qui est incroyablement… incroyable. C’était un type qui écrivait… mais en écrivant, vous voyez ce que je veux dire ?

– 5 sur 5. 
– Il écrivait tellement bien que ses phrases sont bien écrites.

– Je peux pas vous donner tort pour le coup. 
– Alors vous m’avez pas posé la question mais j’y réponds quand même, oui j’adore l’Histoire. L’Histoire, c’est le passé mais que l’on raconte au présent. Et Napoléon par exemple, c’est tellement incroyable… que c’est à peine croyable.

– Voilà une phrase qui restera peut-être. 
Là-dessus, Louis Sarkozy arrache sa chemise d’une seule main et d’un seul geste, tel un Kazuma Kiryu hongrois, et se met à bomber le torse face à nos caméras.
– Vous avez vu mes tatouages ? 
– Malheureusement. 
– Vous voyez, là, c’est le faisceau romain. Ici c’est l’aigle de Napoléon.

– Et la longue tige sur votre bras qui ressemble à s’y méprendre à un godemiché ?

– … Un souvenir au cap d’Agde, rien d’important. Le problème avec le tatouage, c’est qu’on en fait un, puis après deux et puis trois, puis après quatre et… euh… où j’en étais ?

– Bah après y’a cinq.
– Non mais je voulais dire quelque chose… 
– Ça devait sûrement être capital. 
– Tais-toi un peu et écoute. 
– Oui pardon, ce serait dommage d’en louper un bout.

– Pourquoi vous avez un plan tatoué sur le dos ? 
– Ah ça c’est le plan de la prison de Mantes-la-Jolie, où mon père est détenu ; comme ça il pourra s’évader quand je lui rendrais visite. Quand il l’a su, il m’a dit » crétin » maintenant il en rigole.

– … 
– Ah le soleil revient. C’est dingue comme il fait jour quand il est là. Vous savez, une fois je me suis torché le cul avec une feuille d’acacia après deux heures de balade à cheval sur le massif des maures… et je pouvais pas imaginer qu’une feuille… pouvait irriter autant la peau. 
– … 
– … Ouais je sais je suis un peu philosophe. J’aime beaucoup Marc Aurèle… il explique vraiment qu’il faut être soi-même. Être soi-même, c’est le meilleur moyen de ne pas être quelqu’un d’autre. Sinon on vit la nuit. Quoique la nuit, c’est comme le jour mais sans la lumière. C’est ça penser… penser c’est réfléchir avec sa tête, pas avec ses bras. Ah tiens nous arrivons sur la plage de Menton.

– … Vous avez des choses à dire sur la plage aussi je présume ? » J’ai compris que la mer, c’était la vie : parfois calme, parfois humide. «

– Non moi je dirais plutôt que… sur la plage on voit bien que le soleil se couche, mais il se lève ailleurs, et ça c’est une belle leçon de géographie intérieure. Parce que quand tu regardes l’horizon, t’as l’impression qu’il te regarde aussi.

– 
– Mais vous voyez, par exemple, et c’est pour ça que je veux devenir maire de ce bled de prolos mal baisés, qu’est-ce qui vous saute aux yeux sur la plage ? La première chose hein ? C’est le sable hein ? C’est le sable blanc ? Alors que le fléau de notre société, et toute la gauche s’accorde à le dire, est l’homme blanc, la plage ose le blanc. Mais la plage c’est aussi la mer, et qui dit mer dit mère patrie, et alors là c’est le symbole d’une politique liquide du… du… je ne sais pas trop quoi mais c’est ça, c’est des histoires de politique tout ça. 
– … 
– Les gens ils aimeraient venir sur la plage et dire… oh quelle belle tonalité de brique ce muret et… quelle splendide asymétrie dans la disposition des glaciers… mais on leur laisse pas le choix parce que tout est focus sur le sable blanc. Vous voyez ?

– Hein ? Oui oui. 
– Vous vous éloignez ? Je vous fais fuir ? 
– Non pas du tout mais… le temps passe quoi. 
– Allez je vous paie une glace. 
– Ah. Si y’a une glace, je peux bien rester une minute ou deux.

– Vous prenez à quoi ? 
– Pistache. 
– Vous savez la pistache… 
– Oh diantre. 
– La pistache… c’est…, ce qui est fort dans la pistache, c’est qu’il faut l’ouvrir pour la comprendre. Comme les gens.

– … Oui, c’est ce que disent les médecins légistes. 
– Ah ça par exemple c’est bien trouvé. 
– … Vous trouvez ça spirituel vous ? 
– Ah bah » spirituel « … peut-être pas au point d’avoir une épiphanie mais c’est… une astuce quoi, y’a quelque chose.

– 
– 
– Je vais la noter. 
– 
– Oui, comme je disais la pistache, c’est un peu le coroner. On est obligé de l’ouvrir pour la comprendre. Comme avec les gens.

– … C’est moi qui vient de dire ça. 
– … 
– 
– Je vais prendre une glace à la framboise. 
– … 
– Oh puisque vous me parlez de framboise, ça me fait penser, je suis fan de Formule 1. La Formule 1, c’est plus que des voitures… c’est des voitures mais qui vont plus vite que des voitures.
– Monsieur Sarkozy, comme on dit que vous voulez devenir maire de menton, que votre père était président, que vous êtes chroniqueur chez VA… etc… on se disait peut-être… vous auriez des choses à nous dire sur les français, sur la crise politique, sur… les institutions à changer… ou même des faits de société.

– Ouais faut nous donner quelque chose, qu’on puisse le ratifier sur nos papelards…, même si ça rempli un coin de nappe, on va se démerder. 
– … 
– … 
– Je vous ai dit que j’adorais le pâté ? 
– … 
– Rose comme la vie. Quand je mange du pâté, je vois la vie en rose. 
– … BON. 
– Venez on va se faire un steak frites. J’ai eu cette passion pour le steak frites en vivant à New York. 
– NON. On a pas le temps. 
– … 
– … Faut que… euh… Ah zut, j’avais promis à ma grand-mère de lui expliquer Internet avant qu’elle meure. 
– Moi… euh… je me suis chié dessus, faut que je rentre prendre une douche. 
– Mais on sent rien. 
– … Oui non je me suis trompé… euh… en fait, j’ai laissé mon four allumé… dans un autre pays.

– 
C’est ainsi que nous avons pu nous extirper de la conversation afin de rejoindre rapidement notre scooter et repartir en direction de ClodoCity, histoire de mettre sur papier cette trépidante interview. Mais alors que notre journaliste tapait sur son clavier, son iClodophone sonna :
– Menthe allô ? 
– Salut c’est Louis Sarkozy. 
– … 
– Je fais un badminton cet aprem, ça te dirait de venir ? 
– 
– S’il te plait. 
– 
– Tu sais le badminton, c’est qu’il faut renvoyer… même quand t’as rien demandé. Quand je joue, j’oublie tout. Sauf que je joue. Le volant, c’est un peu le volant du destin et le filet, c’est la barrière entre toi et toi-même. Alors tu viens ?

Article rédigé par : Djokaire 


Octopute
C’est un chroniqueur au Monde, walah