Le bar est l’un des seuls espaces publics, et peut-être même le seul, où l’on se sent bien. Il est l’unique lieu de perdition où l’on peut être soi-même. Oui, vraiment soi-même, dans son plus simple apparat, tel que le créateur nous a conçu. Ce que j’apprécie dans un bar c’est qu’il n’y a pas de triche, nous ne pouvons mentir et, sous l’euphorie de l’alcool qui fait pousser des couilles, nous reflétons obligatoirement notre image réelle, qu’elle soit celle d’un buveur solide ou celle d’une sale victime.
Moi José, alcolo de qualité doté d’expérience dans la gnole qui n’est plus à démontrer et qui se compte en années, je me sens comme un cowboy aux grosses burnes qui fait la loi dans son saloon favori. En revanche, toi, le lecteur, n’est qu’une pauvre âme perdue qui se fait humilier dans son coin par toute la faune du PMU, ton mini-verre en main, une paille entre les dents, le regard perdu dans le vide avec l’air de celui qui attend que la soirée prenne fin.
O seigneur, mais quelle victime tu fais ! J’ai cependant envie de t’aider à changer. Non pas car tu m’inspire de la pitié et tu titilles mon empathie, rappelle-toi : je n’ai aucune peine (
). Mais plutôt car la simple vue de ta léthargie et de ton incommodante présence dans mon bar me révolte.
Va donc, vulgaire péon, va lire notre article d’utilité publique afin d’apprendre à devenir un homme et d’enfin savoir commander un verre dans un bar avec style :
Comment commander un verre dans un bar ?
C’est là que j’interviens. Moi, José, le maître de la soirée, ou bien le master de la ceremony (D’où la fameuse abréviation « MC ». Le saviez-vous ?) comme on dit chez les américains (J’ai fait anglais LV1 jusqu’à la fin de ma scolarité en 4ème. Le saviez-vous ?).
Car moi, je suis supérieur en tout points à toi. Sais-tu pourquoi ? Car je possède des attributs physiques que tu n’as pas, comme un appareil génital par exemple, qui me permettent d’être charismatique au moment de commander une boisson à me faire servir.
Oui je dis bien me faire servir, à l’inverse de toi qui va la plupart du temps te servir toi-même en bégayant car, en toi, tu n’as que de la crainte. C’est un fait : tu bois avec la peur. Tu représentes ce genre d’ahuri qui, quand il s’agit de commander, regarde le barman comme si il venait de débarquer d’une autre planète. « Heu, je euh… un cocktail, s’il vous plaît ? Enfin si ça vous dérange pas héhé. Je euh… Oui ?«

Sois un homme, bordel !
Tu veux un verre ? Alors commandons ce verre ! Oui je vais te guider. Comme un père le ferait pour sa progéniture qui se chie encore dessus (Ouais je suis comme ça, j’ai le don paternel tu vois, je suis à l’aise avec les mioches après c’est pas pour me vanter chère lectrice mais, comme un ami a un jour dit sur Twitter : « je suis presque célib si jamais« ).
Bref, revenons à ton premier vrai verre de bonhomme. Commandons-le avec assurance. Vas-y, montre-moi ce que tu sais faire :
– Heu, je voudrais un virgin mojito, s’il vous plaît. 
– Hmm ? Y’a quoi ? Qu’est-ce que je lui sers au ptit garçon ? 
– Euh… J’ai-j’ai dit un virgin mojito siouplait. J’ai-j’ai vu sur le menu que vous en faisiez. 
– Faut parler plus fort gamin. Je vais pas te manger tu sais héhéhéhéhé *rire gras de barman*

– Un VIRGIN MOJITO s’il vout plaît 
– Virgin Mojito ? Mais c’est les mocktails ça. T’es un homme non ? Attends… Me dis pas que t’es un fucking fag ?

– José ! Help ! Je stresse, j’ai paniqué. Aide-moi s’il te plait. Je suis censé faire quoi là maintenant ? 
Ah mais putain NON ! Qu’est ce que tu m’as fait là ? Sois un homme, sois normal je sais pas ou au moins fais semblant d’être un humain un peu digne de ce nom. Bon puisqu’il faut tout faire soi-même je vais te montrer. Quand tu veux ton verre, tu le veux fort. Tu dis :
– Un whisky, et que ça saute ! 
– Ok boss ! 
– Et tu me met la même chose pour le p’tit. 
– Ok le J. Encore désolé. Je savais pas qu’il était avec toi. 
– Ca ira pour cette fois. Mais pour le coup, tu vas me rincer à l’œil. Tu oublie l’ardoise. 
– Oui José… Désolé boss. 
Voilà. Tu sens la différence ? Faut que tu te fasses respecter comme si tu commandais une armée de petits soldats qui vont se faire exploser le fion gaiement par un drone juste parce que toi et tes amis industriels en ont décidé ainsi au clubhouse du terrain de golf la semaine dernière. Le barman doit avoir peur de toi, ou au moins avoir une vague admiration pour tes cojones. Et c’est pas une mission de tout repos parce que les barmen sont des margoulins. Ils vont profiter de la moindre faille dans ton logiciel de pucelle. Donc quand t’es en face d’eux, je ne veux pas entendre le moindre « merci » et encore moins de « s’il vous plaît« .
C’est « Comme d’hab’. Et vite ! ». Voilà comment il faut faire passer le message. Pas besoin de mots, il n’y a que la monnaie qui parle; et le regard aussi. Emprunte ton plus puissant regard de défi. Ce regard de portugais là, tu vois ? Est-ce que tu me vois con de lecteur ?
Aies du style
T’es là pour quoi ? Pour siroter un verre à la paille en écartant mollement le parasol miniature qui sert de décoration à ton breuvage, breuvage que nombreux qualifieraient d’ailleurs de cocktail anti-hétérosexuel, ou t’es là pour briser des cœurs et des culs par la seule force de ta prestance et de ton style ?
Si tu veux qu’on te respecte, faut pas que tu ressembles à ce mec qui a peur d’être vu quand il n’a pas eu le temps de mettre son gel fixation béton le matin. Non, trêves de futilités féminines. A partir de maintenant, tu vas juste porter un blazer de mafieux ou un chapeau de cowboy. Et surtout, tu vas avoir un flingue. Tu le laisse juste un peu dépasser du blue jean pour montrer que t’es arrivé armé, calibré, broliqué et chargé (dans cet ordre là).

Ensuite on va travailler sur ton regard et ton langage corporel. Il faut que tu démontre une attitude qui crie : « Ouais j’ai du cash, mais je vais quand même boire que les trucs les moins chers parce que je m’en bas les couilles. ». Car pour tous vrais hommes, la seule chose qui compte c’est le ratio prix/défonce et ce ne sont pas les amateurs de bières de clodos qui vous diront le contraire. Le barman devra te servir avec la révérence d’un vulgaire écuyer devant son seigneur. Rappelle-toi, c’est toi qui fais le show ici, pas lui. Lui n’est là qu’avec pour seul fonction de t’imbiber d’alcool pour un SMIC à la fin du mois, pas pour devenir ton pote.
Et cette domination sur le staff sera remarquée de tous. Notamment par la gente féminine. Oui, ce sera ton tour, ton moment de rentrer dans le bar, tout seul comme le loup solitaire venu tuer son spleen sous les néons du bar. Paré d’un ton regard ténébreux le plus intense, tu pourras t’accouder au comptoir avant qu’une charmante demoiselle ne te demande :
– Qu’est-ce qu’un bel homme comme vous fait-il dans ce trou paumé ? 
– Je pourrais vous retourner la question. Hé barman, Un verre pour madame et que ça saute. C’est pour moi.

– Alors comme ça vous n’êtes pas accompagné ? Vous buvez toujours seul ? 
– Plus maintenant. 
– Ohhhh fais-moi l’amour grand fou. 
Et qu’on ne vienne pas me dire que ça ne marche pas, que ce n’est que du fake… Avec vous, peut-être, ok, tout le monde n’est pas aussi filmique que moi. Toujours est il, ce n’est pas ma faute si quand vous sortez seul dans un bar, vous avez juste l’air chelou. Si vous vous demandez pourquoi vous semblez vous effacer quand vous rentrez dans une pièce, sans jamais captiver l’attention, c’est tout simplement car vous n’avez pas encore le style.
Ne sois pas indécis
Il n’y a rien de plus détestable que les indécis, ces putains de clients, car oui à mes yeux et à ceux de tous mes alcolos solides du bar, les indécis ne sont que des « ienclis ». Des personnes qui ne savent même pas bien boire en sorte. Ce qui est donc, de facto, extrêmement embarrassant.
Ces pauvres bougres passent un temps infini à choisir entre un cocktail ou une sangria, comme si le destin du monde entier reposait sur ce choix critique. Avec mes confrères, on observe ces volailles aux yeux égarés, suant à grosses gouttes en scrutant le menu comme s’ils décryptaient des codes secrets du gouvernement qui leur vaudrait normalement un « suicide assisté à coups de balles dans le dos ». Et ils sont là, ils marmonnent dans leurs duvets d’éphèbe : « Heu… peut-être un cocktail… ou un verre de vin… mais non, finalement, je sais pas trop… ». Ö fils de pute, c’est un bar, pas une réunion de crise à la maison blanche. Personne ne va te demander d’appuyer sur le fameux bouton rouge. Si tu continues à tourner autour du comptoir comme un hamster sur sa roue, le barman va sûrement te demander si tu as besoin d’un peu de fromage à grignoter, ou alors il va t’enculer, au choix. Dans les deux cas il aura raison et je soutiendrai sa décision finale.
Le barman te demande ce que tu veux boire, et toi, comme un chaton perdu dans un panier (quand ils sont encore tout bébés et aveugles là, qu’ils ont l’air encore méga cons), tu n’as pas intérêt à lui répondre :
– « Heu… un gin-tonic, je crois… non, attendez monsieur, j’ai changé d’avis, peut-être un mojito… Oui ça-ça c’est bien un mojito non monsieur? »

TU ARRÊTE CA TOUT DE SUITE. Sois net. Si tu ne sais pas ce que tu veux, alors prends ce qu’il y a de plus classe, et n’hésite pas :
- « Un Negroni, bien serré, avec un zeste d’orange non traitée. »

Et si jamais il te regarde bizarrement, tu le fixes intensément et tu lui dis : “Quoi ? T’as jamais entendu parler de Negroni, mecton ? T’étais encore dans les couilles de ta mère que je m’enfilais des Negronis toute la journée.” Et là, tu seras le mec le plus stylé du bar, parce que tu viens de lui apprendre quelque chose. Ou peut-être qu’il le savait déjà, mais tu t’en fous, tu as tout déballé sans qu’il ait pu en placer une ce qui a donc tout naturellement conduit à son humiliation. Et c’est ça qui importe.
Va chercher ton dû
Enfin, je crois bien que les pires victimes que j’ai à rééduquer, constament, sont les faibles salopes qui sont trop timides pour simplement effectuer une commande.
Ce genre de timides qui, pour faire croire qu’ils sont en contrôle de la situation, prétendent attendre que ce soit le barman qui viennent à eux alors qu’ils sont en réalité juste en train de se faire dessus. Non, non et non ! Tu n’es pas dans un pays civilisé ici, et les serveurs ne répondent à aucun codes de bienséance, tu es en France donc tu vis comme au Far West et tu va me chercher ce putain de verre, tel le lion qui chasse sa proie.
Prends de l’espace. Crois-moi, le barman t’appréciera bien plus quand tu prends l’initiative et que tu n’as pas l’air de trembler à l’idée d’être rejeté. Tu engrangeras des points de respects à ses yeux. Avance, fais-toi respecter, claque ton billet sur le comptoir puis sur le cul de la femme du patron et envoie ton regard qui annonce « Je suis un titan » et que votre interlocuteur « N’est qu’un videur » (Comme l’a un jour très bien dit le rappeur JUL).
Certes, si tu es en terrasse, tu auras probablement la flemme de faire l’insigne honneur de te déplacer jusqu’au comptoir. Alors siffle un bon coup pour alerter l’un d’un de ces cul-terreux de serveurs. Si tu sais pas siffler, apporte un sifflet d’arbitre ça passe aussi. Dans les cas les plus extrêmes tu peux crier « GARCON » d’un ton bien sec. Là, le serveur va forcément se ramener. Pour rester le centre de l’attention, tu peux lui réciter ta lettre de présentation (sorte d’exposé, qui doit durer de 15 à 20 minutes, juste histoire de te présenter à l’assemblée pour faire profiter tout le monde de ton : nom, prénom, date de naissance, aspirations, loisirs…). Lis-moi ça à haute voix et debout sur la table pour que tout le monde entende bien. A la fin normalement les gens présents sur place vont applaudir, et le serveur va te gober les couilles. Ce dernier sera aux petits soins et te demanderas ce que tu veux.

Tu es désormais un vrai passionné de bar
Fini les commandes hésitantes, les regards fuyants et les aveux de faible. En bref, fini d’être un alcolo de piètre qualité. Tu es désormais un buveur de qualité supérieure.
Pour certaines mauvaises langues, toutes les problématiques abordées dans cet article peuvent paraître dérisoires; ce que très honnêtement, je ne crois pas. Je pense plutôt que ces personnes ne sont que des putes (seule explication possible) et jalousent votre charisme recouvré une fois les portes du saloon entrouvertes. A vous, l’alcool à foison, les femmes et les six roses du foie comme on dit dans le jargon médical.
Article rédigé par : José 

Est ce que demander un safe-cup ça fait victime ??
Qu’est-ce que c’est encore que cette diablerie ?
Une capote pour verre, pour pas qu’on y mette de la drogue dedans. Oui je sais c’est bizarre, t’en as qui veulent pas prendre de drogue gratuitement…
Quel gâchis, je hais cette époque de prudes