Les critiques cinéma de ClodoNews font leur retour en fanfare après de longs mois d’absence ! « Enfin » s’exclament les lecteurs fidèles en unissant leur voix aux acclamations de la foule de jeunes africains qui scandent notre nom en nous portant dans les airs tout en effectuant des pas de danses rituels (un peu plus et ils nous offraient en sacrifice aux dieux ces arriérés ahah).

C’est la scène à laquelle vous auriez pu assister si, comme nous, vous aviez été invité par un dictateur centrafricain quelconque (dont nous tairons le nom pour des raisons évidentes) au Festival Du Film Africain De Ouagadougou 2022 pour y délivrer votre précieux avis cinématographique avant de le propager dans les pages des plus prestigieux journaux européens (nous apparemment).

Alors oui, d’aucun nous dirons que nous nous sommes bien branlés les couilles pendant de longues semaines de vacances d’été mais à ceux-ci je rétorquerai : Menteurs ! Et j’ajouterai même : Pharisiens ! pour leur clouer le bec car nous sommes bien loin d’être des tire-au-flanc. Notre retard s’explique par trois facteurs indépendants de notre volonté :

Tout d’abord Claude, le rédac chef, a jugé opportun de profiter de son séjour au Burkina Faso pour s’adonner à sa plus grande obsession depuis qu’il a vu « Lord Of War » : devenir trafiquant d’armes. Ce qui nous a valu un léger contretemps mais surtout de bons moments de franche rigolade !

Deuxièmement j’ai chopé la chtouille + SIDA dès ma première nuit Ouagadouguienne à coups de logobitombo ngoloum ngouloum. J’ai fait fort certes mais rassurez-vous, je ne suis plus contagieux car j’ai passé la fève à une adolescente orpheline la veille de notre départ ahah, j’en suis débarrassé. Et puis mieux vaut l’avoir quand on est jeune comme l’a toujours dit ma grand-mère.

Enfin, notre vol retour a été retardé par l’irruption intempestive de poulets sur la piste de décollage de l’aéroport avant qu’un vieillard ne vienne les attraper pour les manger. Y’a même le pilote qui a en découpé un (de poulet pas le vieillard) avec l’hélice du coucou bimoteur et puis il a rigolé avant de mettre magic system à fond et de nous dire de lire la bible avant le décollage.

Malgré tout cela, nous sommes arrivés à bon port pour le plus grand bonheur des férus de cinéma africain (et nous savons qu’ils sont nombreux) car nous allons enfin pouvoir vous délivrer notre avis sur tous les films qui ont été exposés lors de cette cérémonie de folie :

« L’Affaire Pogba » de Mathias Pogba

Actualité oblige, c’est le film de Mathias Pogba, danseur émérite mais qui doit principalement sa notoriété mondiale au fait qu’il ait un frère footballeur, qui s’est illustré en tant que tête d’affiche du festival de Ouagadougou 2022.

Après la pogbance, le pogmentary et la pogmania voici désormais la dernière déclinaison des produits marketing de la fratrie pogba : Le pogverse. Un projet de série de films inspiré des Marvels retraçant les moindres faits et gestes de la plus célèbre famille franco-guinéenne.

Et dans le premier film du pogverse il y a à boire et à manger : Sorcellerie, maraboutage, enquête policière et même battles de danse urbaine. De quoi laisser le spectateur confus.

Si on ne peut nier la générosité certaine du réalisateur, il faut reconnaitre que ce mélange expérimental entre fantasy, polar, comédie et film de danse résulte au final en un long métrage assez brouillon et pour le moins incompréhensible. Le pire restant le choix des acteurs : les trois frères Pogba eux-mêmes qui ont décidé de mettre leurs querelles de côté l’espace d’un film afin d’acheter une cinquième villa pour la mama.

Faire jouer sa famille et ses amis (on a aperçu quelques repris de justice notoires au casting) n’est jamais une bonne idée et L’affaire Pogba est tombé en plein dans le piège. C’est simple : on ne sait pas qui est qui. Alors qu’on pense voir le personnage de Paul Pogba s’adonner à une scène de magie c’est en fait l’acteur Florentin Pogba qui s’exprime et inversement lors de plein d’autres séquences du film, quelle idée aussi de les avoir tous maquillé de la même façon. Ce sentiment de confusion est d’autant plus renforcé lors des scènes de nuit où il est strictement impossible de décrypter le moindre mouvement des protagonistes.

Bref, ce n’était pas folichon et ce n’est pas le caméo honteux d’Antoine Griezmann (affublé d’une blackface indécente) qui vient sauver les meubles. L’affaire Pogba est un véritable pétard mouillé.

« La Nucléarité » de Eddy Malou

On reste dans le biopic avec le film évènement que toute l’Afrique attendait : le destin du héros Eddy Malou, de son nom complet Eddy Malou Nsimba Abougaza Mukulumpa. L’autoproclamé premier savant de la République Démocratique du Congo, maintenant reconverti dans le cinéma, délivre avec « La Nucléarité » un premier film poignant relatant sa propre histoire et son combat pour la démocratisation de l’estime du SAVWAR dans un Congo obscurantiste.

Nous avons été submergés d’émotion à la découverte de la vie du savant honorée par un casting 5 étoiles (Will Smith ayant été personnellement choisi par le réalisateur lui-même pour jouer son rôle) Monologues à rallonge, scènes de poursuite en rollers et vulgarisation scientifique accompagnées par un travail de caméra et un découpage aux petits oignions… La création d’Eddy Malou s’érige probablement déjà comme le futur monument du 7ème art et de nombreux experts africains militent pour la présence du réalisateur aux Oscars et même, plus surprenant, au ballon d’or après l’échec de Sadio Mané.

Le trailer choc ici :

« Qu’est-ce qu’on y’en a fait au doux jésus ? » de Uvuvwevwevwe Onyetenyevwe Ugwemuhwem Osas

Probablement le dernier vestige du soft power français et du contrôle de l’hexagone sur la Françafrique, « Qu’est-ce qu’on y’en a fait au doux jésus ? » est le remake d’une certaine comédie française avec Christian Clavier que vous n’avez pas pu manquer ces dernières années.

Peu de variations entre le film originel et sa copie Ivoirienne. La rappeur Kaaris reprend le rôle du patriarche occupé par Christan Clavier et passe les 90% du film a vanner ses beaux-fils pour la seule et unique raison qu’ils sont blancs de peau et ont osé marier ses filles sans payer la dot.

Blagues sur le blanc de poulet, sur les blancs qui ne savent pas danser et les noirs qui ne savent pas nager… tous les clichés y passent. Bref, rien de bien transcendant pour la rédac de ClodoNews qui, comme vous le savez déjà, n’est pas très friande de ce type d’humour jouant sur les stéréotypes et sur le manque de respect de la personne humaine. Désolé Uvuvwevwevwe Onyetenyevwe Ugwemuhwem Osas mais nous ne mangeons pas ce pain-là.

« Je Suis Amoureuse De Toi » de Djoëlle Ngakosso

Qui a dit que Afrique et féminisme ne faisaient pas bon ménage ?

Ere post me too oblige, le ministère congolais de la défense des femmes a lui aussi passé la commande d’un long métrage sur la lutte contre le patriarcat afin de redonner la parole à toutes les femmes fortes et indépendantes d’Afrique. Un défi relevé haut la main par la réalisatrice Djoëlle Ngakosso, connue pour la direction de nombreuses séries à l’eau de rose ayant eu leur heure de gloire sur Canal Tropical Télévision (Tropicana TV) entre 13h et 14h.

Heureusement la confection du film n’a pas été 100% féminine. L’intervention du gouvernement congolais a permis d’attribuer à Djoëlle Ngakosso un dialoguiste de génie qui n’est autre que… son propre mari ! Et oui, Luthor Ngakosso s’est lui-même occupé de l’écriture de la totalité des lignes de dialogue du film. Sa plume a probablement sauvé le film d’un destin funeste : celui d’un énième film de gonzesse sur l’amour écrit avec le cul par une fanfictionneuse du cyber. On imagine les prises de tête par lesquelles est passé le duo (qui jouent d’ailleurs leurs propres rôles et ça se ressent à l’écran. Ils sont d’ailleurs les deux seuls acteurs du film) le soir à la case.

Bien qu’au final on est trouvé le film nul à chier, il a quand même presque passé avec brio le test de Bechdel donc on imagine que c’est pas trop mal :

  1. Il doit y avoir au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre : Djoelle est en compétition avec Nefertari pour le coeur de Luthor durant tout le film.
  2. Elles doivent parler ensemble : Luthor enfile lui-même une perruque pour jouer le rôle de Nefertari lors de certaines scènes et garder le contrôle artistique sur sa femme.
  3. Elles doivent parler de quelque chose qui est sans rapport avec un homme ou avec une cuisine : Bon ça par contre faut pas déconner, le peuple congolais n’est pas encore prêt.

Découvrez la bande annonce ici :

« 2016 1 » et « 2016 2 » de PaulGee Kejetia

Quelle prouesse de la part du réalisateur ghanéen PaulGee Kejetia, déjà connu pour être un véritable stakhanoviste du 7ème art (plus de 5600 films à son actif dont certains dépassent même les 35 minutes) qui a cette année surpassé tous les records en sortant deux films à un jour d’intervalle seulement : « 2016 » et « 2016 2 : deuxième pawtie »

Plus rien ne semble freiner l’ascension du Michael Bay du tiers-monde avec la sortie du diptyque 2016. Sachant allier mise en scène léchée et effets spéciaux futuristes, PaulGee n’en n’oublie pas son ingrédient magique : « Des explosions partout » qui lui ont été selon lui inspirés par son idole et mentor : un réalisateur français de la nouvelle vague, le confidentiel Clash Of Jacky, malheureusement en prison aujourd’hui.

2016 c’est surtout une fresque historique et une représentation fidèle de la tristement célèbre guerre de 2016 opposant les forces spéciales du Ghana face aux Tizomver (comprendre « petits hommes verts »). Franchement on a pas tout compris parce qu’on a pas pipé traitre mot du langage chelou des acteurs mais on a quand même aimé parce que les vrais films historiques tels que 2016 nous permettent avant tout de nous instruire avant de nous divertir, ce que Hollywood tend à oublier ces dernières années. PaulGee Kejetia inflige ici une véritable leçon d’humilité à son rival de toujours Ridley Scott.

Nous sommes ressortis plus intelligents, et c’est une sacrée prouesse, de la séance car, en toute honnêteté, nous avions complétement oublié que ce conflit de 2016 avait vraiment eu lieu et je fus surpris d’apprendre que les africains ne parlaient pas tous français. Comme quoi, les manuels d’histoire de l’éducation nationale sont réellement biaisés.

Découvrez la bande annonce ici :

« African Terminator » de Rockoson Emmanuel

Rockoson Emmanuel n’est pas un réalisateur connu pour sa subtilité, c’est un fait. Bien au contraire, ses films précedents – African PredatorThe African RockAfricageddon et African Transformers nous ont habitué à un usage outrancier d’effets spéciaux démesurés, de scènes d’actions explosives et interminables (nous avons encore sur l’estomac la bataille finale de African Transformers 3 qui montre à l’écran l’annihilation totale de la ville de Lomé et dure près d’une heure ?!) et surtout aux personnages masculins gonflés à la testostérone balançant des vannes sur les boulards de leurs partenaires féminines dans une ambiance digne des pires sorties scolaires des classes de SEGPA. Bref de l’action, plus d’action et encore de l’action.

Mais la proposition d’Emmanuel est aussi et surtout généreuse et mentalement régressive et putain ça fait du bien.  Qu’on apprécie le style du bonhomme (ce qui fait consensus en Afrique) ou qu’on aime s’en moquer (bien plus souvent le cas sur les continents civilisés), ses films font toujours parler.  Et African Terminator ne déroge pas à la règle immuable.

Un ex-soldat noir sans le sou, son propriétaire colon blanc et riche, une infirmière asiatique ceinture noire de karaté, un flic corrompu et un cyborg a apparence humaine venu du futur sont coincés en plein Sahara et d’eux dépendent le destin de l’humanité. On pourrait presque croire au début d’une blague ; et bien on ne se tromperait pas. Blague il y a bien lorsque l’on sort abasourdi de la connerie manifeste émanant des 2h40 de ce dernier-né de Rockoson Emmanuel où tout, mais absolument tout, semble être totalement absurde et ridicule, alors que pourtant tout y est scénarisé et filmé avec le plus grand sérieux de l’aveu même du réalisateur qui dit en effet s’être gratté la tête pendant des années pour accoucher de son « film de la maturité » au scénario « complexe et noir ».

Ce très long-métrage est un calvaire à suivre. Bien qu’intellectuellement peu exigeant, il nécessite une certaine résistance à l’épilepsie (un petit gosse sous-nutri est mort durant la séance). Afin de bien appuyer son sous-texte et d’apporter de l’action au sein de son huis clos à ciel ouvert en plein désert, le réalisateur en roue libre s’amuse même à couper ses plans frénétiquement, multiplier les angles de caméra improbables, jouer avec le drone à usage militaire subventionné par le propre ministère de la défense du Togo encore et encore et encore… jusqu’à la nausée. Bref on a bien ri mais malgré la claque visuelle, African Terminator a un gout de réchauffé et surtout un arrière-gout de merde. 

« Kirikou : Le Live Action » de Michel Ocelot

Le succès de Kirikou : Le live action est confidentiel. Le film est sorti directement en VOD et seulement pour le marché espagnol

Empruntant la même voie du succès que Disney et son adaptation « Live Action » de l’œuvre du Roi Lion, Michel Ocelot reprend la caméra pour recycler lui aussi son remake à l’identique de son film phare : Kirikou, sorti en 1998.

Et que dire si ce n’est que c’est poussif, fade et dénué de toute magie. Réinterpréter exactement les mêmes scènes 25 ans plus tard n’a strictement aucun intérêt. D’autant plus que toute la beauté des animations d’antan a disparu au profit de scènes impersonnelles jouées par de vrais acteurs, probablement recruté dans le premier bled de péquenaud pygmées du coin, qui ne parviennent à aucun moment à incarner avec autant de justesse les personnages mythiques du premier film.

A noter également la qualité dégueulasse de l’image filmée avec une patate, un choix volontaire selon Michel Ocelot qui a voulu capturer toute l’âme de l’Afrique en n’utilisant que du matériel congolais dernier cri.

Un peu de positif tout de même : les cascades impressionnantes des doubleurs notamment quand ils fendent l’air dans la future scène iconique du saut dans la rivière. On dirait qu’ils ont fait ça toute leur vie, comme si ils n’avaient jamais vu d’eau auparavant alors qu’il suffit bêtement d’ouvrir un robinet.

Découvrez le dénouement final de Kirikou 2022 ici :

« 12 O’Clock 1, 2 et même bientôt le 3 ! » de PaulGee Kejetia

Toujours dans la démesure et non content d’avoir déjà diffusé deux films dès le début du festival, le cocaïnomane PaulGee Kejetia remet le couvert et surprend son petit monde en parvenant à sortir une nouvelle trilogie de film avant même la clôture des festivités de Ouagadougou lors d’un dernier rush épique (il dit avoir écrit ses trois projets lors des entractes entre les séances) pour présenter devant une foule ébahie sa saga 12:00

Une prouesse sur le papier mais une véritable désillusion à l’écran. En effet, 12:00 n’est en fait composé que de scènes avortées de ses films 2016 1&2 qu’il a naïvement remâché pour créer un semblant de longs-métrages soit disant inédits.

C’est tellement peu subtil que l’on reconnait les mêmes acteurs et les mêmes décors que ceux utilisés lors du tournage de 2016. Ce qui est un peu con vu que nous venions de voir les films quelques jours auparavant.

On a toujours rien compris, mais notre probité nous oblige à au moins saluer l’effort du réalisateur pour avoir fourni des sous titres en anglais grammaticalement corrects à quelques approximations près.

Découvrez la bande annonce ici :

« Apollo Creed : Origins » de Sylvestre Étalon

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il serait advenu d’Apollo Creed si sa cervelle n’avait pas été réduite à l’état de purée par Erling Haaland dans Rocky 4 ?

Grâce à cet énième spin off de Rocky, j’ai nommé Apollo Creed : Origins, vous pourrez découvrir l’histoire du boxeur noir une fois sa carrière terminée et son costume d’entraineur endossé. Oubliez sa mort, jugée choquante chez nos amis africains et visionnez son retour dans le film hommage du réalisateur Sylvestre Etalon, qui a fait ses armes chez le studio américain Brazzers avant de passer de l’autre côté de la caméra.

Vous ne découvrirez donc pas les origines d’Apollo mais bien celles de Rico, son jeune poulain issu des ghettos de Mexico et qu’il se doit d’entrainer pour aller dérouiller… Erling Haaland II qui n’est autre que le fils de l’antagoniste de Rocky 4, et accessoirement un cyborg, version améliorée de son père, crée de toute pièces par le gouvernement norvégien pour assurer la première médaille d’or de son pays aux Jeux Olympiques.

Si le scénario peut paraitre farfelu, il faut y voir une véritable revanche du peuple africain sur l’homme blanc et blond qui doit continuer à payer pour le crime de ses ancêtres pendant encore au moins 1000 ans. Derrière son apparence de film bas du front, la création de Sylvestre Etalon est surtout un film revendicatif ayant soif de justice. Justice pour Apollo et Justice pour Ademo d’ailleurs tant qu’on y est.

Que retenir du cinéma africain ?

En gros on s’est bien amusé pendant nos vacances. En plus de savoir bien cuisiner, les africains disposent d’un cinéma riche qui n’a rien à envier à Hollywood Bollywood. Bien qu’inégal et perfectible en terme de qualité, y’a au moins du lourd cinéma d’action et de la créativité et c’est ça qu’on aime. Nous reviendrons l’été prochain car j’ai oublié ma part de ressources naturelles africaines à exploiter dans ma chambre d’hôtel.

Article rédigé par : Gunther